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Ouverture du marché du travail : les médias à l’unisson de l’OCDE

14 décembre 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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Ouverture du marché du travail : les médias à l’unisson de l’OCDE

La publication des rapports de l’OCDE bénéficie habituellement d’une large couverture médiatique. Le rapport sur le recrutement des travailleurs immigrés en France sorti fin novembre n’a pas démenti à cette règle. Une nouvelle occasion pour diffuser une vulgate favorable à la libre circulation des personnes largement répandue sur les ondes et dans la presse. Une fois de plus, la règle est plus l’uniformité et le conformisme des médias que la pluralité d’opinions sur le sujet.

L’Or­gan­i­sa­tion de coopéra­tion et de développe­ment est une organ­i­sa­tion inter­na­tionale d’études économiques financée par les 35 pays qui en sont mem­bres. Con­nue pour ses posi­tions en faveur de la libre cir­cu­la­tion des per­son­nes et des biens et de la flex­i­bil­i­sa­tion du marché du tra­vail, cet organ­isme pub­lie des rap­ports nom­breux et médi­atisés qui con­ti­en­nent des pré­con­i­sa­tions à l’attention des gou­verne­ments.

Le 20 novem­bre, l’OCDE a trans­mis aux medias un com­mu­niqué de presse présen­tant son récent rap­port sur l’immigration pro­fes­sion­nelle. Sa con­ci­sion avait l’avantage de la péd­a­gogie. Il est vrai que le doc­u­ment com­plet fait 346 pages… De nom­breux medias se sont con­cen­trés sur le mes­sage le plus lis­i­ble con­tenu dans le rap­port : la ges­tion de l’im­mi­gra­tion  pro­fes­sion­nelle en France serait archaïque et entrain­erait des freins à l’embauche d’étrangers.

Un bel unanimisme

Pour RFI comme Le Monde, l’OCDE pointe une « ges­tion archaïque de l’im­mi­gra­tion  pro­fes­sion­nelle ». Le respon­s­able migra­tion de l’OCDE inter­rogé par RFI souligne l’ob­so­les­cence de la liste des métiers « en ten­sion ».

Europe 1 relaie l’affirmation de l’OCDE selon laque­lle « “l’im­pact posi­tif” sur l’é­conomie que peut avoir “une immi­gra­tion bien gérée” ».

Sput­nik con­sacre un des arti­cles les plus longs du pan­el sur le sujet. Il résume le rap­port de l’OCDE de la façon suiv­ante : « Non, ils ne nous volent pas notre tra­vail ».

Pour Le Figaro, L’OCDE pointe du doigt le « “déficit d’at­trac­tiv­ité” du pays et appelle Paris à “amélior­er” son sys­tème pour attir­er les tal­ents ».

La Croix retient du rap­port que « l’immigration pro­fes­sion­nelle est faible et elle comble mal les besoins du marché du tra­vail ».

France Inter souligne « une demande crois­sante des entre­pris­es pour embauch­er des tra­vailleurs étrangers mais pointe aus­si deux obsta­cles : les lour­deurs admin­is­tra­tives et l’aspect aléa­toire des autori­sa­tions ».

Sans cri­ti­quer les recom­man­da­tions con­tenues dans le rap­port, le site RT pointe le fait que « (l’OCDE) laisse sans répons­es les ques­tions poli­tiques que pose le phénomène migra­toire dans son ensem­ble ». Il indique égale­ment que « selon l’OCDE, les immi­grés qui vien­nent en France pour tra­vailler sont minori­taires ». Ce qui vaut une « desin­tox » de Libéra­tion, suiv­ie d’une réplique toute aus­si sèche de RT.

Si les arti­cles sur le rap­port de l’OCDE ne pré­ten­dent pas cou­vrir l’ensemble du sujet, ils s’inscrivent dans un courant de pen­sée dom­i­nant dans les médias.

Et le pluralisme ?

Au-delà de la seule immi­gra­tion de tra­vail, l’impact posi­tif de l’immigration sur l’économie est une évi­dence dans les medias main­stream au tra­vers de quelques exem­ples :

Selon une enquête de L’Ex­press, « l’im­mi­gra­tion est tou­jours un sujet sen­si­ble et d’ac­tu­al­ité. Pour­tant, loin des clichés, l’im­mi­gra­tion serait un atout économique ».

Le Monde estime que «  les écon­o­mistes ont un avis beau­coup plus tranché. Ils sont unanimes à estimer que l’immigration actuelle n’est en rien un dan­ger pour l’économie européenne, même en cette péri­ode de faible crois­sance et de chô­mage élevé ».

Le site Slate s’appuie sur l’ex­em­ple améri­cain pour en con­clure que « l’im­mi­gra­tion est une chance pour l’é­conomie » car elle « sou­tient la crois­sance et le pou­voir d’achat ».

La Croix donne la parole à un écon­o­miste de l’OCDE pour affirmer que « l’accueil des réfugiés pèsera à court terme sur le bud­get de l’État, mais ils con­tribueront aus­si à la crois­sance et à l’emploi ».

Le Figaro présente dans un arti­cle le point de vue d’économistes, qua­si­ment tous d’accord sur l’impact posi­tif de l’immigration sur l’économie.

Comme nous l’indiquions au début de la crise des migrants, sur les chaines de radio de ser­vice pub­lic, l’arrivée mas­sive d’immigrés sur l’économie européenne est présen­tée comme fon­cière­ment pos­i­tive, à l’instar du mes­sage véhiculé par les autorités européennes.

De rares voix dissidentes

Seuls de rares jour­naux émet­tent des réserves et lais­sent une place à la pru­dence et à la plu­ral­ité des opin­ions sur le sujet. Ain­si, le quo­ti­di­en économique Les Échos estime que « les out­ils sta­tis­tiques et économiques actuels ne per­me­t­tent pas tou­jours de con­clure à un effet économique béné­fique de l’im­mi­gra­tion ». « Les effets économiques dépen­dent du niveau de qual­i­fi­ca­tion des immi­grés, de l’é­tat du marché du tra­vail du pays d’ac­cueil et de bien d’autres paramètres ».

Les écon­o­mistes qui s’éloignent de la doxa libérale font de très rares incur­sions en dehors des cer­cles uni­ver­si­taires, comme George J. Bor­jas évo­qué par la démo­graphe Michèle Trib­al­at dans Valeurs actuelles ou Robert Rowthorn dans Les Échos.

On con­state une nou­velle fois non seule­ment une grande uni­for­mité dans les infor­ma­tions com­mu­niquées sur le sujet, mais aus­si le décalage entre une grande par­tie de la classe jour­nal­is­tique et la majorité de la pop­u­la­tion. Ain­si, un sondage Ipsos pub­lié dans Le Figaro en aout 2016 présen­té par BFMTV indi­quait que « seules 20% des per­son­nes inter­rogées esti­ment que l’im­mi­gra­tion a un impact posi­tif sur leur pays et sur leur économie ».

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