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Nécromancie à Rouen : qui veut réanimer Paris-Normandie ?

2 juin 2020

Temps de lecture : 3 minutes

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Nécromancie à Rouen : qui veut réanimer Paris-Normandie ?

Nécromancie à Rouen : qui veut réanimer Paris-Normandie ?

Les intrigues autour du quotidien normand de Rouen n’en finissent pas, alors que celui-ci est en liquidation judiciaire depuis le 21 avril 2020.

Avec plusieurs mil­lions d’euros de dettes, des ventes en baisse (tirage à 41 000 exem­plaires pour l’année 2019) et en déficit régulière­ment, le plus mau­vais des marabouts pour­rait prédire, sans trop de marge d’erreur, que l’avenir de Paris-Nor­mandie est mal engagé. Et encore, ça, c’était avant la crise du Covid-19, qui l’a emmené au sep­tième cer­cle de l’enfer en faisant chuter de 90 % ses revenus pub­lic­i­taires. Les jour­nal­istes de Paris-Nor­mandie ont donc décou­vert qu’ils pou­vaient encore tomber plus bas, avaient-ils con­science de la sit­u­a­tion quelques mois plus tôt ? Ils étaient peut-être trop occupés à faire des arti­cles lar­moy­ants sur des clan­des­tins « mineurs » ayant cer­taine­ment dépassé la trentaine. Qui, évidem­ment, venaient de pays en guerre comme la Guinée, le fameux con­flit Sénégalo-Guinéen…

Le jour­nal était jusqu’alors la pro­priété de l’homme d’affaires Jean-Louis Lou­v­el, prési­dent fon­da­teur de PGS (entre­prise spé­cial­isée dans la palette en bois) égale­ment prési­dent du club de rug­by rouen­nais. Toute­fois, la can­di­da­ture de ce dernier à la mairie de Rouen pour les munic­i­pales, sous l’étiquette LREM, avait créé quelques rifi­fis au sein de la rédac­tion, cer­tains des jour­nal­istes se rap­pelant leur théorique déon­tolo­gie, craig­nant un évi­dent con­flit d’intérêt. C’est peut-être l’étiquette de M. Lou­v­el qui avait accordé au jour­nal le priv­ilège d’être sélec­tion­né, avec France 3 et France Bleu, pour cou­vrir la vis­ite de Christophe Cas­tan­er en Seine-Mar­itime le 16 mai dernier. De fait, les rédac­tions nor­man­des avaient quelque peu râlé de se voir ain­si écarté de l’actualité de leur ter­ri­toire (le Cour­ri­er Cau­chois l’a mal pris) au béné­fice de seule­ment trois médias exclusifs.

L’espoir déçu du premier tour

Toute­fois, la Vox Pop­uli n’a pas été du côté de LREM : Jean-Louis Lou­v­el arrive troisième avec 16,79 % des voix. C’est la douche froide, le monde de la palette en bois n’est, sem­ble-t-il, pas le même que celui de l’arène poli­tique. Il s’est d’ailleurs retiré de la course le 28 mai. Mais cela change-t-il quelque chose pour Paris-Nor­mandie ? Oui…et non. Quand le roi de la palette était tou­jours dans la course, avant les résul­tats du pre­mier tour, il sem­blait réfléchir à ven­dre son quo­ti­di­en à l’un de ses frères nor­mands, Pierre-Antoine Cap­ton. Le sieur, en plus d’être un autre sou­tien de la macronie, a la par­tic­u­lar­ité de pro­duire l’émission C à Vous mais aus­si, et surtout, d’être l’associé de Xavier Niel et Math­ieu Pigasse dans le groupe Médi­awan. Mais, le pre­mier tour des munic­i­pales a redis­tribué les cartes, et la vente du jour­nal à Pierre-Antoine Cap­ton n’est plus d’actualité. Mon­sieur Lou­v­el à une autre idée en tête : ven­dre son quo­ti­di­en tout en restant asso­cié minori­taire, ce qui lui per­me­t­trait de garder un peu d’influence sur le journal.

Un journal en état de mort clinique qui aiguise les appétits

Mal­gré le gouf­fre financier qu’est Paris-Nor­mandie, trois pré­ten­dants se pressent à la porte tels des Témoins de Jého­vah en soif de con­ver­sions ; le groupe français Health Ini­tia­tive, et deux envahisseurs venus d’outre Meuse, les groupes de presse belges IPM et Rossel.

Le Français fait fig­ure d’outsider, avec « seule­ment » six mil­lions d’euros de chiffre d’affaire, et est spé­cial­isé dans les revues médi­cales. Les belges, c’est une autre his­toire ! Si IPM ne pos­sède des médias que dans le roy­aume, dont La Libre Bel­gique, ain­si que les édi­tions belges de Paris Match et Cour­ri­er Inter­na­tion­al. Le géant Rossel fait, depuis quelques années, une véri­ta­ble razz­ia sur les médias régionaux du nord de la France.

Le groupe pos­sède ain­si dans notre beau pays des jour­naux comme : La Voix du Nord, Le Cour­ri­er Picard, Nord Eclair, Cham­pagne FM, L’Aisne Nou­velle, Direct Lille Plus, L’Ardennais, la ver­sion lil­loise du quo­ti­di­en gra­tu­it 20 min­utes, et même le mag­a­zine de ciné­ma Pre­mière.

Pourquoi donc Rossel voudrait il éten­dre son emprise à la Nor­mandie ? Ce titan appar­tient à la famille Hur­bain. Son grand représen­tant, Patrick Hur­bain, pré­side Rossel, dont il détient aus­si 33 % du cap­i­tal, ses deux sœurs Chris­tine Marchant-Hur­bain et Nathalie Hur­bain pos­sè­dent le reste. En Bel­gique, Patoche est le maître incon­testé de bon nom­bre de grands médias, cer­tains jour­naux s’en sont d’ailleurs inquiétés (comme investigaction.net et lemediapresse.fr). De là à penser qu’il voudrait encore agrandir son influ­ence sur notre ter­ri­toire nation­al, il n’y a qu’un pas.

Mais la grande per­dante de l’affaire reste, assuré­ment, La Manche Libre. Son patron, Benoît Leclerc, s’était asso­cié à Jacques Rosselin (directeur de l’Ecole Française de Jour­nal­isme) et Marc-Antoine Tro­let­ti, entre­pre­neur local, pour racheter Paris-Nor­mandie. Le pro­jet était soutenu par le Crédit Agri­cole et la Caisse d’épargne et avait rassem­blé sept mil­lions d’euros pour le rachat. Hélas (pour eux), Benoît Leclerc et Jacques Rosselin n’ont pas réus­si à s’entendre sur le partage des pou­voirs, le pre­mier exigeant les postes de prési­dent et de directeur général de Paris-Nor­mandie. Inac­cept­able, sem­ble-t-il, pour le sec­ond, puisque le pro­jet a capoté. En revanche, le jour­nal bre­ton Ouest-France, bien implan­té en Nor­mandie, est resté étrange­ment dis­cret sur les évène­ments ; il faut dire que le mal­heur de Paris-Nor­mandie pour­rait faire son bon­heur. Enfin, le prési­dent de la région Nor­mandie, Hervé Morin, doit suiv­re le dossier de près ; lui qui s’était déjà opposé au rachat du jour­nal par Rossel en 2017, sou­tien­dra cer­taine­ment le belge IPM, qui a aus­si la faveur de Jean-Louis Louvel.

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