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Pub­lié le 13 juin 2019 | Éti­quettes : , , , , ,

New York Times, fini de rire !

Nous vous parlions hier 12 juin 2019 des justifications de la censure sous couvert de protection des bonnes mœurs et de respect de la morale dominante. Où et comment une journaliste du quotidien suisse romand Le Temps appelait elle-même de ses vœux un régime « normal » de censure. Le quotidien américain le New York Times va un cran plus loin en annonçant qu’il ne publiera plus de caricatures dans aucune de ses éditions.

Dessin antisémite ?

La politique clairement pro-israélienne de l’équipe de Trump n’est un secret pour personne. Reconnaissance de Jérusalem comme capitale, déménagement de l’ambassade dans la ville sainte, suppression des aides aux Palestiniens, reconnaissance anticipée de l’annexion d’une partie de la Cisjordanie, soutien au premier ministre Netanyahou, la liste pourrait être complétée.

En avril 2019, le dessinateur portugais Antonio Moreira Antunes publie dans l’édition internationale du journal une caricature représentant Netanyahou avec une étoile de David autour du cou et tenu en laisse par un Donald Trump en kippa. Remarquons que le dessin aurait pu être inversé avec un Trump tenu en laisse par le premier ministre israélien. Le dessin soulignait/dénonçait les relations privilégiées entre les deux hommes politiques sur fond de liens étroits entre les deux pays.

Il est difficile de critiquer la politique israélienne sans être soupçonné d’antisémitisme, la frontière est ténue et l’attaque (pour défendre Israël) est facile. Le quotidien new-yorkais a supprimé dans un premier temps la caricature de son édition digitale et a présenté ses excuses aux lecteurs tout en adressant un blâme à l’éditeur qui avait autorisé la publication du dessin.

Réactions en chaine

Dans un second temps, le directeur de publication a annoncé la fin des reprises de dessins de collaborateurs extérieurs au journal, ce qui était le cas du dessinateur portugais. Puis, très vite, il a confirmé que cette deuxième mesure était suivie d’une autre : la suppression pure et simple des caricatures dans l’édition internationale à compter du 1er juillet 2019 (il n’y avait plus de caricatures dans l’édition nationale).

Cette mesure tombe comme un couperet pour les dessinateurs qui fournissaient plusieurs dessins par semaine au journal en particulier le singapourien Heng Kim Song et le suisse Patrick Chappatte. Ce dernier sur son son blog en anglais regrette la décision. Fournissant depuis plus de vingt ans deux dessins par semaines au journal, il souligne que cette censure « ne concerne pas seulement les dessins, mais le journalisme et l’opinion en général. Nous sommes dans un monde où les foules moralisantes se réunissent comme un orage sur les médias sociaux, tombant sur les rédactions comme un coup de massue… Les voix les plus outragées se font entendre et donnent le ton, la foule en colère suit ».

Le dessinateur vedette du Monde, Plantu, déclarait de son côté « Donald Trump en rêvait, le New York Times l’a fait », condamnant une nouvelle restriction à la liberté d’expression. In fine le souhait exprimé par Le Temps début 2018 se réalise : la censure n’est plus punitive, elle est devenue préventive.

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