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La mort du Français Vincent Lambert largement relatée dans les médias européens

17 juillet 2019

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La mort du Français Vincent Lambert largement relatée dans les médias européens

17 juillet 2019

Le sort de Vincent Lambert et les prises de position des médias sont d’abord, chez nos voisins européens comme chez nous, une affaire de choix des mots. Hormis ceux clairement engagés en faveur du droit à la vie de la conception à la mort naturelle, et notamment les médias catholiques qui s’attachent à souligner l’état de conscience minimale ou altérée de ce patient, la plupart des médias européens reprennent le terme d’état « végétatif » pour décrire la situation vécue par Vincent Lambert avant sa mort le 11 juillet 2019 consécutivement à la suppression de son alimentation et de son hydratation artificielles. À ce sujet, Le Figaro publiait le 22 mai dernier un « petit lexique pour mieux comprendre l’affaire Vincent Lambert ».

Un ton descriptif

D’une manière générale, les jour­naux européens ont adop­té dans cette affaire un ton descrip­tif, revenant sur l’accident de la route à l’origine de l’affaire et sur les rebondisse­ments judi­ci­aires sur fond d’affrontement judi­ci­aire entre mem­bres d’une famille déchirée. La ques­tion du non-respect par la France des injonc­tions de la Com­mis­sion des droits des per­son­nes hand­i­capées (CPDH) de l’ONU, saisie par les avo­cats des par­ents de Vin­cent Lam­bert, est peu abor­dée, et presque tou­jours avec l’indication que le gou­verne­ment français con­sid­ère la demande du CPDH comme étant non-con­traig­nante. En revanche, il est générale­ment bien pré­cisé que c’est le gou­verne­ment français qui s’est pourvu en cas­sa­tion con­tre la déci­sion de la cour d’appel qui avait obligé les médecins de l’hôpital de Reims à rétablir l’alimentation et l’hydratation de Vin­cent Lam­bert pour per­me­t­tre au CPDH d’examiner son cas.

C’est ce qui per­me­t­tait par exem­ple au jour­nal ital­ien Il Gior­nale, de cen­tre-droit, d’affirmer le 12 juil­let en titre, sous forme de cita­tion, « Tué par l’État pour les coûts », dans un arti­cle du 12 juil­let où sont ensuite cités tour à tour le Vat­i­can, « qui par­le de ‘défaite pour l’humanité tout entière’ », les par­ents de Vin­cent Lam­bert, qui esti­ment que leur fils a été « tué par rai­son d’État », et l’écrivain Michel Houelle­becq qui avait vio­lem­ment cri­tiqué la mise à mort de Vin­cent Lam­bert dans une tri­bune pub­liée la veille dans Le Monde. En fin d’article, l’accusation « du comité pro-vie ‘Je Sou­tiens Lam­bert’ » (il s’agit en fait du comité « Je sou­tiens Vin­cent ») : « la France est en train de rétablir l’euthanasie des per­son­nes hand­i­capées ! Et le gou­verne­ment exploite la vie et la mort de Vin­cent Lam­bert dans ce but idéologique sinistre ».

Mais plutôt favorable à la continuation des soins

En Angleterre, le Dai­ly Mail ne s’y trompe pas non plus puisqu’il qual­i­fi­ait cette affaire le 29 juin, après la déci­sion de la Cour de cas­sa­tion, de « cas qui fera date pour le droit à mourir » (land­mark right-to-die case). C’est ce qui explique sans doute que le jour­nal alle­mand Die Welt, égale­ment de cen­tre-droit, a choisi le 11 juil­let, comme Il Gior­nale cité plus haut, de priv­ilégi­er les points de vue hos­tiles à l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation de Vin­cent Lam­bert. Le titre de l’article, « Les par­ents de Vin­cent par­lent de ‘crime d’État’ », donne le ton. En effet, si la posi­tion du neveu et de l’épouse de Vin­cent Lam­bert, favor­ables à sa mort, sont briève­ment don­nées, une place plus large est lais­sée aux accu­sa­tions des par­ents de Vin­cent Lam­bert con­tre l’État français et le doc­teur Vin­cent Sanchez du CHU de Reims, aux cri­tiques de l’épiscopat français con­tre les médecins et les tri­bunaux, à l’appel du pape François « pour pro­téger la vie des gens ‘du début à la fin naturelle’ », à l’écrivain Michel Houlle­becq ain­si qu’au député européen Nico­las Bay, du Rassem­ble­ment nation­al, qui a dit, à pro­pos de la mort de Vin­cent Lam­bert : « Une société qui décide sci­em­ment de faire mourir un homme, parce qu’handicapé, nous con­duit droit vers des dérives extrême­ment dan­gereuses. ». Mais il faut dire que le sujet est par­ti­c­ulière­ment sen­si­ble en Alle­magne en rai­son du passé nation­al-social­iste avec son pro­gramme d’euthanasie des per­son­nes hand­i­capées, l’Aktion T4.

En Pologne, la presse catholique donne le ton

Si ces points de vue très cri­tiques vis-à-vis de l’État français sont assez minori­taires dans la presse d’Europe occi­den­tale comme dans la presse française, ils sont au con­traire très représen­tés dans un pays de l’ex-Europe de l’Est comme la Pologne où le sort réservé au Français Vin­cent Lam­bert a aus­si fait débat et sus­cité de nom­breux arti­cles. Il y a bien sûr en Pologne la presse catholique, comme Polo­nia Chris­tiana, un site inter­net pub­liant égale­ment bimen­su­el papi­er et un heb­do­madaire sous forme élec­tron­ique, avec en cou­ver­ture de l’e‑hebdomadaire du 12 juil­let la pho­to de Vin­cent Lam­bert et le titre « La civil­i­sa­tion de mort tue ».

Sur le site de Polo­nia Chris­tiana, un long arti­cle du cor­re­spon­dant en France du quo­ti­di­en Gaze­ta Pol­s­ka Codzi­en­nie, Bog­dan Dobosz, qui explique que la mise à mort de Vin­cent Lam­bert est une vic­toire du lob­by de l’euthanasie et de la franc-maçon­ner­ie française dans leur lutte pour une plus large libéral­i­sa­tion de l’euthanasie. Le jour­nal libéral Rzecz­pospoli­ta a quant à lui ouvert ses colonnes au jour­nal­iste Tomasz Ter­likows­ki, hos­tile à toute forme d’euthanasie, qui estime, dans un édi­to­r­i­al inti­t­ulé « Le cas Vin­cent Lam­bert ou le culte meur­tri­er de l’efficacité », que priv­er une per­son­ne, même en état de con­science min­i­male, d’alimentation et d’hydratation « est une des formes d’euthanasie les plus cruelles ».

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