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Les photos que l’on peut montrer, les photos que l’on doit cacher

4 novembre 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Les photos que l’on peut montrer, les photos que l’on doit cacher

En septembre 2015, la photo du jeune Alan Kurdi mort échoué sur une plage turque a fait le tour de la terre. De très nombreux médias l’ont reprise, ce qui a provoqué une sidération par l’émotion dans l’opinion publique. Comme nous le soulignions dans un article publié en avril, tel était bien le but recherché par le photographe qui a pris la photo. Cette stupeur et l’empathie que la photo n’ont pas manqué de provoquer ont permis d’organiser des mouvements de population extra-européenne considérables, au plus fort de la crise des migrants, la réticence de l’opinion publique ayant été émoussée sous le coup de la sidération.

L’actualité nous apporte de nou­veaux exem­ples que le choix des pho­tos dif­fusées ou inter­dites dans les médias, soci­aux ou d’information, n’est jamais neutre.

Les photos que vous ne verrez jamais

Le 29 octo­bre, un islamiste récem­ment arrivé clan­des­tine­ment en France a assas­s­iné au couteau 3 per­son­nes dans une basilique à Nice. Au meurtre sanglant, s’ajoutent un mode opéra­toire par­ti­c­ulière­ment cru­el et la charge sym­bol­ique de com­met­tre cet acte dans un lieu de culte.

Nous met­tons-nous à nous habituer à l’inacceptable, à la bar­barie ? Un récent sondage de l’IFOP vient de met­tre en avant le fait que la peur du ter­ror­isme faib­lit dans l’opinion publique. Dans quelle mesure cette accou­tu­mance est-elle due à des médias qui accor­dent de moins en moins d’importance à des actes cru­els, inac­cept­a­bles et dont les caus­es doivent être iden­ti­fiées pour mieux les combattre ?
Comme le souligne Pierre Sautarel sur Twitter :

Ce début d’anesthésie émo­tion­nelle n’est-il pas dû égale­ment au fait que les images de ces meurtres de sang-froid sont sys­té­ma­tique­ment occultées dans les médias de grand chemin ? Avez-vous vu les charniers lais­sés par les islamistes après les car­nages sur la prom­e­nade des Anglais ou au Bat­a­clan ? Non. Il sem­ble y avoir un tabou à représen­ter la mort si elle risque de sus­citer la colère. Une colère qui peut pour­tant être saine si elle est canal­isée dans la recherche de solu­tions véri­ta­ble­ment effi­caces dans un cadre juridique donné.

Un inter­naute a fait récem­ment la cru­elle expéri­ence des tabous dans la société française. Après avoir pub­lié sur un site inter­net une pho­to d’une vic­time de l’attentat com­mis à la basilique niçoise, il a été placé en garde à vue dans les locaux de la brigade de répres­sion de la délin­quance con­tre la per­son­ne, selon le par­quet cité par Actu19. Le site d’information sur la délin­quance apporte quelques pré­ci­sions à ce sujet :

« Le par­quet de Paris a ouvert une enquête pour « dif­fu­sion de mes­sage à car­ac­tère vio­lent », après qu’une pho­to d’une vic­time de l’attentat de la Basilique de Nice, a été pub­liée sur le site inter­net Jeuxvideos.com. ».

On reste muet devant la célérité des autorités à engager une procé­dure pour une pho­to, fusse-t-elle choquante.

La photo que vous n’auriez pas dû voir

Après l’attentat com­mis par un islamiste tunisien le 29 octo­bre à Nice, des jour­nal­istes sont allés à la ren­con­tre de la famille du ter­ror­iste. Les chaines de télévi­sion ont abon­dam­ment relayé des images de la mère de ce dernier en pleurs. Pour Nice-Matin il n’y a aucun doute : « la famille du prin­ci­pal sus­pect (est) sous le choc ».

Le jour­nal illus­tre son arti­cle par une pho­to de la famille endeuil­lée du ter­ror­iste. On se dit que l’acte meur­tri­er de l’islamiste est un acte isolé, qui n’a pas le sou­tien de ses proches.

Damien Rieu fait part sur Twit­ter d’un détail sur la pho­to de la famille éplorée qui ne peut man­quer de sur­pren­dre : un plaisan­tin ( ?) au vis­age caché qui fait le V de la vic­toire en arrière-plan.

L’histoire ne dit pas si les jour­nal­istes sont allés inter­view­er cette per­son­ne et lui ont demandé si son geste venait saluer l’honneur du prophète cen­sé­ment sali…

Ne cherchez plus la pho­to d’ensemble sur le site de Nice-Matin, elle a été rapi­de­ment rem­placée par la pho­to de la mère éplorée du ter­ror­iste en gros plan…

Résumons. Il y a des pho­tos de morts que l’on peut mon­tr­er, d’autres que l’on doit soigneuse­ment cacher, et par­fois des détails qui vont à l’encontre du but recher­ché… On peut néan­moins s’interroger sur ces tabous à géométrie vari­able imposés dans le médias de grand chemin. À l’inverse, on peut aus­si cess­er de s’interroger…

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