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Pub­lié le 28 janvier 2019 | Éti­quettes : , , , ,

Enquête annuelle La Croix/Kantar sur les médias : la crise de confiance s’aggrave

Le sondage de début d’année du quotidien catholique (proche de l’épiscopat) La Croix sur les médias en est à sa 32ème édition et est attendu avec impatience. Ce baromètre réalisé début janvier 2019 et publié le 24 janvier indique que le froid polaire entre les Français et leurs médias, entre les Français et les journalistes, n’est pas prêt de se terminer. Décryptage.

Une crédibilité au plus bas

À la question « les journalistes sont ils indépendants » ? La réponse est non pour les pressions de partis politiques et du pouvoir à 69%, et non également à 62% pour les pressions de l’argent. Au moment même où l’intérêt porté à l’actualité est en hausse de cinq points (les deux tiers des sondés suivent l’actualité avec « un grand intérêt ».)

La télévision encore en tête de l’audience mais décriée

Parmi les sources d’information la télévision demeure en tête pour près de la moitié de l’échantillon (46%) suivie d’internet (29%), la radio (18%) et la presse écrite pour seulement 6%, mais la perspective doit être nuancée pour cette dernière (voir infra)

Mais à la question « En général, à propos des nouvelles … est ce que vous vous dites : les choses se sont passées comme le raconte la télévision », ils ne sont que 38% à répondre oui en baisse de dix points sur un an ! L’effet gilets jaunes a joué ici à plein en particulier sur les chaines d’information continue avec un double paradoxe. Les chaines avaient besoin de couvrir le mouvement pour doper leur audience. Les gilets jaunes avaient besoin des chaines pour populariser leurs actions. Mais les chaines ont privilégié la castagne (un train qui arrive à l’heure n’est pas une information intéressante, une manifestation sans violences ne fait pas d’audimat) et les gilets jaunes leur ont reproché de les caricaturer.

Les journalistes pourchassés

Si un petit tiers (32%) jugent « pas justifiée du tout » l’attitude de certains gilets jaunes contre les journalistes, ils sont un presque un cinquième (23%) à les justifier. Mieux 39% indiquent que les critiques et l’agressivité contre les journalistes est « pas vraiment justifiée », une question et une réponse ambiguës qui intègrent bien une forme de critique.

La presse peu lue mais…

Si parmi les sources d’information la presse n’est citée que par 6% des sondés, le tableau est moins sombre si on intègre la lecture de la presse sur internet. Si 29% du public s’informe sur internet, une lecture plus fine de cet auditorat révèle que la première source d’information sur internet n’est autre que les sites et les applications de la presse écrite. D’où la frénésie digitale de la presse, lire La Croix sur internet et non sur le papier c’est encore lire La Croix.

Une coupure générationnelle

Ah les 18/24 ans ! Comment les attraper se disent les médias ? Ils s’intéressent moins à l’actualité que leurs aînés, ils s’informent sur leur téléphone (53%) via les réseaux sociaux. La presse écrite quotidienne n’intéresse que 1% d’entre eux et la presse magazine 0% !

Ils n’écoutent pas la radio, ils n’ont pas confiance (64%) dans la télévision. Serge Barbet directeur du CLEMI (Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information, un véritable centre de propagande par ailleurs) ne croit pas à un désintérêt pour l’information mais demande aux médias d’innover pour les attirer. Prudents sur internet ils en sont pourtant grands consommateurs, marque de défiance des médias de grand chemin.

Voir aussi

« Éducation aux médias », le camp du Bien s’inquiète et accélère

Examen de conscience ?

L’éditorial de François Ernenwein dans le numéro du quotidien qui publie l’enquête s’intitule « Fractures médiatiques ». Plus de la moitié des français n’ont pas confiance dans la couverture du mouvement des gilets jaunes par les médias. Ernenwein constate que « Les médias et les journalistes doivent mieux s’interroger sur leurs impasses pour retrouver la confiance des Français ». Allons un peu plus loin : ils doivent sortir d’un conformisme idéologique et d’un entre soi devenus insupportables pour le grand public. C’est surtout de courage dont ont besoin les rédactions pour s’extraire du prêt à penser. Ce seront nos vœux sincères pour la profession en 2019.

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