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Presstalis encore en difficulté, les titres de presse passent à la caisse
Publié le 

2 février 2018

Temps de lecture : 6 minutes
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Presstalis encore en difficulté, les titres de presse passent à la caisse

Presstalis, issu des NMPP, est à nouveau au bord du dépôt de bilan, cinq ans après la grosse crise de 2012 et va bénéficier d’un nouveau « plan d’urgence » qui fera payer les journaux. Pourtant, de graves questions se posent, tant sur la gestion que sur le modèle économique de la distribution de la presse en France. Sans oublier le poids du Syndicat du Livre, donc de la CGT, qui a déjà pesé lourdement par le passé.

Le plan qui se des­sine va con­train­dre les édi­teurs de presse action­naires de Presstal­is à vers­er 2,25% de leurs ventes pen­dant qua­tre ans et demi. Or leurs chiffres d’af­faires ne sont déjà guère floris­sants, mal­gré les aides d’É­tat et le poids de la presse main­stream en France. Ceux de la mes­sagerie con­cur­rente, MLP (Lyon) devront eux aus­si cas­quer, dans les mêmes con­di­tions. Des con­di­tions qui devraient voir la presse aug­menter encore un peu en kiosque, creu­sant la dif­férence avec les abon­nements – aujour­d’hui majori­taire­ment pro­posés à prix cassés sur divers sup­ports – et la désaf­fec­tion crois­sante des lecteurs pour la vente au numéro, hors de prix.

Le Con­seil supérieur des mes­sageries de presse (CSMP) qui super­vise la fil­ière, par­le en effet d’un risque sys­témique si les deux mes­sageries font fail­lite : « Le sys­tème col­lec­tif de dis­tri­b­u­tion de la presse tra­verse actuelle­ment une crise grave due essen­tielle­ment à la sit­u­a­tion dans laque­lle se trou­ve la mes­sagerie Presstal­is. Mais, compte tenu du poids de cette mes­sagerie dans la fil­ière, de la fragilité des autres acteurs et de leur inter­dépen­dance, le risque de liq­ui­da­tion de Presstal­is fait peser une men­ace sur l’ensemble du secteur ». Presstal­is dif­fuse en effet 75% de la presse française.

Presstal­is a eu en 2016 un résul­tat négatif et des pertes en 2017 qui approchent les 15 mil­lions d’eu­ros. En grande dif­fi­culté – le seul besoin immé­di­at en tré­sorerie se monte à 37 mil­lions d’eu­ros, Presstal­is a annon­cé aux édi­teurs début décem­bre, sans façon, qu’il con­serverait pro­vi­soire­ment 25% des sommes qui doivent leur être ver­sées en décem­bre et jan­vi­er en plus des 45% générale­ment perçus. Soit une somme totale de 37,2 mil­lions d’eu­ros prélevés.

Minute et les petits éditeurs de presse étranglés par les ponctions de Presstalis

Si les gros jour­naux n’y voient pas trop de prob­lèmes en rai­son du risque que fait peser une éventuelle fail­lite de Presstal­is sur la fil­ière, pour les petits, un quart des recettes, ça représente 20 à 25 000 €, une somme énorme. Philippe Loi­son, prési­dent du SAEP (syn­di­cat de l’as­so­ci­a­tion des édi­teurs de presse), s’é­mou­vait par cour­ri­er recom­mandé de cette déci­sion bru­tale, assur­ant qu’elle allait « provo­quer la ces­sa­tion de cen­taines de titres et la dis­pari­tion immé­di­ate de plusieurs dizaines d’entreprises de presse ». Il s’en pre­nait notam­ment à la ges­tion interne de Presstal­is : « nous devons imag­in­er que tous recevront leurs primes de fin d’année, leurs treiz­ième voire leur qua­torz­ième mois de salaire, tan­dis que nos con­frères seront  dans l’incapacité de pay­er les salaires de décem­bre de leurs col­lab­o­ra­teurs et d’eux-mêmes, ni de régler leurs four­nisseurs ».

De quoi en plomber cer­tains, dont le plus en dif­fi­culté sem­ble être le jour­nal Minute. Sans locaux, avec des frais réduits et d’im­por­tants retards de paiement pour ses jour­nal­istes, il se donne 3 mois pour redress­er la sit­u­a­tion ou se retir­er des kiosques pour assur­er sa survie, ne dis­posant pas de la tré­sorerie néces­saire pour chang­er de prestataire : « si Minute doit mourir un jour, nous refu­sons absol­u­ment que cela soit sous l’effet con­jugué d’une ges­tion calami­teuse dans laque­lle nous n’avons pris aucune part et d’un rack­et décrété par un prestataire qui devrait être à notre ser­vice comme à celui de tous les titres de la presse française, et non se faire notre exé­cu­teur ». En atten­dant, Minute a lancé un appel aux abon­nements.

Le poids du Syndicat du Livre et d’une gestion opaque

Presstal­is a été plom­bé par la somme de plusieurs fac­teurs. L’his­toire déjà, et les dérives liées au Syn­di­cat du Livre et à la CGT. Sym­bole de poids pour la CGT, les NMPP dev­enues Presstal­is sont sous la coupe du Syn­di­cat du Livre, qui gère seul les recrute­ments, détourne des armes pour le Grand Soir lors de la fail­lite de Manufrance et 200 T de papi­er par mois (5% du vol­ume traité) pour Cuba, blo­quant la dis­tri­b­u­tion des jour­naux quand les patrons de presse leur résis­tent (1975–1977 pour le Parisien), avec de moins en moins de suc­cès cepen­dant (1989, puis 2010) ou la vente des titres qu’il ne sup­porte pas pour des raisons idéologiques (Le Figaro en 2013) ou parce que leurs arti­cles le cri­tiquent.

Sur­ef­fec­tifs et salaires très favor­ables ont aus­si con­duit à ce que le coût d’im­pres­sion et de dis­tri­b­u­tion soit en France le plus élevé de l’Eu­rope – il représente la moitié du prix de vente d’un titre français. Presstal­is compte aus­si un très fort taux d’en­cadrement : ses effec­tifs au 31 décem­bre 2016 se com­posent de 460 cadres et agents de maîtrise, 22 employés et 182 ouvri­ers, tous très bien payés ; les effec­tifs arrivent à 1200 à l’échelle du groupe. C’est cepen­dant beau­coup moins que la taille du groupe il y a quelques années – 2700 salariés avant 2012, cepen­dant il a fal­lu financer des plans soci­aux très favor­ables qui ont par­ticipé à plomber Presstal­is.

Autre prob­lème : l’É­tat n’a cessé d’ar­roser toute la fil­ière d’aides – tant les titres que les imprimeries ou les NMPP dev­enues Presstal­is, sans se pencher sur les indi­ca­teurs qui viraient au rouge : mul­ti­pli­ca­tion des inven­dus, effon­drement des points de vente (25 000 en France con­tre 120 000 en Alle­magne), absence de régu­la­tion des flux… Sans aucun con­trôle, des mil­lions d’eu­ros ont été injec­tés – pour la seule année 2018, il s’ag­it de 18,9 mil­lions d’eu­ros, sans oubli­er le crédit d’im­pôt recherche (239 678 € en 2016) et surtout les prêts du fonds de développe­ment économique et social pour 50 mil­lions d’eu­ros en 2012–2013 (10 mil­lions d’eu­ros par an) et 2015 (30 mil­lions d’eu­ros). Un mora­toire sur le rem­bourse­ment de deux échéances de 1,4 mil­lions d’€ a été obtenu en sep­tem­bre 2017.

La ges­tion appa­raît aus­si comme assez opaque, au point d’in­quiéter le CSMP. Dans un « avis » du 19 décem­bre dernier, il s’interroge sur les raisons de cette fail­lite, dans la mesure où « la baisse de l’activité con­statée a été con­forme aux prévi­sions » et n’ex­plique pas « le creuse­ment impor­tant du résul­tat d’exploitation de l’exercice » car « le bud­get qui lui avait été présen­té au début de l’été tablait sur un résul­tat proche de l’équilibre ». Le CSMP pour­suit : « à ce jour, la Com­mis­sion [de suivi de la sit­u­a­tion économique et finan­cière des mes­sageries, au sein du CSMP] n’a pas entière­ment élu­cidé les raisons de ce décalage con­sid­érable par rap­port au bud­get, alors même que le niveau des ventes […] devrait être con­forme à ce qui avait été budgété. »

Un scandale d’État : quand les « grands » médias enterrent le papier aux frais du contribuable

Dans la blo­gosphère de Medi­a­part, le jour­nal­iste Schwartzen­berg accuse : l’af­faire Presstal­is tourne au scan­dale d’É­tat : « la direc­tion de Presstal­is, ses admin­is­tra­teurs à savoir Le Monde, Le Figaro, Le Canard Enchainé qui ont con­duit l’entreprise à la fail­lite veu­lent que l’État finance leur recon­ver­sion numérique. L’affaire se résume ain­si: le Figaro et, dans une moin­dre mesure Le Monde, sont con­va­in­cus que le papi­er va dis­paraître à échéance de trois ans car ils ne sont pas capa­bles, à défaut de la relancer, de la faire sur­vivre. Pour gér­er cette fin, les groupes de presse qui con­trô­lent Presstal­is ont obtenu l’accord de principe de l’État pour qu’il accorde une dota­tion excep­tion­nelle de 160 mil­lions d’euros ».

Pub­liés par Electronlibre.info, les comptes soci­aux lais­sent appa­raître une sit­u­a­tion très dif­fi­cile : en 2016 en effet Presstal­is avait un résul­tat d’ex­ploita­tion posi­tif de 21,5 mil­lions d’€ pour un résul­tat avant impôt négatif de 47,3 mil­lions d’€ et un chiffre d’af­faires de 177 mil­lions d’eu­ros. Celui-ci était plom­bé par des plans soci­aux (24,3 mil­lions d’eu­ros), des dépré­ci­a­tions d’ac­t­ifs (7,4 mil­lions d’€) et l’af­fac­turage (7,2 mil­lions d’€), sans oubli­er des frais de décou­verts ban­caires (2,46 mil­lions d’€) qui témoignent d’une ges­tion à l’à-peu-prés.

Le fonds de roule­ment a vu ses besoins explos­er, de 23,8 mil­lions d’€ à 55 mil­lions d’eu­ros. Le pas­sif total se creu­sait de plus de 50 mil­lions d’eu­ros en 2016, atteignant 503 837 723, 31 € dont 51,2 mil­lions d’eu­ros d’emprunts auprès de l’É­tat, 180,9 mil­lions d’eu­ros d’autres emprunts et dettes, 269,1 mil­lions d’eu­ros de dettes auprès des édi­teurs, 25,4 mil­lions d’eu­ros de dettes fis­cales et sociales – en légère baisse, elles, ce qui per­met de con­stater une poli­tique d’austérité au niveau des con­gés payés, RTT, primes… qui équiv­aut à 600 000 € d’é­conomies. Une paille.

Dire que dans le pro­jet de Loi de Finances de 2017, le Sénat indi­quait : « La mes­sagerie prévoit un béné­fice avant intérêts et impôts en aug­men­ta­tion, à hau­teur de 5,1 mil­lions d’euros  qui pour­rait attein­dre 12,5 mil­lions d’eu­ros en 2017 et 22,3 mil­lions d’eu­ros en 2018, selon les infor­ma­tions trans­mis­es par Presstal­is » ! Alors que les comptes soci­aux 2016 font appa­raître des cap­i­taux pro­pres négat­ifs de 309,6 mil­lions d’€ pour un cap­i­tal social de 22,2 mil­lions d’eu­ros. Bref, qui sont inférieurs de plus de la moitié aux cap­i­taux soci­aux. A ce train là, n’im­porte quelle entre­prise aurait fait fail­lite.

Gabegie de Presstalis : Macron ne change rien

Si Macron se présente comme le prési­dent de la rup­ture sur des sujets aus­si sen­si­bles que le Code du Tra­vail, l’aéro­port de Notre-Dame des Lan­des ou la fis­cal­ité locale, pour Presstal­is, l’exé­cu­tif s’en est mêlé mais ne change rien au sys­tème. Bref, sur ce sujet là – comme pour d’autres ? – Macron ne change rien, mais con­tin­ue aux frais des con­tribuables un sys­tème à bout de souf­fle.

Les MLP, dont les édi­teurs devraient pay­er eux aus­si pour Presstal­is, sont en revanche déter­minées à sec­ouer le cocoti­er, arguant de leurs fonds pro­pres posi­tifs. Les mesures visent à « affaib­lir » ses édi­teurs, esti­ment les MLP, qui n’ont jamais reçu d’aides de l’É­tat, « en les pri­vant de leurs marges et de leur tré­sorerie sous pré­texte de sol­i­dar­ité ». La mesure est « con­tre-pro­duc­tive, inique et dis­pro­por­tion­née » selon les MLP qui plaide que « l’organisation de la fil­ière ne doit pas se faire sans une remise en cause du rôle dom­i­nant de Presstal­is, appuyé par les avan­tages que lui con­fèrent les dis­posi­tifs lég­is­lat­ifs et régle­men­taires mis en œuvre par le CSMP, bras armé d’une seule mes­sagerie : Presstal­is ».

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