Le mobile antisémite du meurtre de Sarah Halimi a-t-il été sciemment caché par les médias ?

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[Rediffusions estivales 2017 – article publié initialement le 26/05/2017]

Le 4 avril dernier, en pleine campagne présidentielle, un fait divers sanglant avait lieu dans le quartier de Belleville, à Paris.

En pleine nuit, Kada T., « dans un état second » frappe à la porte d’amis à lui, d’origine malienne. Effrayés par son comportement, ces derniers se cloîtrent alors dans une pièce et appellent la police, qui arrive 3 minutes plus tard. L’homme refuse de sortir, les policiers appellent des renforts. C’est alors que Kada T. sort de l’appartement par le balcon, enjambe la rambarde et parvient à atteindre le balcon d’une voisine.

Après l’avoir réveillé en pleine nuit, l’homme s’acharne sur Sarah Halimi, retraitée de confession juive, la frappe puis la défenestre, ne lui laissant aucune chance de survie. Dès la médiatisation de ce fait divers tragique, autorités judiciaires et médias n’ont eu de cesse de répéter qu’il s’agissait là d’un meurtre crapuleux, commis par un « déséquilibré » sans réel motif. Dans les jours suivants, le procureur de Paris a assuré aux autorités juives que la thèse du crime antisémite était à écarter. « Il n’y a jusqu’à présent aucun élément qui permette d’attribuer un caractère antisémite à cet acte, ni d’attester une quelconque radicalisation », affirmait une source proche de l’enquête.

Seulement, depuis plusieurs jours, cette version des faits est largement remise en cause. « Sept semaines après le drame, les soupçons ont cédé la place aux certitudes », rapporte Le Monde, qui reconnaît que les médias ont été « trop prudents » vis-à-vis de cette affaire. Lundi 22 mai, dans une conférence de presse, les proches de Sarah Halimi évoquaient un crime commis « par un terroriste venu pour la torturer et finir par la défenestrer (…) parce qu’il savait qu’elle était juive pratiquante ».

Et de poursuivre : « Il l’a massacrée, le salon était plein de sang (…) il ne s’interrompait que pour réciter des sourates du Coran. » La sœur de la victime précise que sa « nièce avait déjà été traitée de “sale juive’’ et bousculée par la famille [du suspect] ». Pour les avocats de la famille de la victime, Mes David-Olivier Kaminsky et Jean-Alexandre Buchinger, le meurtrier « est rentré chez Sarah Halimi parce qu’il savait qu’elle était juive pratiquante. C’est la raison pour laquelle elle a été assassinée. »

Pourtant, lors de l’ouverture de l’information judiciaire le 14 avril dernier, cette circonstance aggravante n’avait pas été retenue par le juge d’instruction. Nous étions alors en pleine campagne électorale pour la présidentielle… De quoi soulever des questions.

Les autorités et les médias ont-ils, malgré les appels de la communauté juive, volontairement passé sous silence le possible mobile antisémite de ce drame ? Pour Gilles-William Goldnadel, avocat représentant de la sœur de la défunte, cette affaire a « fait l’objet d’une sombre omerta dont les ressorts cachés viennent d’être démontés ». Selon lui, celui qu’on avait présenté comme un fou sans histoire « présente le profil classique des criminels islamistes habituels: petit caïd bien connu des services de police du 11e arrondissement pour ses multiples condamnations ».

Concernant le meurtre en lui-même, l’avocat rappelle qu’« à plusieurs reprises, il avait insulté sa victime, qui le craignait, en la traitant de “sale juive” », et que « de multiples témoins et voisins attestent avoir entendu “Allah Akbar!” tandis qu’il s’acharnait sans fin sur la malheureuse ». Et de conclure qu’« en pleine période électorale », c’est finalement « le processus habituel de psychiatrisation de l’assassin islamiste (qui) a été adopté ».

La suite de l’enquête devrait nous en dire plus sur les circonstances exactes du passage à l’acte. En attendant, on ne peut s’empêcher de voir dans cette omerta la mise en pratique de la philosophie qui guide désormais la plupart des journalistes : ne pas « faire le jeu » du FN…