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Sauvetage de Presstalis : 18% des effectifs seront supprimés

19 février 2018

Temps de lecture : 4 minutes

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Sauvetage de Presstalis : 18% des effectifs seront supprimés

Sauvetage de Presstalis : 18% des effectifs seront supprimés

Il n’y a pas que les titres de presse qui devront passer à la caisse pour sauver Presstalis, plombée une fois de plus par la CGT et une gestion pour le moins hasardeuse. Près de 18% des 1672 emplois du groupe seront supprimés, soit entre 200 et 300 personnes réparties par moitié sur la messagerie Presstalis et par moitié sur ses dépositaires.

Selon le plan social (PSE) qui a été présen­té en comité cen­tral d’en­tre­pris­es, 114 per­son­nes au siège, sur 330 salariés, ver­ront leur emploi sup­primé et des départs con­traints pour­raient être envis­agés. Neuf dépôts en région seront aus­si cédés selon Michèle Ben­bunan, la prési­dente, pour laque­lle « Presstal­is a vécu au-dessus de ses moyens ». Presstal­is renon­cera aus­si à la diver­si­fi­ca­tion numérique – qui coûte très cher, ven­dra l’ap­pli­ca­tion mobile Zeens, une web agency et le siège. Si le PSE devrait apporter de l’air au groupe, ce ne sera pas pour tout de suite. Même  à des con­di­tions moins avan­tageuses que par le passé, il coûtera tout de même 25 mil­lions d’€ alors que Presstal­is est au bord de la ces­sa­tion de paiement.

Le retour à l’équili­bre de Presstal­is est envis­agé fin 2019 – si toute­fois Michèle Ben­bunan trou­ve 140 mil­lions d’€ pour cou­vrir les pertes et 50 autres mil­lions pour financer la restruc­tura­tion. Le finance­ment est loin d’être acquis, même si l’E­tat – et donc le con­tribuable – pour­rait pass­er (une fois de plus) à la caisse en appor­tant la moitié de la somme, sous forme d’un prêt pour pass­er sous les fourch­es caudines de Brux­elles. Qu’im­porte si Presstal­is n’a tou­jours pas rem­boursé les précédents…

Sur la blo­gosphère de Medi­a­part, le jour­nal­iste Schwartzen­berg se mon­tre en tout cas très pes­simiste vis à vis de cet énième plan de relance de Presstal­is : « l’État sait. Lorsque l’échec du nou­veau plan d’urgence de Presstal­is sera patent, les pou­voirs publics ne pour­ront plus dire qu’ils ne savaient pas. Madame Nyssen, min­istre de la Cul­ture, ne pour­ra pas déclar­er qu’elle igno­rait l’ampleur du désas­tre alors qu’elle a délibéré­ment occulté le rap­port de Gérard Rameix con­sacré à ces mes­sageries. L’ancien prési­dent de l’Autorité des Marchés Financiers avait, en effet, con­clu à la néces­sité du dépôt le bilan ».

Quant au coût du PSE, il ne sera pas pour lui de 25 mil­lions d’eu­ros, à cause du poids prépondérant du syn­di­cat du Livre. Or celui-ci « s’oppose aux licen­ciements des ouvri­ers de moins de 55 ans et veut que les salariés licen­ciés soient payés jusqu’au jour de leur prise de retraite à temps plein, sans que celle-ci soit minorée. Et il exige — et ce point n’est pas négo­cia­ble- qu’un fonds spé­cial soit créé et abondé dans l’année ». Résul­tat, les coûts vont dérap­er, très vite et très fort : « les spé­cial­istes de ce droit social par­ti­c­uli­er qu’est celui de la presse savent qu’un PSE por­tant sur 300 per­son­nes, négo­cié avec le Livre, coûte dans les 90 mil­lions d’euros ».

Bras de fer avec les MLP et les petits éditeurs sur la contribution de 2,25%

Cepen­dant la con­tri­bu­tion de 2,25% sur le chiffre d’af­faire des édi­teurs desservis par Presstal­is est main­tenue, et si elle est ver­sée avec qua­tre ans d’a­vance, c’est une opéra­tion blanche pour l’édi­teur car la con­tri­bu­tion ne lui sera plus demandée – une mesure demandée par les grands édi­teurs qui dis­posent de la tré­sorerie néces­saire pour faire ce qui se trans­forme pour eux en avance de compte courant. La preuve s’il en est que les fortes aides à la presse qu’ils touchent ne sont peut-être pas aus­si néces­saires que cela…

MLP et ses édi­teurs, dont de nom­breuses petites revues, ont refusé une fois de plus le principe de cette con­tri­bu­tion, « même si en interne, des com­mer­ci­aux con­sid­èrent comme poli­tique­ment accept­able et tech­nique­ment jus­ti­fi­able un taux de 0,4% », lâche Schwartzen­berg sur la blo­gosphère de Medi­a­part. MLP pour­rait finale­ment ne rien pay­er, mais « con­scients du fait que les édi­teurs béné­fi­cient de meilleures rémunéra­tions aux MLP  que chez Presstal­is, le CSMP veut gel­er pen­dant une péri­ode de deux à qua­tre ans tout trans­fert d’éditeur », pour­suit Schwartzen­berg, ce qui ne pour­ra pas ne pas pos­er d’in­tens­es prob­lèmes juridiques, notam­ment au niveau de la lib­erté d’en­tre­pren­dre et de con­tracter.

Vers une réforme de la Loi Bichet plutôt que des aides à la presse ?

Mais le retour à l’équili­bre, si ce n’est à la nor­male est loin d’être acquis. D’au­tant que la min­istre de la Cul­ture Françoise Nyssen entend réformer la loi Bichet de 1947 qui régit le secteur : «  Elle n’est pas faite pour un marché comme celui d’aujourd’hui : le nom­bre d’exemplaires a bais­sé de moitié en dix ans », explique au Monde une source au ministère.

Marc Schwartz, ancien directeur de cab­i­net de Mme Nyssen, pour­rait se voir con­fi­er une négo­ci­a­tion qui per­me­t­trait d’en­ten­dre tous les acteurs de la fil­ière – Presstal­is et son con­cur­rent les MLP, les édi­teurs de presse, les kiosquiers et marchands de presse, les dépôts sur le ter­ri­toire… avec l’ob­jec­tif d’une loi avant l’été. Un col­lec­tif d’édi­teurs qui regroupe les titres So Foot, Le 1, Alter­na­tives économiques, Philoso­phie mag­a­zine, Ebdo ou Poli­tis réclame d’ores et déjà plus de trans­parence, avec l’ar­rivée d’autres acteurs que MLP et Presstalis.

Tan­dis qu’une vieille reven­di­ca­tion des dis­trib­u­teurs – pou­voir choisir eux-mêmes les titres qu’ils vendent en fonc­tion de leur clien­tèle et ne plus être oblig­és de pro­pos­er tous les titres, ce qui lim­ite leur marge et rend la ges­tion du point de vente très lourde – pour­rait être enfin accep­tée. De quoi faire hurler tous ceux qui dénon­cent déjà la rup­ture avec l’é­gal­ité dans la dif­fu­sion… et faire espér­er ceux qui con­sta­tent que le lance­ment de tel ou autre titre en kiosque n’est qu’un pré­texte pour un défer­lement pub­lic­i­taire tou­jours plus impor­tant.

Il y a cepen­dant un réel risque que des titres rel­a­tive­ment peu ven­dus dis­parais­sent en fonc­tion des opin­ions du ten­ancier du point de vente… ou du prêt-à-penser médi­a­tique, ou que telle ou autre grande entre­prise locale ou enseigne de grande dis­tri­b­u­tion essaie d’escamot­er de ses rayons un titre qui vient de faire un dossier sur ses pra­tiques. Bref, c’est la porte ouverte à toutes les dérives possibles.

En atten­dant, tan­dis que les mil­liar­daires de la presse con­tin­u­ent d’être gavés d’aides à la presse, à rai­son de 1,8 mil­liards d’eu­ros selon la déf­i­ni­tion la plus large dont 89,5% dédiés à la presse écrite – au détri­ment de la très grande majorité des médias en ligne et de quelques médias papi­er désignés comme enne­mis idéologiques du régime, réformer la loi Bichet et la dis­tri­b­u­tion per­me­t­tra aus­si de ne pas par­ler des vraies ques­tion qui fâchent. Notam­ment du scan­dale d’E­tat que con­stituent les aides à la presse, payées par le con­tribuable en pure perte, la sit­u­a­tion générale de la presse écrite n’ayant cessé de s’ag­graver depuis des décennies.

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