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Libération ou Le Choc de la semaine ? Un voyage parmi les Unes

20 octobre 2017

Temps de lecture : 4 minutes

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Libération ou Le Choc de la semaine ? Un voyage parmi les Unes

Libération ou Le Choc de la semaine ? Un voyage parmi les Unes

Le quotidien Libération, propriété de Patrick Drahi et amplement financé par l’État, arrivait en 2016 en seconde position dans la liste des journaux les plus subventionnés par les impôts de citoyens. Bien sûr, la doxa officielle explique combien cet argent public est important pour maintenir la liberté et la diversité de la presse. Les dupes de cela ne courent plus les rues, ou plutôt les kiosques à journaux. Alors, l’argent des Français, pour quoi faire ? Et surtout : pour propager quelles idées ? Reportage à la Une de la gauche libérale-caviar, entre le 25 et le 30 septembre 2017.

Chez Libé, on ne lésine plus avec les Unes à faire peur

Libération, 25/09/2017

Libéra­tion, 25/09/2017

Elles sem­blent par­faite­ment « nor­males » aujourd’hui. Elles auraient sans aucun doute été qual­i­fiées de dém­a­gogiques, racoleuses ou même de « pop­ulistes » il y a 20 ans. Par le Libéra­tion de l’époque et par son actuel patron Lau­rent Jof­frin, quand ce même quo­ti­di­en s’attaquait à tout ce qu’il jugeait cri­ard dans la presse de droite — ou même dite de gauche, au sujet de L’Événement du Jeu­di puis de Mar­i­anne. Dans ses pages, des Une du genre de celle du 25 sep­tem­bre 2017 eussent été jugées pour le moins mal­saines et sans doute aucun assim­ilées à celles de mag­a­zines comme Minute, une presse dont Libéra­tion mépri­sait alors les accroches — ne lési­nant sur aucun nom d’oiseau à son propos.

Out­re le fait de s’inquiéter que des mesures légales de pro­tec­tion de la pop­u­la­tion entrent en vigueur en temps de guerre, dans un pays qui compte près de 250 morts du fait du ter­ror­isme islamiste, ce qui peut sem­bler dém­a­gogue est dou­ble. Le grand titre, d’abord, des­tiné à effray­er quiconque s’arrête devant au petit matin : la « loi des sus­pects » de sin­istre mémoire réfère bien enten­du à la Ter­reur de 1793, du moins pour le lecteur féru d’histoire. Une minorité de la pop­u­la­tion. Pour bien d’autres lecteurs, nos sources sont formelles, ce sont des mots qui font penser à la péri­ode de Vichy. D’autant plus que la (méchante) droite « con­serve le Sénat » tan­dis que « l’extrême droite entre au Bun­destag ». C’est le sec­ond point : l’association entre « état d’urgence », « extrême droite », Alle­magne, « droite », « état d’urgence per­ma­nent », sur fond d’inquiétude de l’ancien prési­dent de la Ligue des droits de l’homme, ne peut que faire asso­ci­a­tion d’idées : la bête immonde est de retour et la « loi des sus­pects », loi antiter­ror­iste, sem­ble en être un marqueur.

Voir aussi  Marchons enfants : controverse sur les chiffres et les images

On ne craint pas non plus d’agiter le danger réactionnaire

Libération, 26/09/2017

Libéra­tion, 26/09/2017

Le 26 sep­tem­bre 2017, le retour du dan­ger nazi en Alle­magne rejoint cet autre dan­ger prég­nant en France : de dan­gereux agi­ta­teurs — une majorité des femmes français­es — veu­lent « la peau de la pilule ». Une Alle­magne qui craque devant l’extrême droite, une France qui rejette la pilule contraceptive :

Et, du point de vue, de Libéra­tion ce sont toutes les forces con­sid­érées comme rétro­grades qui sem­blent men­ac­er l’Europe.

À défaut de celui du mois, Libération n’a pas peur de créer le choc de la semaine

Libération, 29/09/2017

Libéra­tion, 29/09/2017

« Le cha­cal » et ce choc des mots sur fond de poids de l’image : « Quand l’État deale avec un tueur ». Cette Une paraît digne de celles dont Libéra­tion dis­ait, fin 20e siè­cle, qu’elles con­tribuaient à une « lep­éni­sa­tion » des esprits qui un jour con­duirait l’extrême-droite au pou­voir en France. Durant notre enquête, un lecteur his­torique de Libéra­tion, Meh­di [le prénom a été changé], nous avouait ne plus bien com­pren­dre son jour­nal, ten­dant d’un côté vers une sorte de « tap­inage digne de la pire presse du siè­cle passé», dit-il, tan­dis que, de l’autre, son rédac­teur en chef se rend régulière­ment dans les stu­dios de France Cul­ture ou de France Inter pour défendre le rôle his­torique que la « gauche caviar, sur laque­lle il a écrit un ouvrage », devrait con­tin­uer à jouer afin d’empêcher la mon­tée des pop­ulismes. Que Libéra­tion « révèle le rôle clé d’un assas­sin aux mul­ti­ples facettes dans le scan­dale des stups qui éclabousse la police française » lui paraît plus rap­pel­er le 6 févri­er 1934 que le 10 mai 1981. Notre source a un âge cer­tain, mais elle ne manque pas de rai­son : force est de con­stater que de telles Unes ne favorisent pas une paix sociale fondée sur la crois­sance économique éter­nelle et joyeuse (vous pou­vez met­tre des guillemets).

Voir aussi  La pseudo-indépendance de Libération

Un peu de bonne morale pour le week-end ?

Bien sûr que les GAFA men­a­cent les démoc­ra­ties. Same­di 30 sep­tem­bre, Libéra­tion a rai­son avec bien d’autres — dont l’OJIM.

Libération, 30/09/2017

Libéra­tion, 30/09/2017

Et cette men­ace mérite évidem­ment analyse, débats dans la presse. La ques­tion est-elle de « fer­mer Face­book » ? Sans doute la rédac­tion de Libéra­tion ne croit-elle pas un instant en une pos­si­ble réponse pos­i­tive à cette ques­tion. La Une, pour faire peur — ten­dance donc dev­enue habituelle pour ce quotidien.

Mais cette ques­tion ne masque-t-elle pas autre chose qu’elle-même ? La volon­té moral­isatrice de Libéra­tion, par exem­ple, jour­nal régulière­ment créa­teur de « ser­vices » ou d’entités visant à sur­veiller les autres médias, cher­chant ici et là une pré­ten­due « fachos­phère », selon le titre d’un essai pub­lié en 2016 par l’un des jour­nal­istes du quo­ti­di­en, ain­si lors de la récente cam­pagne prési­den­tielle ou encore avec son Œil sur le Front. Une façon finale­ment de garder un œil sur les con­sciences de tout un cha­cun. Une volon­té aus­si de délégitimer tout regard autre sur l’actualité et de dévelop­per cette nou­velle reduc­tion ad hitlerum : la traque aux fake news chez tout le monde — sauf au cœur de la presse main­stream, laque­lle est pour­tant une pro­duc­trice de masse de nou­velles forte­ment ori­en­tées et manip­u­la­toires. Un peu comme Face­book en somme ?

À quand un essai fouil­lé sur la « gau­chos­phère » ? Gageons que Libéra­tion y tiendrait une belle place, à moins que sa poli­tique de Unes cri­ardes n’ait d’ores et déjà fait de ce quo­ti­di­en autre chose qu’un jour­nal de gauche ? Deman­dons à Mon­sieur Drahi, son ruti­lant propriétaire.

Voir aussi  Loi Avia : quand son auteur veut mettre fin au confinement de sa collaboratrice

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