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Libération ou la presse idéologique

7 mai 2018

Temps de lecture : 6 minutes

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Libération ou la presse idéologique

Libération ou la presse idéologique

Idéologique, Libération ? Personne n’en doute plus depuis longtemps. De là à n’être plus assimilable à un organe de presse mais plutôt à un bulletin militant, il y avait un pas… que Libération a franchi ce printemps 2018.

Que le quo­ti­di­en Libéra­tion soit idéologique­ment de gauche libérale lib­er­taire n’est en rien une nou­veauté. Com­par­er ses Unes du 28 avril et du 3 mai 2018, ain­si que l’orientation des arti­cles relat­ifs à ces cou­ver­tures, fait vol­er en éclats le peu de jour­nal­isme qui restait à Libéra­tion. Un quo­ti­di­en binaire qui regarde le monde en noir et blanc ?

Le 28 avril, les méchants c’est « l’extrême droite »

Le 28 avril, les méchants c’est « l’extrême droite » Après l’action menée par Généra­tion Iden­ti­taire dans les Alpes, dont l’Ojim a ren­du compte en plusieurs analy­sesLibéra­tion sem­ble penser, à en croire cette cou­ver­ture, qu’un dan­ger d’extrême droite pèserait sur la France. Pour­tant, l’opération des Iden­ti­taires, et d’autres médias l’ont noté, a été réal­isée dans le strict respect de la loi. Mais pour Libéra­tion, Généra­tion Iden­ti­taire est un élé­ment d’un spec­tre plus large et ce spec­tre serait la men­ace numéro 1 pesant sur la France. Une men­ace plus inquié­tante que celles de l’extrême gauche ou de l’islamisme radical ?

Le ton de la Une : Cheveux courts, tenues brunes, poing ou bras levé, voilà « l’ultra droite » en cou­ver­ture de Libéra­tion. Une « ultra droite » qui « inquiète les ser­vices secrets ». Pourquoi ? La Une est très claire : « La vague d’attentats jihadistes en France a régénéré les groupes nation­al­istes rad­i­caux ». Sans doute est-il en effet pos­si­ble de décrire le GUD ou L’Action Française comme étant des « groupes nation­al­istes », quoi que roy­al­iste paraisse plus per­ti­nent pour L’Action Française ; par con­tre, une telle car­ac­téri­sa­tion au sujet de Généra­tion Iden­ti­taire est au mieux un aveu d’ignorance, au pire un acte de pure mal­hon­nêteté intel­lectuelle. Sans compter que l’observateur peut se deman­der en quoi le nation­al­isme serait d’ultra droite…

Les mots du dossier : « Ultra droite, les fachos chauf­fés à blanc » : c’est le titre de présen­ta­tion du dossier dans les pages intérieures, un titre telle­ment ori­en­té qu’il se passe de com­men­taires. Reste que l’utilisation récur­rente du terme « facho » au sujet de per­son­nes ayant des opin­ions dites de droite rad­i­cale (et ce genre d’opinion com­mence dès Fil­lon ou Wauquiez pour le quo­ti­di­en) suf­fit à faire sor­tir Libéra­tion du champ intel­lectuel et de la Raison.

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‣ En son édi­to­r­i­al, Jof­frin enjoint son lecteur à ne pas pani­quer, con­sid­érant que face à la vague d’attentats « la société française » a su faire preuve de « résilience », et garder son « sang-froid ». Elle est pour­tant men­acée cette pop­u­la­tion, ain­si que la paix civile. Par quoi ? Par le vrai piège qui se trame der­rière les atten­tats (pas la volon­té islamiste de met­tre en place un monde total­i­taire, non) : les « actions armées » de l’ultra droite qui pour­raient venir en réac­tion au ter­ror­isme, une vio­lence que les ter­ror­istes souhait­eraient selon Jof­frin. À l’appui de cette thèse… l’Histoire (des années 30) : les dis­cours « vio­lents » seraient de nou­veau la matrice d’actions vio­lentes à venir. Les coupables par avance : Finkielkraut, Zem­mour, Renaud Camus dont « les vati­c­i­na­tions pani­quardes accrédi­tent l’idée d’une Europe assiégée par l’islam ou encore minée de l’intérieur ». Lau­rent Jof­frin ne voit pas de men­ace islamiste en Europe ni d’islamisation de la société. De son point de vue, ni islami­sa­tion, ni islam, ni ter­ror­isme, ni ultra gauche ne font peser de dan­ger, non ; le dan­ger, c’est Zem­mour, Finkielkraut, Renaud Camus… Il l’écrit : « Là est le dan­ger ».

‣ Le dossier vise à accréditer cette sur­prenante thèse, prenant appui sur des descrip­tifs de quelques mou­ve­ments poli­tiques, dont les car­ac­téris­tiques sem­blent tout droit issues des pages Wikipé­dia. Il prend aus­si appui sur le cas de Logan Nis­san, post ado­les­cent aco­quiné à deux ou trois ado­les­cents qui auraient visé l’une ou l’autre per­son­nal­ité poli­tique. L’enquête a surtout mon­tré un esprit pour le moins con­fus. Un grou­pus­cule informel dont toutes les enquêtes ont mon­tré le peu de sérieux et de dan­ger réel, ain­si que le peu de liens (ou son absence de liens) avec les mou­ve­ments poli­tiques jugés ici menaçants.

Un dossier de qua­tre pages, pous­sif, peinant à démon­tr­er cette thèse d’une atmo­sphère que Libéra­tion voudrait dan­gereuse. Au fond, le quo­ti­di­en ne relève pas le trait fon­da­men­tal : ce qui est remar­quable est juste­ment le sang-froid des mou­vances dites d’ultra droite, devant la sit­u­a­tion de chaos dans laque­lle se trou­ve la France, une sit­u­a­tion extra­or­di­naire qui si elle échappe à Libéra­tion n’échappe pas à la presse internationale.

Le 3 mai, les gentils c’est « l’extrême gauche »

Le 3 mai, les gentils c’est « l’extrême gauche » Libéra­tion voit venir une hypothé­tique vio­lence de l’ultra droite mais ne con­va­inc pas. Pourquoi ? Sim­ple­ment, car la vio­lence grou­pus­cu­laire con­crète est ailleurs, et celle-ci Libéra­tion ne la con­sid­ère pas réelle­ment comme de la vio­lence. Du moins, le quo­ti­di­en con­sid­ère qu’elle peut « s’expliquer ». Pour Libéra­tion, il est plutôt de bon ton jour­nal­is­tique de com­pren­dre les raisons des vio­lences d’une ultra gauche (que le quo­ti­di­en ne nomme pas ain­si en Une) : les blacks blocks, à l’origine des débor­de­ments vio­lents du 1er mai, et dont nom­bre de mil­i­tants sem­blent aus­si act­ifs à NDDL ou dans le blocage des uni­ver­sités par une petite minorité de per­son­nes, dont une plus petite minorité encore paraît être étudiante.

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Le ton de la Une : Un jeune homme vêtu de noir marche dans une ambiance de fumigènes, il sem­ble tran­quille. Il est seul. Pas de horde, pas de charge, pas de gestes vio­lents. En gros car­ac­tère : « Un black bloc s’explique ». De quoi s’agit-il ? « Libéra­tion dresse le por­trait du mou­ve­ment via notam­ment le témoignage de l’un des siens ». Pas de dan­ger, pas de notes des ser­vices secrets con­sultées, pas de bras lev­és, pas de gestes de haine, pas de casse…

Les mots du dossier : Jof­frin pou­vait écrire « casseurs ». Il ne le fait pas. L’éditorialiste choisit le mot « briseur ». Comme pour la Une, ce choix mon­tre de l’affection, de l’empathie. L’ultra gauche a fait un sacré coup ! Début de l’éditorial : « Suprême intel­li­gence poli­tique de l’ultra gauche ». Plus loin, ces « ant­i­cap­i­tal­istes », « héroïques briseurs de vit­rines se récla­ment de Mai 68 ». Bien sûr, Jof­frin n’accrédite pas l’action des blacks blocs qui, écrit-il, « ne ser­vent qu’à jus­ti­fi­er les actions de la police, à ren­forcer la droite et à gên­er le mou­ve­ment syn­di­cal ». Reste que ce sont là « actions poli­tiques ».

Les mots sur la police peu­vent laiss­er rêveur.

‣ Le dossier fait trois pages et débute par un titre sen­sa­tion­nal­iste : « Mar­di j’ai par­ticipé au black bloc parisien ». Bien sûr, Libéra­tion ne donne pas l’identité de ce mil­i­tant. Peut-être est-ce l’un des enfants de l’un des mem­bres de la rédac­tion ? Au vu de l’identité des casseurs en noir arrêtés par la police, chercheurs au CNRS et autres, ce ne serait pas impos­si­ble. La parole est don­née avec com­plai­sance, sur deux pages, à un témoin qui se plaint de l’image mon­trée par les médias au sujet de son mou­ve­ment. L’accent ain­si mis sur la vio­lence serait, de son point de vue, con­ster­nant. Le mou­ve­ment n’est pas vio­lent, il est « ant­i­cap­i­tal­iste ». On com­prend mieux la sym­pa­thie de Jof­frin, lequel se remé­more sans doute sa jeunesse pré-caviar. Le but ? Que l’État « mon­tre son vrai vis­age », autrement dit « répres­sif ». Il est pour­tant dif­fi­cile d’imaginer un chercheur du CNRS émargeant à 4200 euros par mois, ce qui est le cas d’une des per­son­nes inter­pel­lées, dans la peau d’un fonc­tion­naire tra­vail­lant pour un État répres­sif. Tout aus­si peu imag­in­able cette voca­tion « ant­i­cap­i­tal­iste ». Cela, Libéra­tion ne l’interroge pas. Au con­traire, le quo­ti­di­en légitime le témoignage en insis­tant sur les « raisons de la colère » : « De Macron au cap­i­tal­isme ». On regrette aus­si, dans l’un des arti­cles, que les blacks blocs soient ren­voyés de manière « sys­té­ma­tique » à un statut de « casseurs »… Sans doute la rai­son pour laque­lle Jof­frin a choisi le mot « briseurs » en titre de son éditorial.

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Un dossier out­rageuse­ment empathique, mal­gré de fauss­es apparences, d’où suinte la volon­té de ne pas cho­quer les amis par­ents des mil­i­tants blacks blocs, lesquels sont d’évidence l’avant-garde jeune du boboïsme parisien. Jeunes dont nom­bre de pho­tos mon­trent le mode de vie élevé (vête­ments et chaus­sures avant qu’ils ne se changent), fils et filles de bonnes familles bour­geois­es dont les par­ents votent social­istes ou Mélen­chon au pre­mier tour, avant de vot­er con­tre la droite au deux­ième tour. Et ain­si d’être respon­s­able du pou­voir exer­cé par ce qu’ils pré­ten­dent com­bat­tre. Sur tout cela, pas un mot : Libéra­tion est un vieux papa qui con­serve de l’affection pour ses reje­tons, dont cer­tains, qui sait ?, seront peut-être bien­tôt des cadres de sa rédac­tion ou de rédac­tions amies. Au hasard, Le Monde, L’Obs..

La présen­ta­tion des récents événe­ments mil­i­tants par Libéra­tion, événe­ments attribués d’un côté à l’ultra droite, de l’autre à des ant­i­cap­i­tal­istes, ain­si que le ton des deux Unes, mon­trent de façon presque car­i­cat­u­rale l’état dans lequel se trou­ve la presse offi­cielle française, comme malade de son idéolo­gie libérale lib­er­taire au point de ne plus voir la vio­lence de ses pro­pres enfants.

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