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Les médias libéraux et le pays réel, quatre questions à Matthieu Baumier

18 février 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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Les médias libéraux et le pays réel, quatre questions à Matthieu Baumier

L’essayiste et poète Matthieu Baumier vient de faire paraître un remarqué Voyage au bout des ruines libérales libertaires (Pierre Guillaume de Roux éd.). Nous lui avons posé quatre questions sur les médias.

OJIM : Vous opposez la « vraie vie » d’un côté et ce que vous appelez « l’information contemporaine » de l’autre, comment voyez vous cette opposition ?

Le monde de « l’information con­tem­po­raine » est à la fois très éloigné de la vraie vie, du monde réel et des vrais gens. C’est un monde idéologique que l’on peut traduire par le terme de « libéral-lib­er­taire ». Une idéolo­gie qui s’inscrit dans une espèce de reli­gion de l’illimité, du déracin­e­ment, et même du refus de toute forme de racines ou de critères de civil­i­sa­tion, du pri­mat de l’individu, de l’apologie de la société ouverte, de la volon­té d’une sat­is­fac­tion immé­di­ate du moin­dre désir indi­vidu­el, du culte de la migra­tion… Les libéraux-lib­er­taires sont les ten­ants act­ifs de cette idéolo­gie au pou­voir. On les trou­ve dans tous les rouages déci­sion­nels de notre société : poli­tique, économique, cul­turel ou encore médi­a­tiques.

Dans ce dernier cas, l’immense majorité des médias véhicule une idéolo­gie, un mode de pen­sée et une con­cep­tion du monde unique, ou peu s’en faut, en tout cas des valeurs com­munes qu’il n’est pas de bon ton de met­tre en doute. Au sein des médias, près de 90 % des jour­nal­istes votent pour ce qu’ils pensent être la gauche, par­tis socio-libéraux ou libéraux-socio, par­tis de gauche de la gauche, au pre­mier tour des élec­tions, avant de vot­er con­tre, au deux­ième tour, une pré­ten­due extrême-droite elle-même con­stru­ite par l’idéologie libérale-lib­er­taire. C’est un monde clos qui exclut tout ce qui voit le monde autrement : l’op­po­si­tion se situe là. Cette « infor­ma­tion con­tem­po­raine » par­le de son pro­pre monde et, pire, du monde qu’elle voudrait être le réel. Si ce réel ne lui con­vient pas, elle en invente un autre. Son prob­lème est que le réel, cela résiste. Dans le réel, il y a de vrais gens et de vrais pays, des élé­ments char­nels. Un enracin­e­ment, la vérité de la terre.

Vous citez quatre figures qui manquent Debord, Baudrillard, Bernanos et Heidegger, comment s’opposent-elles à la Modernité ?

Aus­si dif­férents qu’ils parais­sent de prime abord, ces qua­tre penseurs essen­tiels ont des points com­muns dont celui, en effet, de penser con­tre ou face à la moder­nité issue de la con­cep­tion du monde de la Révo­lu­tion française, pour le dire rapi­de­ment. Le monde du « On », l’arraisonnement, le sim­u­lacre, le spec­ta­cle, l’âme con­tre les robots… autant de manières de réfuter le monde déréal­isé dans lequel nous sommes plongés. Ce qui est pas­sion­nant c’est que ces penseurs ont non seule­ment pen­sé mais aus­si annon­cé ce monde déréal­isé dans lequel nous sommes plongés.

Comment les médias réalisent ils ce que vous appelez « la déréalisation de nos vies » ?

La déréal­i­sa­tion de nos vies est un proces­sus à l’œuvre qui ne con­cerne pas unique­ment le numérique. Ce dernier n’en est du reste pas une cause mais plutôt une con­séquence en même temps qu’une accen­tu­a­tion. Nos vies se déréalisent depuis que nous vivons dans une image du monde qui se pré­tend être le monde, ce faux qui est devenu un moment du vrai dont par­lait Guy Debord. De ce point de vue, la manière dont l’homme du monde riche est actuelle­ment con­stru­it, dès son édu­ca­tion, en rup­ture avec le car­ac­tère sacré de la vie est un révéla­teur : cette con­struc­tion est pro­duite en dehors du réel, et plonge cet homme dans l’image d’un monde non sacré, je n’ai pas dit non religieux, qui n’est pas le vrai monde.

Pour impor­tant qu’il soit, cet exem­ple n’en est qu’un par­mi d’autres. De façon plus con­crète, la déréal­i­sa­tion est quo­ti­di­enne dans les médias offi­ciels : ces derniers n’informent pas, ou peu, se con­tentant de pro­duire du con­tenu répé­tant en per­ma­nence la même con­cep­tion du monde, ce que votre média d’ailleurs remar­que sans arrêt. D’un cer­tain point de vue, les médias des pays rich­es sont en pre­mier lieu un out­il de pro­pa­gande en faveur de l’idéologie et du pou­voir libéraux lib­er­taires.

Vous parlez du Grand mensonge généralisé des médias de grand chemin, pouvez vous nous donner quelques exemples ?

Les exem­ples en sont si nom­breux et si quo­ti­di­ens… Il n’est pas besoin de chercher de petites « fake news », cette dernière est la norme offi­cielle. Depuis le men­songe par omis­sion, quand ces médias ne relèvent pas com­bi­en il est incon­gru de met­tre en place une com­mis­sion de lutte con­tre les vio­lences de l’extrême-droite dans un con­texte où l’essentiel des vio­lences sont imputa­bles à l’ultragauche, un exem­ple récent avec le silence com­plet qui a entouré l’agression de La Nou­velle Librairie le 9 févri­er dernier… en pas­sant par le men­songe par pro­pa­gande, ain­si en attribuant sans cesse le qual­i­fi­catif d’extrême-droite à des gens qui sont sim­ple­ment con­ser­va­teurs et de droite, je pense par exem­ple à l’école de Mar­i­on Maréchal à Lyon, à la revue L’Incorrect, ou même à des médias dif­fi­cile­ment iden­ti­fi­ables au con­cept usuel de « droite », comme la revue Élé­ments en sa forme actuelle… Dans ce cas-là, c’est l’inculture qui prime. Et cela va jusqu’au men­songe le plus éhon­té et jamais revis­ité une fois celui avéré.

Dans ces médias, l’on ment et l’on passe à autre chose. Pourquoi aucun de ces médias ne mène-t-il plus d’enquête sur ce Théo, pré­ten­du­ment agressé par la police et vis­ité par l’ancien prési­dent Hol­lande sur son lit d’hôpital ? Où est passée Françoise Nyssen ? Pourquoi ces médias ne ressor­tent-ils pas ce qui a été dit et écrit en 2012 ou 2013 au sujet de La Manif Pour Tous, de la PMA/GPA et des « par­ents 1 et par­ents 2 », ou du Monde au Inrocks en pas­sant par Libé ou Europe 1, France Inter etc, cha­cun accu­sait LMPT de délir­er, que jamais une loi instau­rant une parental­ité 1 et 2 ne ver­rait le jour… Reste que le délire est devenu réal­ité… Tout comme réap­pa­raît à chaque élec­tion ce délire du retour du Mal en France… Mais bon, au fond, il suf­fit de lire quo­ti­di­en­nement l’OJIM, entre autres, ou d’écouter des médias dif­férents, comme TVLIb­ertés, pour voir sans arrêt des exem­ples de ce men­songe !

Matthieu Bau­mi­er sign­era son livre le jeu­di 21 févri­er entre 18h et 20h à La Nou­velle Librairie, 11 rue Médi­cis 75006 Paris.

Matthieu Bau­mi­er, Voy­age au bout des ruines libérales lib­er­taires, Pierre Guil­laume de Roux, 2019, 226p, 17 €

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