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Photos de Daech twittées par Marine Le Pen : une enquête est ouverte

17 décembre 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Photos de Daech twittées par Marine Le Pen : une enquête est ouverte

Scandalisée par les propos de Jean-Jacques Bourdin, qui avait, à l’instar de quelques confrères, fait un lien entre le FN et l’État islamique, Marine Le Pen avait publié sur Twitter, mardi, des photos d’exécution de l’organisation terroriste pour souligner l’abjection de cette comparaison.

Aus­sitôt, la machine politi­co-médi­a­tique s’est emportée non con­tre ladite com­para­i­son mais… con­tre elle ! Retour sur une his­toire où l’on marche sur la tête.

Mer­cre­di matin, Marine Le Pen se réveil­lait avec une bien mau­vaise sur­prise : le matin même, Jean-Jacques Bour­din avait, sur BFMTV, établi des « liens pas directs entre Daech et le Front nation­al ». Face au spé­cial­iste de l’is­lam Gilles Kepel, le présen­ta­teur expli­quait que « l’idée pour Daech, c’est de pouss­er la société française au repli iden­ti­taire »… comme le Front Nation­al.

Sur Twit­ter, la prési­dente du par­ti fron­tiste a aus­sitôt dénon­cé le « déra­page inac­cept­able » que con­stitue ce par­al­lèle. « Il (Bour­din, NDLR) doit retir­er ses pro­pos immon­des », a‑t-elle ajouté, juste avant de pub­li­er trois pho­tos d’exé­cu­tion per­pétrées par l’É­tat islamique avec la men­tion « Daech, c’est ça ! ».

Le but de cette démarche (imitée par Gilbert Col­lard) était évidem­ment de mon­tr­er à quel point la com­para­i­son faite par M. Bour­din était à la fois hon­teuse et démesurée, Daech procé­dant à ces assas­si­nats bar­bares quand le FN se con­tente de présen­ter des can­di­dats aux élec­tions… Cepen­dant, c’est bien con­tre Marine Le Pen que l’indig­na­tion politi­co-médi­a­tique s’est retournée. Suite au sig­nale­ment de nom­breux inter­nautes, Twit­ter a fait pass­er les pub­li­ca­tions de l’eu­rodéputée en « con­tenus choquants »;

En fin de mat­inée, le pre­mier min­istre Manuel Valls a réa­gi sur le réseau social, dénonçant de « mon­strueuses pho­tos ». « Mme Le Pen: incen­di­aire du débat pub­lic, faute poli­tique et morale, non-respect des vic­times… #FNhorsjeu », a‑t-il ajouté. Parce que la com­para­i­son de Daech et du FN n’insulte pas les vic­times, elle ? De son côté, Olivi­er Fau­re, porte-parole du Par­ti Social­iste, a estimé que la pub­li­ca­tion de ces pho­tos « démon­tre pré­cisé­ment qu’elle instru­men­talise l’hor­reur pour con­stru­ire son par­ti ».

Dans l’après-midi, Bernard Cazeneuve a réa­gi à son tour en sai­sis­sant le Por­tail offi­ciel de sig­nale­ment des con­tenus illicites de l’In­ter­net (Pharos). « (Ces pho­tos) sont celles de la pro­pa­gande de Daech. À ce titre, elles sont une abjec­tion, une abom­i­na­tion et une véri­ta­ble insulte pour toutes les vic­times du ter­ror­isme, pour toutes celles et tous ceux qui sont tombés sous le feu et la bar­barie de Daech », a com­men­té le min­istre de l’In­térieur lors de la séance de ques­tions au gou­verne­ment.

Invitée sur Europe 1 mer­cre­di soir, Marine Le Pen s’est éton­née de ce vaste retourne­ment d’indig­na­tion. « Je pense qu’ils (Cazeneuve et Manuel Valls, ndlr) ont com­plète­ment per­du la rai­son. Il va me pour­suiv­re pour quoi? Pour diffama­tion à l’en­con­tre de Daech? Vous croyez que je vais laiss­er les 7 mil­lions d’électeurs qui ont voté pour moi se faire insul­ter de cette manière et se faire com­par­er avec des bar­bares, des crim­inels et des assas­sins ? », s’est-elle inter­rogée, stupé­faite.

Ce jeu­di soir, le par­quet de Nan­terre a annon­cé l’ou­ver­ture d’une enquête prélim­i­naire pour « dif­fu­sion d’im­ages vio­lentes » à l’en­con­tre de Marine Le Pen et de Gilbert Col­lard. Après les arti­cles de L’Ex­press, de L’Obs, de France Inter, de Rue89 et les pro­pos sim­i­laires de M. Bour­din, le fait de com­par­er un mou­ve­ment poli­tique majori­taire (en ter­mes de voix) à une organ­i­sa­tion ter­ror­iste est vis­i­ble­ment entré dans les mœurs et ne choque plus per­son­ne au sein de l’élite poli­tique. L’in­ver­sion est totale… et le ton est don­né pour les mois qui nous sépar­ent de l’élection prési­den­tielle.

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