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Médiapart : l’Ange et/ou la Bête ? Lettre de lecteur
Publié le 

10 juillet 2019

Temps de lecture : 3 minutes
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Médiapart : l’Ange et/ou la Bête ? Lettre de lecteur

Médiapart, créé par Edwy Plenel, trois associés personnes physiques et deux associés financiers, change de structure. La société éditrice sera reprise par un fonds de dotation à but non lucratif (du type de celui du Guardian en Angleterre). Ce Fonds pour une Presse Libre (FPL) détiendra le capital via une structure intermédiaire. Le tout pour assurer l’indépendance et l’avenir du média. Nous avons reçu à ce sujet une lettre de lecteur que nous livrons à votre sagacité. Les intertitres sont de notre rédaction.

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Edwy Plenel, du trot­skisme à l’antiracisme (por­trait vidéo)

« Le site Médi­a­part d’Edwy Plenel Médi­a­part, jour­nal numérique qui s’est fait une solide place dans le paysage médi­a­tique français à par­tir d’un con­cept orig­i­nal et effi­cace, pour­suit sa course selon une logique économique nova­trice, sans doute appelée à servir de mod­èle à d’autres aven­tures jour­nal­is­tiques à venir. Que l’on en juge, sous la plume de M. Plenel :

« Depuis sa créa­tion en 2008, Médi­a­part est une excep­tion dans le paysage médi­a­tique : un jour­nal totale­ment numérique, totale­ment par­tic­i­patif et totale­ment indépen­dant ; une presse ne vivant que du sou­tien de ses lecteurs, sans recettes pub­lic­i­taires ni sub­ven­tions éta­tiques.

À l’invention jour­nal­is­tique qui a fait sa réus­site, Médi­a­part ajoute une inven­tion cap­i­tal­is­tique en logeant 100 % de son cap­i­tal dans une struc­ture à but non lucratif qui, en le sanc­tu­ar­isant, le ren­dra invi­o­lable, défini­tive­ment non ces­si­ble et non achetable. Ce Fonds pour une presse libre aura pour mis­sion d’intérêt général de défendre la lib­erté, l’indépendance et le plu­ral­isme de la presse. »

Indépendance économique et vision du monde

Il con­vient cepen­dant de not­er qu’un jour­nal, quelles que soient sa struc­ture économique ou ses modal­ités de dif­fu­sion, est à la fois, en principe, une entre­prise au sens strict du terme, et l’ex­pres­sion d’une idéolo­gie, d’une vision de la vie en société. Un jour­nal vend des idées, des inter­pré­ta­tions du monde comme il va, voire du monde comme il devrait aller. Autrement dit, son indépen­dance économique est une con­di­tion néces­saire à sa lib­erté, mais non suff­isante pour éval­uer sa lib­erté réelle ou sup­posée quant à la doxa de l’heure.

Par ailleurs, les « con­cur­rents » de Médi­a­part, Le Monde, Libéra­tion, Le Figaro, L’Hu­man­ité (etc) seraient ‑t-il encore dans les kiosques sans les aides de l’État ? On peut en douter. Les grands titres étant devenus majori­taire­ment la pro­priété d’oli­gar­ques puis­sants dont la prospérité sou­vent dépend des com­man­des publiques, ont de la sorte des assis­es cap­i­tal­is­tiques solides, et, sans sur­prise, des lignes édi­to­ri­ales voisines, les intérêts fon­da­men­taux de leurs patrons coïn­ci­dant évidem­ment. On sait quel a été le rôle des « grands médias » dans l’élec­tion de M. Macron, qui en l’oc­cur­rence peut appa­raître comme le fondé de pou­voir de leurs pro­prié­taires.

Indépendance et conformisme politique

On va donc ris­quer que la lib­erté économique d’un média n’en fait pas for­cé­ment un média  « libre » lorsque sa stratégie édi­to­ri­ale, fût-elle libre­ment con­stru­ite, rejoint par trop celle de ses con­cur­rents. Ah, plu­ral­isme ! Pour aller vite, sou­venons-nous que Médi­a­part, économique­ment indépen­dant, a appelé en toute indépen­dance à vot­er Emmanuel Macron, dénonçant le sup­posé dan­ger « fas­ciste » représen­té par Mme Le Pen, tout en se déclarant dès le lende­main de l’élec­tion du nou­veau prési­dent « dans l’op­po­si­tion » à ce même prési­dent. Sur tous les « grands sujets », on peine à mar­quer une spé­ci­ficité de Médi­a­part : dia­boli­sa­tion de la Russie et de son prési­dent, islam­ophilie avérée, sou­tien aux flux de réfugiés, par­ti pris mul­ti­cul­tur­al­iste. Et pourquoi pas ? Mais sauf faire une erreur, on retrou­ve chez Médi­a­part les mantras du New York Times, du Wash­ing­ton Post et de la « grande » presse européenne. Sa cou­ver­ture de la guerre en Syrie a été un mod­èle atlantiste du genre. Tout autant que celle de l’af­faire ukraini­enne.

La rédac­tion de Médi­a­part a évidem­ment le droit d’in­scrire son chem­ine­ment dans le flot du jour­nal­isme occi­den­tal telle­ment proche des idées du par­ti démoc­rate US, mais un obser­va­teur atten­tif peut en la matière relever que, avec une indépen­dance économique à pri­ori acquise, ce jour­nal peine encore à trou­ver une voix orig­i­nale.

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Avec quels fonds s’est lancé Médi­a­part ?

Ils déplorent les effets dont ils chérissent les causes

Notons le goût heureux de Médi­a­part pour « sor­tir des affaires ». Pour­tant, en l’oc­cur­rence, peut-on s’in­scrire dans le con­cert de l’idéolo­gie dom­i­nante en se posi­tion­nant sub­rep­tice­ment dans un fonc­tion­nement poli­tique social et économique favorisant par ailleurs les dérives intel­ligem­ment dénon­cées ? Dieu se moquerait des prières de ceux qui se plaig­nent de faits dont ils chéris­sent les caus­es (Bossuet dit cela par­faite­ment). On peut laiss­er à Dieu sa vision de l’hu­man­ité, mais très humaine­ment point­er des dys­fonc­tion­nements appar­ents dans la stratégie édi­to­ri­ale d’un grand média, per­son­nal­isé par M. Plenel dont le moins que l’on puisse dire, est qu’il a eu un par­cours aux ver­tus con­testa­bles, et par­fois con­testées.

Félic­i­ta­tions en tout cas à l’équipe Médi­a­part, dont M. Plenel, qui a con­stru­it ce pro­jet économique­ment abouti, du moins en principe. Et souhaitons à sa rédac­tion d’avoir un jour le courage de regarder et de traiter l’ac­tu­al­ité avec ses pro­pres yeux. Peut-être sera-ce le cas après le départ des fon­da­teurs dont les racines trot­skistes (revendiquées) restent peut-être d’une prég­nance regret­table. »

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