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Stade de France : les journaux britanniques et espagnols décrivent la France comme un État défaillant

3 juin 2022

Temps de lecture : 6 minutes
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Stade de France : les journaux britanniques et espagnols décrivent la France comme un État défaillant

3 juin 2022

Temps de lecture : 6 minutes

Les journaux britanniques et espagnols décrivent la France comme un État défaillant après le chaos au Stade de France.

« Les légen­des de Liv­er­pool Jamie Car­ragher et Rob­bie Fowler ont qual­i­fié de « menteur » le gou­verne­ment français qui refuse tou­jours d’accepter toute respon­s­abil­ité dans le chaos de la finale de la Ligue des cham­pi­ons », écrivait le célèbre tabloïde bri­tan­nique The Sun le surlen­de­main de cette finale de fooball qui se déroulait le same­di 28 mai 2022 au Stade de France entre Liv­er­pool et le Real Madrid dans une ambiance de guéril­la urbaine.

Une délinquance « locale »

Et ce n’est pas une exagéra­tion de le dire. Les témoignages sont nom­breux qui le con­fir­ment, et ce pas unique­ment sur le site français Fdes­ouche. Même chez les Espag­nols, qui ont moins souf­fert des vio­lences poli­cières gra­tu­ites que les sup­port­ers anglais, « de nom­breux sup­port­ers madrilènes ont été déval­isés à l’entrée et à la sor­tie du Stade de France, où les forces de police n’ont pas pu con­trôler les groupes de délin­quants », affir­mait le jour­nal El Mun­do dès lun­di dans un arti­cle inti­t­ulé « Ligue des cham­pi­ons : Chaos et panique lors de la finale à Saint-Denis : “Ils étaient déchaînés, ils étaient là pour tout nous vol­er.” » Plus loin, dans le texte, ce témoignage sur­réal­iste : « Enrique Cazor­la, sup­port­er de Madrid depuis 1987 et vétéran de cinq autres finales, a déclaré : “Nous avons com­mencé à courir et avons enten­du la police tir­er. Nous avons pris notre enfant de six ans dans nos bras et avons cou­vert son vis­age pour qu’il ne voie pas l’horreur. Entre les portes N, L et K, le long de l’étroite passerelle menant à l’entrée du métro sur la ligne 13. Des escaliers sans rampe. Un sol jonché de verre. Un enton­noir dia­bolique. “Ils y allaient à fond, pous­sant tous ceux qui se trou­vaient sur leur chemin. J’en ai vu un qui avait pris l’arme d’un polici­er et s’était enfui avec”, racon­te Luis Fran­cis­co Abanades, témoin des événe­ments. “Voy­ant le dan­ger, nous avons ramassé des bouteilles brisées sur le sol pour essay­er de nous défendre, bien que nous n’ayons pas eu à les utilis­er”, ajoute cet hôte­lier de Leganés. »

L’environnement particulier du 93

Et le jour­nal espag­nol d’expliquer que « Le cli­mat de mar­gin­al­i­sa­tion à Saint-Denis, ban­lieue où vit une impor­tante com­mu­nauté musul­mane issue des anci­ennes colonies français­es, a explosé à la face de forces de sécu­rité inca­pables de maîtris­er la foule. »  « Ils venaient par groupes de qua­tre et cri­aient ‘Hala, Madrid’ avant de vous encer­cler. Ils cher­chaient votre télé­phone portable, votre porte­feuille ou votre sac à dos. Cer­tains s’enfuyaient avec de l’argent dans leurs chaus­settes », a racon­té au jour­nal un autre sup­port­er de longue date du Real Madrid.

Voir aus­si : La Croix : peace and love à Saint-Denis

Plus loin encore, le réc­it d’un autre sup­port­er espag­nol : « Nous regar­dions autour de nous pour voir ce qui man­quait quand un autre Maghrébin est arrivé avec un couteau. L’un de mes amis, dans un geste réflexe, a fer­mé la por­tière, tan­dis qu’il nous menaçait tous. Nous avons finale­ment pu le dis­suad­er”, con­clut Cas­tro, qui a con­duit jusqu’à trois heures du matin, la peur au ven­tre. À la pre­mière sta­tion-ser­vice où il s’est arrêté, les voitures d’autres sup­port­ers blancs avaient les vit­res brisées. »

Guérilla urbaine ?

Des scènes évo­ca­tri­ces du livre Guéril­la de Lau­rent Ober­tone qui amè­nent à la con­clu­sion, en fin d’article, for­mulée par un autre témoin : « Qui voudra venir ici en 2024 pour les Jeux olympiques ? Je ne vois pas Paris capa­ble d’organiser un si grand événe­ment. Ils ne sont pas capa­bles de con­trôler leurs pro­pres gens”. »

Voir aus­si : La France inter­dite et les médias : entre­tien avec Lau­rent Obertone

Sur le site anglais d’informations sportives goal.com, dès le 30 mai, sous le titre « Dépouil­lés, attaqués et men­acés par des policiers armés : les sup­port­ers de Liv­er­pool plongés dans le “cauchemar” de la finale de la Ligue des cham­pi­ons », les auteurs citent le témoignage du maire de la région mét­ro­pol­i­taine de Liv­er­pool, Steve Rother­am, qui dit s’être fait dépouiller de son télé­phone et autres effets per­son­nels à l’approche du stade . « Alors que les sup­port­ers se rendaient au stade dans l’espoir de pass­er la nuit de leur vie, il sem­ble que la Gen­darmerie soit allée chercher le con­flit », racon­te l’édile. « Il est déce­vant de voir avec quelle facil­ité les sup­port­ers des autres équipes sem­blent avoir avalé les men­songes et la dés­in­for­ma­tion générés par l’UEFA et les autorités français­es – en par­ti­c­uli­er alors que les médias soci­aux ont été inondés d’images qui mon­trent la vraie vérité. En tant que sup­port­er de longue date et représen­tant de la région de Liv­er­pool, j’ai été scan­dal­isé par le traite­ment des sup­port­ers de Liv­er­pool par la police française. »

Les mensonges des autorités françaises

Et il est vrai qu’entre dimanche et lun­di, les men­songes des autorités français­es relayées par l’UEFA sem­blaient encore mérit­er d’être pris­es au sérieux pour cer­tains, tel le jour­nal espag­nol de gauche El País, qui titrait encore le 29 mai : « Fias­co parisien : per­son­ne ne prend la respon­s­abil­ité des inci­dents qui ont retardé la finale de la Ligue des Cham­pi­ons », avec, en chapô :

« Le gou­verne­ment français rend les sup­port­ers anglais respon­s­ables des alter­ca­tions qui ont causé le retard. Liv­er­pool juge le traite­ment de ses sup­port­ers “inac­cept­able” et demande une enquête. »

Le jour­nal de cen­tre-droit ABC  n’avait pas peur de s’avancer un peu plus, mais c’était déjà le mar­di, soit trois jours après le match et alors que les vidéos et témoignages cir­cu­lant sur les réseaux soci­aux ne lais­saient plus de place au doute, ce qui autori­sait déjà un titre comme «  Gangs de Saint-Denis : la gan­grène de la vio­lence men­ace le foot­ball français et les Jeux de 2024 ».

Voir aus­si : Apolline de Mal­herbe prise à par­tie par Gérald Darmanin

Dans un autre arti­cle d’El Mun­do, jour­nal égale­ment de cen­tre-droit, on est moins poli­tique­ment cor­rect, avec le titre «  L’État défail­lant de Saint-Denis : les inci­dents de la Ligue des cham­pi­ons met­tent à nu les failles de la France ». S’ensuit toute une expli­ca­tion sur la sit­u­a­tion à Saint Denis dans le corps de l’article :

« L’insécurité crois­sante et les dif­fi­cultés d’intégration de la pop­u­la­tion dans ces zones ne datent pas d’hier. Elles sont prin­ci­pale­ment habitées par des Français issus de l’immigration de deux­ième, voire de troisième généra­tion, qui se sen­tent aliénés et dérac­inés. »

Con­clu­sion :

« La France est un État défail­lant dans ces zones, où les ser­vices et la sécu­rité n’arrivent sou­vent pas. C’est le Paris hors de tout con­trôle. »

Cela reste mal­gré tout plus poli­tique­ment cor­rect que les titres affichés sur le site d’information La Gac­eta de la Iberos­fera, de droite (la droite plus proche de Vox que du PP), dans le style « La finale de la Ligue des cham­pi­ons mon­tre les con­séquences du mul­ti­cul­tur­al­isme et de l’immigration incon­trôlée » ou « Des sup­port­ers dénon­cent les vio­lences com­mis­es par des Maghrébins lors de la finale de la Ligue des cham­pi­ons : “Le stade est dans une no-go zone, ce que nous avons vécu est une hor­reur”. »

La police française débordée

Les grands médias bri­tan­niques, eux, préfèrent point­er du doigt les « jeunes » et les « locaux », sans par­ler des orig­ines eth­niques pour­tant très vis­i­bles sur les images dif­fusées pen­dant et après ces scènes d’anarchie d’une rare vio­lence. Sans sur­prise, les sup­port­ers de Liv­er­pool ayant eu à subir plus que les Espag­nols la bru­tal­ité gra­tu­ite des forces de l’ordre, les bru­tal­ités poli­cières et les men­songes des min­istres français de l’Intérieur et des Sports sont par­ti­c­ulière­ment soulignés outre-Manche.

Voir aus­si : Loop­sider et la police

« La police française sous le feu des pro­jecteurs après le traite­ment des sup­port­ers de Liv­er­pool », titrait le Guardian, jour­nal de gauche, le 30 mai avec, en chapô : « La tac­tique de con­trôle des foules lors de la finale de la Ligue des cham­pi­ons met en évi­dence le fos­sé entre les forces de l’ordre et le pub­lic en France. » Il est d’ailleurs rap­pelé dans cet arti­cle que pen­dant les man­i­fes­ta­tions des gilets jaunes en 2018 et 2019, les policiers et gen­darmes français ont fait env­i­ron 2500 blessés par­mi les man­i­fes­tants dont un cer­tain nom­bre ont per­du un œil ou un membre.

« Les policiers et les gen­darmes français se con­sid­èrent générale­ment non pas comme des servi­teurs du peu­ple, mais comme des pro­tecteurs de l’État et du gou­verne­ment », explique le jour­nal à ses lecteurs.

Le Guardian organ­ise par ailleurs un appel à témoins, en deman­dant à ses lecteurs de partager leur expéri­ence vécue aux abor­ds du Stade de France.

Des Jeux Olympiques en 2024 à Paris, vraiment ?

« Paris n’est pas en mesure d’accueillir les Jeux olympiques de 2024 », assure-t-on les Bri­tan­niques dans un édi­to­r­i­al du Tele­graph pub­lié le 31 mai. Il y est ques­tion de l’impréparation, de la mau­vaise organ­i­sa­tion, de la pas­siv­ité de la police devant les scènes de « sup­por­t­eurs agressés et dépouil­lés par les ban­des locales », des bru­tal­ités poli­cières con­tre les hon­nêtes gens et enfin de la manière dont le min­istre français de l’Intérieur Gérald Dar­manin a insulté les vic­times avec ses accu­sa­tions sans fonde­ments et sans preuves de « fraude aux tick­ets à une échelle indus­trielle ».

Dans le Tele­graph, l’UEFA en prend aus­si pour son grade pour avoir relayé les men­songes des autorités français­es faisant porter la respon­s­abil­ité de la sit­u­a­tion aux sup­port­ers bri­tan­niques. Les médias bri­tan­niques regor­gent égale­ment d’informations sur les per­son­nes malvoy­antes ou dans des fau­teuils roulants qui ont été soit agressées par les hordes sauvages présentes sur place soit gazées par les CRS, soit même les deux. Et dans les médias espag­nols comme anglais, on com­mençait à voir appa­raître le 1er juin des témoignages de femmes et d’adolescentes vic­times d’attouchements de la part des ban­des de délin­quants venues détrouss­er les sup­port­ers ou sim­ple­ment regarder le match gra­tu­ite­ment ce same­di 28 mai.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’image de la France ressort ter­ri­ble­ment ternie de ces événe­ments, et la manière dont deux min­istres français ont per­sisté dans l’erreur – ou le men­songe – pour se blanchir et blanchir les ser­vices sous leur respon­s­abil­ité est une source sup­plé­men­taire d’indignation dans les médias bri­tan­niques et espag­nols qui se deman­dent sincère­ment s’il est encore raisonnable d’organiser des Jeux olympiques à Paris, cap­i­tale défail­lante d’un État défail­lant enfon­cé dans le déni.

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