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Libération a‑t-il « censuré » son entretien avec François Ruffin ?
Publié le 

8 juin 2016

Temps de lecture : 2 minutes
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Libération a‑t-il « censuré » son entretien avec François Ruffin ?

Lundi 6 juin, Libération publiait une double page d’entretien avec François Ruffin dans lequel le réalisateur du documentaire « Merci patron ! » évoquait son programme politique et déroulait une critique en règle contre le PS.

Aus­sitôt l’en­tre­tien paru dans le quo­ti­di­en, avec un appel de une, Ruf­fin se fendait, sur le site de Fakir, d’un bil­let où il dénonçait la cen­sure de ses pro­pos. « Au cours de nos échanges avec les jour­nal­istes, j’avais taclé régulière­ment Lau­rent Jof­frin, le directeur de Libéra­tion, et surtout Patrick Drahi, l’actionnaire prin­ci­pal, patron de SFR, L’Express, BFM, etc. Rien n’en a été retenu », a‑t-il écrit, évo­quant une « censure/autocensure ».

Dans ses pro­pos, il taclait Lau­rent Jof­frin, directeur de Libé. Pour lui, c’est une « impos­ture » de voir ce dernier « par­ler sur les plateaux télé au nom de la gauche ». Con­cer­nant Drahi, action­naire majori­taire du quo­ti­di­en, il s’in­ter­ro­geait : « Com­ment veut-on que la presse s’attaque sérieuse­ment au blanchi­ment d’argent, à la folle finance, alors qu’elle est entre les mains de cham­pi­ons des hold­ings et des par­adis fis­caux ? » Ces pas­sages n’ont effec­tive­ment pas été retenus dans l’en­tre­tien pub­lié.

Pour­tant, il le recon­naît lui-même, « ayant relu l’interviou, je l’ai d’ailleurs accep­tée. C’est une règle du jeu médi­a­tique, qu’on peut néan­moins dénon­cer : l’impossibilité de cri­ti­quer les patrons de presse dans la presse. » Ain­si Ruf­fin avait-il accep­té de jouer le jeu avant de crier à la cen­sure. C’est d’ailleurs ce qu’a rap­pelé Johan Huf­nagel, co-directeur de la rédac­tion de Libéra­tion. Pour puremedias.com, il rap­pelle que les pas­sages préc­ités n’ont pas été inté­grés « en accord » avec le réal­isa­teur. « François Ruf­fin est libre de penser ce qu’il veut mais le papi­er avait un angle pré­cis et cela n’y ren­trait pas. On ne fai­sait pas un débat sur Lau­rent Jof­frin ou Patrick Drahi », a‑t-il ajouté, rap­pelant que la rédac­tion de son jour­nal était « libre » d’évo­quer ce sujet, comme elle l’avait fait pen­dant le traite­ment des Pana­ma Papers.

Même dis­cours du côté des deux jour­nal­istes ayant réal­isé l’en­tre­tien. Dans une réponse à Ruf­fin pub­liée dans Libé, ces derniers esti­ment que deux pleines pages « sur le fond, c’é­tait trop beau ». Trop beau, et « telle­ment con­traire à ce qu’il dénonce », à savoir une presse sys­té­ma­tique­ment aux ordres du pou­voir. Ain­si, dans une « espèce de réflexe pavlovien », Ruf­fin s’est sen­ti obligé de savour­er sa « petite entre­prise de dénon­ci­a­tion » de la presse main­stream. Les deux hommes rap­pel­lent qu’é­tant don­né la taille de l’en­tre­tien brut (qua­tre pages), il fal­lait de toute évi­dence couper.

« Ne soyons cepen­dant pas hyp­ocrites. Nous n’allons pas dire que nous étions ravis de ces pas­sages qui tapaient sur notre média et notre directeur », con­fessent-ils cepen­dant. Mal­gré tout, ils jugent que cela aurait mérité un vrai débat, face à Jof­frin par exem­ple. De plus, pour eux, l’ac­cu­sa­tion liant les activ­ités fis­cales dou­teuses de Drahi à l’indépen­dance des jour­nal­istes de Libé ne tient pas la route. « En quoi la ges­tion de ses cap­i­taux par notre action­naire prin­ci­pal, aus­si dis­cutable soit-elle, empêcherait-elle les jour­nal­istes de Libé d’être impar­ti­aux ? », inter­ro­gent-ils, un brin naïfs.

En résumé, bien que le procédé a pu sur­pren­dre les jour­nal­istes de Libé, le mes­sage délivré par le cinéaste quant à la dépen­dance des rédac­tions envers leurs pro­prié­taires a le mérite d’être passé.

Voir notre infographie de Libération et notre portrait de Patrick Drahi

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