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Pub­lié le 29 janvier 2019 | Éti­quettes : ,

Névroses médiatiques, par Gilles-William Goldnadel

Après l’enquête annuelle (janvier 2019) de La Croix (voir notre article ici) sur l’image désastreuse des médias et des journalistes dans l’opinion publique, il est utile de prendre du recul. C’est ce que fait Gilles-William Goldnadel – avocat inlassable de la liberté d’expression – en analysant les névroses médiatiques des Français dans un essai roboratif, écrit d’une plume alerte.

De Gustave Le Bon à la névrose identitaire collective

Gilles-William Goldnadel (GWD) ne cache pas ses engagements. Pour Israël (il préside France-Israël), pour la survie de la France en danger, pour la survie de la liberté de penser. Il démontre que ce qu’il appelle le « Big Bang Shoah », l’intrusion à retardement de ce traumatisme collectif au mitan des années 60, a provoqué un « antinazisme devenu fou » qui devient la racine de notre temps. Dans la contagion de l’émotion victimaire, le Juif a été remplacé par le Palestinien, puis par l’étranger, par l’immigré non européen, l’homosexuel enfin plus récemment par la femme.

Dans la « nouvelle religion antinazie fantasmée », la foule délirante décline de manière contagieuse un nouvel ensemble démonologique : Hitler, Pétain, Le Pen, Sarkozy, Netanyahu,Trump, Orban, Salvini. La liste ne demande qu’à s’allonger. La névrose identitaire collective récuse l’identification père-fils, le père est devenu dans le meilleur des cas un beauf et, dans le pire, un tortionnaire. Comment être le fils (ou la fille) d’un père occidental ou européen, ce père lui-même « un être moralement inférieur et intimement méprisé » ? Devenu foule délirante, le monde contemporain ne vit que par rejet émotif et identification d’emprunt.

Inversion de la martyrologie

Le Juif des camps était un personnage lointain (quasi « exotique » dit GWD), c’est par la représentation sous forme de fiction (essentiellement filmographique) qu’il a pénétré l’inconscient européen. Mais il change d’image au fil du temps. C’est un succédané de Juif qui pénètre dans le saint des saints « Arabe colonisé, Noir esclavagisé, puis l’Arabe et le Noir immigrés, l’Amérindien massacré, puis la femme dominée, enfin les minorités sexuelles stigmatisées ». Condition pour appartenir au Panthéon des martyrs : « avoir souffert du mal blanc couleur Hitler ».

Et ce mal blanc est aussi un mâle blanc dans le collimateur du « développement d’une idéologie de déstructuration punitive systématique quasi génocidaire de l’homme hétérosexuel blanc, dans son histoire, sa géographie et jusqu’à son sexe (p33) ».

La nouvelle foule médiatique

Après Gustave Le Bon, Freud, Gabriel de Tarde, Wilhem Reich et Günther Anders, GWS constate que de sympathie complice en communion extatique, toutes les croyances ont une forme religieuse. Mais aussi (Gustave Le Bon) que « La puissance des mots est liée aux images qu’ils évoquent et tout à fait indépendante de leur signification réelle ».

Par le mécanisme bien connu affirmation/répétion/contagion, la nouvelle Eglise cathodique (avec ses nombreux curés cathodiques) encadre la foule médiatique par un service d’ordre moral. Le moralisme idéologique (et sentimental ajouterons-nous) relève de la théologie contemporaine « gauchisante sur les sujets sociétaux et d’un libéralisme tempéré sur les sujets économiques. » Ce que nous définissons souvent à l’Ojim comme l’empreinte du monde libéral-libertaire, même si GWD n’emploie pas ce terme.

La foule médiatique (et ses clercs) est plus dans l’émotion que dans les idées car « L’Eglise cathodique ne fait pas commerce d’idées mais de sentiments quasi religieux et les mots (…) sont employés comme vocabulaire liturgique ou objets immatériels de piété afin d’obtenir une réaction sentimentale venue de l’inconscient (p92) ». Le migrant devient ainsi figure du génocide, le petit kurde Aylan (voir notre article du 7 septembre 2015) devient un enfant martyr dont l’image (modifiée et mise en scène) reproduite mille fois justifie l’accueil inconditionnel des migrations sous le regard du Big Brother médiatique. Big Brother devenu Big Other suivant l’expression du journaliste François Bousquet.

L’Eros des médias et son retournement

Le paradis comme l’enfer médiatiques sont des lieux érotiques. Les liens pouvoir/médias sont quasi immémoriaux et inévitables. On ne compte plus les couples constitués autour de ce binôme (voir notre vidéo de 2013, les personnages changent mais la ronde est toujours la même) Journalistes et politiques : la proximité jusque dans l'intime.

Les choses se compliquent lorsque le puissant tombe à terre (ou menace d’y tomber). Suivant un ordre consacré le média lèche, lâche puis lynche. Le journaliste, en lynchant ce qu’il avait mis au pinacle, prend une revanche narcissique sur le puissant d’autrefois. Mais cette relation ambivalente vaut aussi pour le rapport public/médias. La foule médiatique adore, prend de la distance puis éprouve « le plaisir sadique de la curée ». C’est ce qui arrive à la caste journalistique (injustement pour une partie des membres de celle-ci) avec les manifestations des gilets jaunes. Les effluves érotiques du pouvoir médiatique se transforment alors en cauchemars.

Les droits de l’homme, nouvelle religion laïque

Volontiers relayée par Hollywood (le mouvement me too en est une illustration), la nouvelle religion postchrétienne antinazie fantasmée exprime ce que GWD appelle plaisamment « l’altérophilie ». D’où vient cette nouvelle religiosité ? Cet «enfant monstrueux de la haine de soi est sorti du ventre fécond de l’occident moderne, en gestation de sa détestation (P187) ». Le meilleur exemple en est la figure d’Edwy Plenel (voir son portrait vidéo ici) victime de « la névrose juive de celui qui ne l’est pas ». Ce que l’auteur appelle l’islamo-gauchisme de Plenel est « moins de l’amour passion pour les populations islamiques qu’une haine inconsciente mais tenace envers le monde blanc ». A sa suite la société occidentale devient névrotiquement masochiste et psychotiquement suicidaire.

L’auteur cite Aldoux Huxley et son Meilleur des mondes :

« L’homme de masse… doit être traité comme ce qu’il est : un veau. Il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement ».

Tout lecteur de Névroses médiatiques sortira immédiatement du troupeau. Il faut toujours remercier les éveilleurs

Gilles-William Goldnadel, Névroses médiatiques, Le monde est devenu une foule déchaînée, Plon, 2018, 249p, 19,90 €

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