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Le Parisien, licenciements et numérique

28 mars 2021

Temps de lecture : 3 minutes

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Le Parisien, licenciements et numérique

Le Parisien, licenciements et numérique

Le Parisien se restructure, arrête ses informations locales, supprime 10 % de ses effectifs, et joue le numérique à fond.

Le quo­ti­di­en Le Parisien, pro­priété de Bernard Arnault, troisième for­tune mon­di­ale (76 mil­liards d’euros) der­rière Jeff Bezos et Bill Gates, est en grande dif­fi­culté et il vient d’annoncer qu’il sup­prime ses cahiers départe­men­taux (les nou­velles locales). Il est donc en train de se recon­ver­tir en un quo­ti­di­en nation­al comme les autres, avec la par­tic­u­lar­ité (tem­po­raire ?) de pub­li­er un cahi­er cen­tral appelé « Le Grand Parisien », qui lui lais­sera les apparences d’un quo­ti­di­en région­al et jus­ti­fiera la con­ser­va­tion du titre.

Ce « Grand Parisien » est-il un clin d’œil au Petit Parisien d’avant-guerre, comme l’a écrit une dépêche d’agence de presse ? On a du mal à le croire car Le Petit Parisien parut jusqu’au 17 août 1944, et donc pen­dant toute la péri­ode de l’Occupation. Son pro­prié­taire fut certes acquit­té en 1951, dans le cadre de l’un des innom­brables procès en sor­cel­lerie et en col­lab­o­ra­tion d’après-guerre, mais on voit mal Le Parisien libéré, né d’une spo­li­a­tion des patrons du Petit Parisien, ren­dre en quelque sorte hom­mage à ses vic­times, volées il y a trois quarts de siè­cle. Mais ceci est un autre débat.

Le journal qu’on lit au zinc du bistrot

Ce qui nous intéresse, c’est de voir que Le Parisien réduit la voil­ure, vraisem­blable pré­pa­ra­tion à une fusion avec Aujourd’hui en France, dont le con­tenu est iden­tique, aux pages régionales près. Que se passe-t-il exacte­ment pour que ce quo­ti­di­en pop­u­laire, dont les tirages ont été con­sid­érables (près de 700 000 exem­plaires par jour dans les années 1970, avant une grande offen­sive con­tre lui de la CGT du Livre), en vienne à se retir­er de l’information locale en sup­p­ri­mant ses neuf cahiers départe­men­taux au prof­it d’un cahi­er de grande région, « grand parisien », fourre-tout qui ne lui fera pas gag­n­er de lecteurs ? C’est que la crise san­i­taire l’affecte en pre­mier chef : Le Parisien était par excel­lence le jour­nal qu’on lit au zinc du bistrot, devant un petit noir, avant de faire son tier­cé, son loto ou son grattage. Plus de bistrots ouverts, donc plus de lecteurs. Le pub­lic du Parisien est peu diplômé, et ne se reporte guère sur la ver­sion numérique, qui ne décolle tou­jours pas. L’audience glob­ale du titre est donc très forte­ment en berne, et les annon­ceurs n’aiment pas.

En out­re Le Parisien est le jour­nal pop­u­laire par excel­lence, mais cer­tains édi­to­ri­al­istes comme David Doukhan jouent volon­tiers les ana­lystes poli­tiques sophis­tiqués à la Olivi­er Duhamel (sur ce plan-là unique­ment !), et le lecteur moyen, lui, ne s’y retrou­ve pas. Par ailleurs la haine affichée à l’égard de tout ce qui ressem­ble à la droite nationale, au sou­verain­isme, aux mar­queurs iden­ti­taires (français) décourage son cœur de cible.

Peu de synergies avec Les Échos

Quand LVMH, c’est-à-dire Bernard Arnault, avait acheté Le Parisien (en 2015), il avait déboursé 50 mil­lions. Pour apur­er les dettes du titre, il avait ajouté 83 mil­lions. Le pre­mier con­fine­ment et la décon­fi­ture du dis­trib­u­teur monop­o­lis­tique Presstal­is ont coûté 36 mil­lions de plus. On com­prend que l’industriel, tout mul­ti­mil­liar­daire qu’il soit – et ten­ant à le rester –, ait crié : « Halte au feu ! », et ait exigé une refonte en pro­fondeur du titre.

Le Parisien cible les abon­nés numériques. C’est une néces­sité pour décrocher de la pub­lic­ité. Pour l’heure, il n’en compterait que 40 000 (ce qui, pour Présent, serait évidem­ment un chiffre mag­nifique), et espère attein­dre les 200 000, mais son pub­lic habituel est peu enclin à lire son jour­nal sous cette forme.

L’autre prob­lème du Parisien, c’est que ce titre ne présente guère de syn­er­gies (si ce n’est sur le plan tech­nique, et encore) avec Les Echos, qui est égale­ment détenu par le mul­ti­mil­liar­daire. Impos­si­ble de présen­ter des offres pub­lic­i­taires com­munes. Impos­si­ble d’affecter des jour­nal­istes aux deux titres simultanément.

Tout laisse penser que, pour Le Parisien, les beaux jours sont der­rière lui. D’autant qu’Arnault ne le lais­sera jamais se réori­en­ter, aller à la ren­con­tre de son pub­lic naturel, si peu en phase avec ses intérêts propres. •

Fran­cis Bergeron
Source : Présent 23 mars 2021.

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