Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Le bel élan de solidarité des médias régionaux pour le clandestin Kosovar

14 novembre 2021

Temps de lecture : 3 minutes
Accueil | Veille médias | Le bel élan de solidarité des médias régionaux pour le clandestin Kosovar

Le bel élan de solidarité des médias régionaux pour le clandestin Kosovar

14 novembre 2021

Burhan Sallahu est l’une des innombrables victimes des lois françaises. Comme tant d’autres étrangers, ce jeune Albanais du Kosovo ne souhaite que vivre paisiblement dans notre pays. Mais des lois iniques l’en empêchent. Car son seul problème est qu’il n’est pas en règle car il n’a pas de titre de séjour. Heureusement, les médias de grand chemin sont là pour promouvoir le mouvement de soutien en faveur de sa régularisation et celle de sa famille. Derrière le récit simpliste se cache pourtant une réalité qui révèle une France où les lois sont non seulement contestées mais aussi piétinées.

Une père de famille menacé d’expulsion

Comme la loi le prévoit pour tout étranger en sit­u­a­tion irrégulière présent en France, Burhan Sal­lahu a été som­mé de quit­ter le ter­ri­toire français. Rapi­de­ment, un comité de sou­tien s’est créé. Ses actions ont été forte­ment médi­atisées par les médias de grand chemin :

Ain­si le quo­ti­di­en région­al Ouest-France nous informe le 2 novem­bre qu’« un comité de sou­tien, des élus, des enseignants, des amis et le maire de Rouen mon­tent au créneau pour soutenir une famille koso­vare dont le père, est men­acé d’expulsion ».

La radio France Bleu fait état de l’affiche instal­lée sur le fron­ton de la mairie de Rouen avec cette phrase : « Est-ce la France que nous voulons ? ».

Le Parisien affiche égale­ment un sou­tien à peine masqué au clan­des­tin : « À Gram­mont, les Rouen­nais dis­ent non à l’expulsion du papa de Dalila et Med­ji ». Le jour­nal­iste du quo­ti­di­en région­al donne la parole au maire de Rouen : « Leur accorder une chance de rester, c’est val­oris­er ce qui fonc­tionne en France ».

Mais qu’est-ce qui fonc­tionne en France, en par­ti­c­uli­er dans cette affaire ? Un com­mu­niqué de presse de la Pré­fec­ture de Seine mar­itime du 2 novem­bre, qui n’a vis­i­ble­ment pas été beau­coup exploité par la presse quo­ti­di­enne régionale, nous en apprend un peu plus sur le par­cours de Burhan Sallahu.

« Est-ce la France que nous voulons ? »

Juil­let 2016 : Burhan Sal­lahu entre clan­des­tine­ment en France, sans visa, bien que cela soit néces­saire pour les ressor­tis­sants du Koso­vo. Il dépose une demande d’asile bien qu’il en ait déposé une autre en Alle­magne, qui a été rejetée en avril 2015. Une nou­velle illus­tra­tion que la France reçoit selon les pro­pres ter­mes du min­istère de l’intérieur de très nom­breuses deman­des d’asile « sec­ondaires », présen­tées par des déboutés de l’asile dans un autre pays européen. Cha­cun appréciera si ces deman­des à répéti­tion sont justifiées.

En août 2016, sa demande d’asile en France est rejetée par l’OFPRA. Mon­sieur Sal­lahu ne se con­tente pas de cette déci­sion et fait appel. Son recours con­tre la déci­sion de l’OFPRA est rejeté par la cour d’appel du droit d’asile en mai 2017.

Suite à un con­trôle d’identité en octo­bre 2017, Mon­sieur Sal­lahu se voit noti­fi­er une oblig­a­tion de quit­ter le ter­ri­toire français (OQTF). Mon­sieur Sal­lahu ne se con­tente pas de cette déci­sion et fait appel. Le tri­bunal admin­is­tratif con­firme cette OQTF en décem­bre 2017.

En novem­bre 2019, nou­veau con­trôle, Mon­sieur Sal­lahu se voit noti­fi­er une pro­lon­ga­tion de son inter­dic­tion de retour pour une durée de deux ans sup­plé­men­taires. Mon­sieur Sal­lahu ne se con­tente pas de cette déci­sion et fait appel. Le tri­bunal admin­is­tratif de Rouen rejette sa demande par juge­ment du 3 mars 2020.

Décem­bre 2020, nou­veau con­trôle, Mon­sieur Sal­lahu se voit noti­fi­er une nou­velle oblig­a­tion de quit­ter le ter­ri­toire français sans délai. Bien enten­du, il reste sur le ter­ri­toire français.

Mai 2021, nou­veau con­trôle. Il fait l’objet d’une mesure d’éloignement exé­cu­toire en décem­bre de la même année et est assigné à rési­dence. L’État français va-t-il enfin se faire respecter ? Ne par­lons pas trop vite. Mon­sieur Sal­lahu ne se con­tente pas de cette déci­sion et fait appel. Le tri­bunal admin­is­tratif con­firme les déci­sions d’éloignement et d’interdiction de retour en France. Un pays qu’il n’a pas quit­té, bien évidemment.

Mais main­tenant Mon­sieur Sal­lahu tombe malade. Il est « dans un état psy­chologique préoc­cu­pant » selon France bleu. « Compte tenu de son hos­pi­tal­i­sa­tion, sa mesure d’éloignement est sus­pendue à ce stade », nous pré­cise le com­mu­niqué de presse de la Pré­fec­ture. Nous voilà ras­surés, son moral va peut- être remonter.

Le com­mu­niqué de presse de la Pré­fec­ture de Seine mar­itime relate égale­ment la demande d’asile de l’épouse de Mon­sieur Sal­lahu en France en 2016, qui a égale­ment été déposée après un refus en Allemagne.

Mais la France est bonne mère : en con­clu­sion du com­mu­niqué de presse, la Pré­fec­ture de Seine mar­itime évoque deux pos­si­bil­ités pour la famille : son retour au Koso­vo avec une aide finan­cière ou une régu­lar­i­sa­tion si Mon­sieur Sal­lahu pro­duit un con­trat de travail.

Ouest-France et France bleu auront beau don­ner de mul­ti­ples détails sur l’état d’esprit du cou­ple men­acé d’expulsion, moult détails atten­dris­sants sur la vie de la famille koso­vare, on ne peut s’empêcher de se dire que cette his­toire est révéla­trice d’un pays qui ne se fait plus respecter, où les clan­des­tins usent et abusent des recours juridiques au point d’embouteiller la jus­tice admin­is­tra­tive.

Pour au final se voir pro­pos­er de l’argent pour retourn­er au pays ou se faire régu­laris­er en pro­duisant un hypothé­tique con­trat de tra­vail. Un exi­gence de trop ? Pas un doute ne sem­ble avoir tra­ver­sé les médias locaux dans leur sou­tien au clan­des­tin procé­duri­er, qui a bien com­pris qu’il aurait toutes les chances d’avoir le dernier mot sur la loi française.

Voir aussi

Cet article vous a plu ?

Il a pourtant un coût : 50 € en moyenne. Il faut compter 100 € pour un portrait, 400 € pour une infographie, 600 € pour une vidéo. Nous dépendons de nos lecteurs, soutenez-nous !

Derniers portraits ajoutés