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Presse d’obédience chrétienne : cinq La Croix à la Une et au centre gauche

29 novembre 2017

Temps de lecture : 6 minutes
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Presse d’obédience chrétienne : cinq La Croix à la Une et au centre gauche

Bien que proposant plusieurs titres, tant hebdomadaires que mensuels ou quotidiens, et même des revues intellectuelles, la presse papier française d’actualité d’obédience chrétienne n’a pas la frite. C’est une presse dite de niche, autrement dit touchant un public spécifique. Il y a bien des explications à cela, dont la déchristianisation de notre société n’est pas la moindre. Reste que le titre le plus visible est un quotidien, La Croix, et que ce quotidien penche au centre gauche. Un regard sur les Unes de la semaine du 20 au 25 novembre 2017 ?

Pro­priété actuelle du groupe Bayard Presse, La Croix est un des plus vieux quo­ti­di­ens français. Chré­tien et catholique, il n’a pas tou­jours été autant à gauche qu’aujourd’hui, au sens de cen­tre-gauche. Et son his­toire a été tumultueuse, depuis sa fon­da­tion en 1893 par la com­mu­nauté des assomp­tion­nistes. Un bon résumé de cette his­toire peut se lire ici. Au cours des derniers mois, le quo­ti­di­en chré­tien catholique de gauche a sou­vent mon­tré son engage­ment anti sou­verain­iste, anti nation française et anti patri­ote, notam­ment en essayant d’orienter le vote des électeurs chré­tiens et de dis­suad­er ces derniers de dépos­er un bul­letin pour Marine Le Pen lors des dernières prési­den­tielles. Dès lors, il n’est pas éton­nant de retrou­ver le quo­ti­di­en La Croix par­mi les cinq quo­ti­di­ens français les plus sub­ven­tion­nés par l’État, ce qui risque peut-être de pos­er ques­tion quand la com­mu­nauté musul­mane par exem­ple dis­posera d’un quo­ti­di­en dis­tribué en kiosques et réclam­era une sorte d’égalité devant la laïc­ité ? En tout cas, cette cinquième place au pal­marès de la sub­ven­tion d’État de la presse mérite que l’on s’arrête un peu sur les Unes de La Croix.

Le lundi 20 novembre 2017, La Croix penche à l’international

Le lundi 20 novembre 2017, La Croix penche à l’internationalDeux pays à la Une : le Liban et le Zim­bab­we. La Croix est alors à l’image de l’ensemble des médias français qui s’intéressent à la même actu­al­ité inter­na­tionale et met­tent celle-ci en tête de gon­do­le de leurs titres du jour.

Le Liban est présen­té comme tirail­lé entre d’autres puis­sances régionales. Ce qu’il est sans doute, c’est ce que l’on pense de lui en France depuis fort longtemps. L’éditorial de François Ernen­wein évoque la « révo­lu­tion de palais au Zim­bab­we » et le fait que Robert Mugabe, vieil auto­crate de 93 ans au pou­voir dans ce pays depuis l’indépendance, s’apprête à pass­er la main de force. Bien sûr, l’éditorialiste indique le car­ac­tère autori­taire du pou­voir exer­cé par un Mugabe qui fut pour­tant longtemps « adulé ». Il se doit cepen­dant de sac­ri­fi­er à l’air du temps en expli­quant que cette dérive a suc­cédé à « un com­bat courageux con­tre le colo­nial­isme, ses pil­lages et l’apartheid ». L’éditorialiste omet l’oppression patri­ar­cale mais ce doit être un oubli. Com­ment faire autrement en 2017 ? Vu l’ambiance. Ernen­wein pour­rait sans doute écrire les mêmes mots au sujet du Par­ti des Indigènes de la République. Il n’empêche : le ton général de cet édi­to­r­i­al est dur envers un homme poli­tique qui a con­duit son pays à la ruine. Sans aucun doute aidé en cela, d’abord par les États-Unis, puis par la mon­di­al­i­sa­tion, ce que l’éditorialiste n’expose pas. Longtemps, à la fin du siè­cle passé, le Zim­bab­we a pour­tant été un pays espoir pour de nom­breux peu­ples, de par son refus de l’américanisme économique.

Le mardi 21 novembre 2017, l’heure est au marronnier de La Croix

Jour de vach­es mai­gres dans l’actualité ? Le quo­ti­di­en s’intéresse à un sujet qui inquiète de nom­breux obser­va­teurs, de tous les bor­ds poli­tiques, y com­pris l’OJIM.

Sur ce sujet du poids des GAFA et des risques qu’ils font courir aux démoc­ra­ties libérales, La Croix s’inquiète à juste titre.

Une inquié­tude qui fait large­ment con­sen­sus. Le titre et une par­tie du sous-titre inter­pel­lent cepen­dant : « L’Europe face aux géants du Web », d’abord. Puis : « L’Europe a engagé l’épreuve de force avec les grands acteurs du numérique ».

Les mots sont ici impor­tants. C’est l’Europe qui est men­acée, et non ses peu­ples, et La Croix est européiste – chré­ti­enne-démoc­rate en somme. C’est l’Europe, comme entité poli­tique et libérale supra­na­tionale dans sa forme actuelle qui appa­raît comme étant le véri­ta­ble rem­part aux GAFA, du point de vue de La Croix.

Le mercredi 22 novembre 2017, La Croix ne prend pas position sur l’écriture

Le mercredi 22 novembre 2017, La Croix ne prend pas position sur l’écriturePas sur les textes sacrés, bien sûr, mais sur la ques­tion de l’écriture dite inclu­sive. Là aus­si, dif­fi­cile d’échapper à une actu­al­ité qui envahit ample­ment tous les écrans et toutes les salles de rédac­tion. Ce qui pour­rait éton­ner (mais n’étonne pas) de nom­breux médias tant les ten­ants de cette trans­for­ma­tion de l’écriture en out­il « inclu­ant » pré­ten­du­ment les femmes, qui seraient exclues de la langue, sont minori­taires dans le paysage intel­lectuel. Minori­taires mais act­ifs et bruyants.

C’est une évo­lu­tion remar­quable du quo­ti­di­en : La Croix sem­ble avoir adop­té la règle du « en même temps macronien », règle qui per­met de ne pas vrai­ment pren­dre posi­tion. Ain­si, la Une indique que débat il y a et que le pre­mier min­istre n’autorisera pas l’utilisation de cette forme d’écriture ou sa fémin­i­sa­tion, pour le dire avec La Croix, dans les textes offi­ciels de la République. Con­traire­ment au pre­mier min­istre, le jour­nal ne tranche pas et demeure pru­dent quant à l’expression d’une opin­ion. Jésuite, oseront sans doute cer­tains. Le choix du titre « Féminis­er l’écriture… ou pas ? » sem­ble indi­quer que le débat fait rage dans les couloirs de la rédac­tion elle-même et… en même temps que l’on penche (dis­crète­ment) en faveur de tout ce qui peut avoir trait de près ou de loin à l’apparente cause des femmes. Sans quoi, pourquoi choisir de par­ler de fémin­i­sa­tion de l’écriture plutôt que d’inclusivité ?

Le lecteur sent que cette Une a été longue­ment pesée : le lec­torat catholique, même votant en majorité à gauche ou au cen­tre, est atten­tif aux change­ments de société quand ils sont idéologiques. Trois crayons bleus con­tre un cray­on rose pour illus­tr­er cette Une, l’observateur se dit qu’il est peut-être temps de mod­erniser un peu une imagerie qui con­fine à une vieille tra­di­tion d’humour parois­sial.

Le jeudi 23 novembre 2017, les choses sont beaucoup plus claires

Le jeudi 23 novembre 2017, les choses sont beaucoup plus clairesLa Croix, Pou­tine ce n’est pas sa tasse de thé, même si là aus­si les mots sont pesés.

Le prési­dent russe est « le maître du jeu » qui « dis­tribue les cartes », ce qui sonne plutôt néga­tive­ment, la triche n’est pas loin. En même temps, décidé­ment, il s’agit de « met­tre un terme à la guerre civile », ce qui pour une presse chré­ti­enne ne peut que son­ner pos­i­tive­ment. L’éditorial de Guil­laume Gou­bert apporte-t-il un éclairage plus pré­cis ? Sur le ver­sant posi­tif : la guerre, qui est un mal en soi, sem­ble approcher de son terme et les musul­mans islamistes (« Daech », dans le lan­gage pru­dent de La Croix) ne sont pas au pou­voir en Syrie.

Ver­sant négatif ? Bachar El Assad est tou­jours là, mal­gré son « refus de tout com­pro­mis avec les forces d’opposition » qui « a trans­for­mé ce qui n’était qu’une crise poli­tique en un con­flit effroy­able­ment destruc­teur ». Autrement dit, la respon­s­abil­ité de la guerre incombe au chef d’État syrien. On com­prend mieux pourquoi l’éditorial n’évoque pas l’islamisme musul­man poli­tique.

Autre point négatif : le terme de la guerre est mené par des pays autori­taires ou dic­ta­to­ri­aux, du point de vue de La Croix : la Russie, la Turquie et l’Iran. Le souci est clair : le quo­ti­di­en s’inquiète du rôle joué par des pays dont la vision du monde est aux antipodes de son européisme libéral. Pour l’heure ? Pou­tine. Un nom qui en Une de La Croix ne vise pas à ras­sur­er.

Le vendredi 24 novembre 2017, La Croix rattrape son retard ?

Le vendredi 24 novembre 2017, La Croix rattrape son retard ?Suite à la nou­velle pro­fa­na­tion début novem­bre de la stèle en hom­mage à Ilan Hal­i­mi, assas­s­iné à Bag­neux en févri­er 2206 par des tueurs anti­sémites issus de l’immigration, toute la presse nationale a évo­qué la remon­tée de l’antisémitisme en France, et le fait que la majeure par­tie des actes de racisme actuelle­ment enreg­istrés sont des actes anti­sémites. Les mem­bres du « gang des bar­bares » avaient aus­si été iden­ti­fiés comme influ­encés par le salafisme, suite aux perqui­si­tions poli­cières. Une affaire qui, dans cette même ban­lieue sud proche de Paris, peut-être con­sid­érée comme en annonçant d’autres, ain­si les assas­si­nats de Coulibaly. Le quo­ti­di­en n’évoque pas cela. La Croix ayant eu à traiter des GAFA, de l’Europe et de Pou­tine, emboîte d’ailleurs tar­di­ve­ment le pas aux autres médias sur le sujet.

Le titre est révéla­teur de la gêne du quo­ti­di­en devant l’épineux sujet de l’islamisme et de son corol­laire anti­sémite dans les ban­lieues français­es : « Être juif en ban­lieue ». Un sujet traité non pas suite aux actes anti­sémites ou à la pro­fa­na­tion de la stèle bal­néo­laise mais à celui des « élec­tions au con­sis­toire israélite ». Un angle de vue unique dans la presse française de cette semaine-là, une presse qui aurait plutôt ten­dance à tir­er la son­nette d’alarme. La Croix n’élude pas les ques­tions rel­a­tives à la com­mu­nauté juive sur le sol français, elle est sim­ple­ment atten­tive à met­tre la ques­tion de l’antisémitisme musul­man islamiste de ces mêmes ban­lieues en veilleuse.

Loin des Unes cri­ardes d’un quo­ti­di­en comme Libéra­tion, par exem­ple, La Croix sem­ble gag­née par une sorte de néo-jésuit­isme « en même tem­p­iste » atten­tif à ne surtout pas pren­dre de posi­tion claire sur les sujets nationaux qui fâchent, tout en main­tenant un cap européiste allié des libéraux lib­er­taires en ce qui con­cerne la poli­tique inter­na­tionale. À une cer­taine époque, La Croix envis­ageait de chang­er de nom pour oubli­er des péri­odes som­bres de son his­toire. Oserait-on sug­gér­er L’Autruche ?

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