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Front populaire : qui croit à l’alliance de la gauche ? Un peu les médias !

15 juin 2024

Temps de lecture : 7 minutes
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Front populaire : qui croit à l’alliance de la gauche ? Un peu les médias !

Temps de lecture : 7 minutes

À deux semaines des élections législatives, la gauche tremble à l’idée que le Rassemblement national transforme l’essai réussi aux élections européennes, arrachant ainsi une majorité à l’Assemblée nationale et un poste de Premier ministre. Pour l’éviter, les partis travaillent à leur union. Une tâche qui, après Gaza, l’Ukraine et les élections européennes, est loin d’être facile.

Les médias heureux d’une alliance vite posée

Le bar­rage répub­li­cain étant, depuis quelques années, le seul élé­ment qui compte dans les dif­férents scruti­ns, cer­tains titres médi­a­tiques se félici­tent de l’accord passé entre les dif­férents par­tis de gauche dès le lende­main des élec­tions européennes. Le Monde note ain­si que « les par­tis de gauche ont réus­si à pos­er en un temps record les bases d’un début d’alliance », même s’il s’agit surtout « d’éviter le pire ». 20 Min­utes recon­naît que « la men­ace de l’extrême droite a été un puis­sant vecteur d’union » et pré­cise que pour les « lead­ers anti-Nupes du PS », avec « l’extrême droite aux portes du pou­voir », il n’y avait guère qu’une solu­tion : « au moins dis­cuter avec LFI. » Autrement dit, si Jor­dan Bardel­la n’avait pas obtenu le tiers des voix, les par­tis de gauche auraient eu bien du mal à pass­er out­re leurs désac­cords divers. Le Figaro pré­cise que les par­tis de gauche et leurs élus n’ont pas le choix, cet accord représente « l’u­nique con­di­tion » pour sauver leurs sièges, « la seule lumière au bout du tun­nel. » Pour l’anecdote, Alain Duhamel sur BFMTV le 9 juin au soir et en direct sonne le toc­sin et appelle à vot­er pour n’importe qui y com­pris le PC ou le NPA face au RN https://x.com/DestinationTele/status/1799885157438276078. Sacré Alain, on ne se refait pas !

Voir aus­si : Alain Duhamel, portrait

Du PS au NPA, des points d’achoppement

Car des désac­cords, il y en a, et ils sont loin d’être minces. 20 Min­utes explique ain­si que l’accord du 10 juin « ne règle pas toutes les ques­tions », et Le Figaro pré­cise que cet accord, pour­tant loin d’être défini­tif, a été long à venir, « après des dis­cus­sions durant toute la journée de lun­di » et « un long chemin sin­ueux. » Libéra­tion, qui a appelé au Front pop­u­laire dès l’annonce de la dis­so­lu­tion, recon­naît que « des désac­cords de fond opposent insoumis et social­istes, notam­ment s’agissant de la séman­tique pour qual­i­fi­er le 7 Octo­bre et ses suites à Gaza. » Il faut égale­ment oubli­er les pass­es d’armes échangées pen­dant la cam­pagne, venues de tous les par­tis, con­tre les écol­o­gistes qui ont bien fail­li n’avoir aucun siège, les Insoumis qui frayaient avec l’antisémitisme, et le PS qui était décidé­ment trop haut. Du côté des électeurs, on s’inquiète : les social­istes devront-ils vot­er pour un Insoumis alors qu’ils ne sou­ti­en­nent ni le com­porte­ment de ce par­ti à l’Assemblée nationale, ni ses posi­tions en faveur du Hamas ? Les Insoumis, de leur côté, dénon­cent une « fausse gauche » inca­pable de faire bar­rage avec autant de fer­veur qu’en 2002, quand la gauche avait voté pour Jacques Chirac, ou en 2017 et en 2022, lorsqu’il s’agissait de vot­er pour Emmanuel Macron. LFI se défend d’ailleurs d’être anti­sémite, reven­di­ca­tion dont on doute un peu à lire Libéra­tion, qui ne saurait pour­tant porter ce type d’accusation. Mais apparem­ment, « les négo­ci­a­teurs butent sur la ques­tion de l’antisémitisme. »

Le Front populaire n’est pas encore uni

La route est donc encore longue avant une union digne de ce nom. Aurore Lalucq, en qua­trième posi­tion sur la liste de Raphaël Glucks­mann aux élec­tions européennes, pré­ci­sait ain­si sur BFMTV, dès le 11 juin, que l’accord salué par tous n’en était pas un, et le ravalait au rang de sim­ple « ouver­ture de dis­cus­sion qui a per­mis de pos­er nos con­di­tions. » De quoi douch­er un ent­hou­si­asme rap­por­tait par France info, qui affir­mait que « l’e­spoir des mil­i­tants de gauche renaît » et que l’accord avait été accueil­li « avec ferveur. »

LFI en disgrâce après avoir rêvé de Matignon

Le Front pop­u­laire est un véri­ta­ble revers pour LFI, qui avait été le véri­ta­ble arti­san de la Nupes. D’un Jean-Luc Mélen­chon présen­té comme le futur Pre­mier min­istre, avec un pro­gramme impor­tant partagé par les députés, on passe à un nou­veau pro­gramme, qui n’est d’ailleurs pas encore écrit, et surtout, plus per­son­ne n’imagine le ténor des Insoumis à Matignon, même si celui-ci se dit prêt à répon­dre présent. Et pour cause : les sor­ties répétées de LFI con­cer­nant la guerre entre Israël et le Hamas, la défense incon­di­tion­nelle de Gaza et la recon­nais­sance d’un État pales­tinien ont fini par class­er le par­ti par­mi ces extrêmes avec lesquels on ne fraie qu’en se bouchant le nez, à l’instar du Rassem­ble­ment nation­al. L’Opinion rap­porte ain­si que Raphaël Glucks­mann juge « incon­cev­able de s’allier avec des insoumis. » Un retourne­ment de sit­u­a­tion qui ne manque d’ailleurs pas d’ironie. Au même moment, la non-investi­ture de Gar­ri­do, Cor­bière et Simon­net, opposants internes à Jean-Luc Mélen­chon, provoque la zizanie et la colère de François Ruf­fin qui par­le de bêtise et de sec­tarisme. Mieux, Adrien Quaten­nens, con­damné pour vio­lences con­ju­gales, est réin­vesti en douce dans la pre­mière cir­con­scrip­tion du Nord. Une investi­ture que François Ruf­fin com­mente ain­si sur X Twit­ter le 15 juin : « Vous préférez un homme qui frappe sa femme, auteur de vio­lences con­ju­gales, à des cama­rades qui ont l’im­pu­dence d’avoir un désac­cord avec le grand chef. Notre démoc­ra­tie mérite mieux que vous.»

Voir aus­si : Raphaël Glucks­mann, portrait

Le PS fera-t-il cavalier seul ?

Cette fer­veur, le PS, qui se rêve peut-être à nou­veau par­ti de gou­verne­ment et voit se refer­mer la par­en­thèse hon­teuse de la can­di­da­ture d’Anne Hidal­go à l’élection prési­den­tielle de 2022, ne la partage pas. L’Opinion titre ain­si « Raphaël Glucks­mann dit non au Front pop­u­laire aux con­di­tions de LFI », et rap­porte les ter­mes de l’entourage du député européen élu le 9 juin. « Place publique a signé un texte comme quoi la total­ité des par­tis de gauche ferait le max­i­mum pour lut­ter con­tre l’extrême droite. Mais ce n’est pas aux dépens de nos principes fon­da­men­taux. » L’Opinion note d’ailleurs que le par­ti social­iste n’était pas présent lors de la pre­mière phase de négo­ci­a­tions qui devait accouch­er d’un sem­blant d’accord. Coucou, le revoilà ! Le retour de François Hol­lande, qui a annon­cé sa can­di­da­ture en Cor­rèze, ne va pas faciliter la tran­quil­lité de la vie de la famille PS.

Au total, le Front pop­u­laire sem­ble plutôt bien par­ti pour con­stituer l’une des trois listes prin­ci­pales des élec­tions lég­isla­tives, avec celles de Renais­sance et du Rassem­ble­ment nation­al et de ses alliés LR. Les sondages à l’échelle nationale le crédi­tent autour de 30%, un pour­cent­age peut-être suff­isant pour tutoy­er la place tant con­voitée de pre­mier groupe d’opposition, et la place de Pre­mier min­istre, si le RN n’ob­tient pas les résul­tats espérés. Reste que, quels que soient les résul­tats, c’est bien le prési­dent de la République qui choisira le suc­cesseur de Gabriel Attal. Autrement dit, nulle oblig­a­tion pour Emmanuel Macron de choisir celui que le Front pop­u­laire aura désigné, ni même de choisir Jor­dan Bardel­la en cas de suc­cès du RN.

Dernière minute ! Le Nou­veau Front pop­u­laire investit Raphaël Arnault dans la pre­mière cir­con­scrip­tion du Vau­cluse (Avi­gnon). Ce porte-parole vio­lent de la Jeune Garde est fiché S. Auteur de men­aces de mort con­tre ses opposants, il a été con­vo­qué par la police pour apolo­gie du ter­ror­isme. La can­di­date du Rassem­ble­ment nation­al, Cather­ine Jaouen, a con­damné cette investi­ture et a demandé aux électeurs de sa cir­con­scrip­tion de « se lever con­tre cette dérive de violence. »

Voir aus­si : Élec­tions européennes : vic­toire pour le Rassem­ble­ment nation­al, gueule de bois pour les journalistes

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