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Génération identitaire condamnée, revue de presse : un large conformisme

2 septembre 2019

Temps de lecture : 5 minutes

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Génération identitaire condamnée, revue de presse : un large conformisme

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Génération identitaire condamnée, revue de presse : un large conformisme

2 septembre 2019

Le 29 août 2019, le tribunal correctionnel de Gap rendait son jugement à l’encontre de militants de Génération identitaire pour une action dans les Alpes à la frontière franco-italienne en avril 2018. Le juge a eu la main lourde : il a suivi le réquisitoire du Procureur de la République en condamnant 3 militants à 6 mois de prison ferme et à une privation de leurs droits civiques et l’association Génération identitaire à l’amende maximale pour le chef d’inculpation retenu. En l’espèce : « activités exercées dans des conditions de nature à créer dans l’esprit du public une confusion avec l’exercice d’une fonction publique ».

La cou­ver­ture médi­a­tique et les élé­ments de lan­gage util­isés à cette occa­sion en dis­ent long sur la « pop­u­lar­ité » de cette action auprès des jour­nal­istes des médias de grand chemin. De nom­breux arti­cles con­sacrés à la con­damna­tion des mil­i­tants de Généra­tion iden­ti­taire (GI) repren­nent les mêmes élé­ments de lan­gage. Les sources des arti­cles sont par­fois citées à côté du nom du jour­nal­iste et par­fois dans le corps de l’article : l’AFP et l’agence Reuters. Que nous dit sur ce juge­ment le robi­net d’eau tiède abreuvant les médias de grand chemin ?

Pourquoi les militants de GI ont-ils été condamnés ?

« Pour avoir ten­té de blo­quer la fron­tière » selon Le Dauphiné Libéré. Même argu­ment pour Le Parisien.

Rue89 estime que c’est à cause de leur « patrouille anti migrants », une « action anti migrants » selon L’Est Répub­li­cain, un terme large­ment repris. De nom­breux arti­cles men­tion­nent que les mil­i­tants de GI ont fait leur action « en doudoune », comme pour apporter un détail illus­trant son car­ac­tère ridicule.

Qui sont les militants de GI ?

Ils sont selon la qua­si-total­ité des titres des médias de grand chemin posi­tion­nés sur l’échiquier poli­tique « à l’extrême droite », voire dans cer­tains cas à « l’ultra droite ». Le terme « iden­ti­taire » est par­fois employé sans que l’on sache exacte­ment ce qu’il recou­vre. Comme il est sou­vent asso­cié à « l’extrême droite », l’infamie et la dis­qual­i­fi­ca­tion ne sont jamais loins… Le mou­ve­ment GI est égale­ment très fréquem­ment qual­i­fié de « grou­pus­cule » d’extrême droite, comme pour l’associer à une mou­vance sub­ver­sive et inquiétante.

Quelle est l’infraction pour laquelle les militants de GI  ont été condamnés ?

L’infraction d’« activ­ités exer­cées dans des con­di­tions de nature à créer dans l’e­sprit du pub­lic une con­fu­sion avec l’ex­er­ci­ce d’une fonc­tion publique » est men­tion­née dans presque tous les arti­cles de l’échantillon retenu.

Quels sont les commentaires sur le jugement ?

Les jour­nal­istes des médias de grand chemin n’émettent pas d’avis per­son­nel sur le juge­ment, mais les ter­mes retenus et la con­tex­tu­al­i­sa­tion des arti­cles ne sont pas anodins. La parole est par­fois don­née à l’avocat de GI et à celui de l’avocat d’une asso­ci­a­tion plaig­nante, « Tous migrants ».

Out­re les infor­ma­tions ci-dessus men­tion­nées, les peines sont sys­té­ma­tique­ment pré­cisées — 6 mois de prison ferme et pri­va­tion des droits civiques pour 3 mil­i­tants et 75 000 € d’amende pour l’association — ain­si que la déci­sion de l’avocat de GI de faire appel.

Alors que France Info con­sacre un arti­cle à l’interview du prési­dent de France Terre d’asile selon lequel « ce groupe­ment n’a rien à faire en République », quelques rares médias don­nent une place aux réac­tions défa­vor­ables au juge­ment. RT France dédie un assez long arti­cle aux réac­tions de divers­es per­son­nal­ités tan­dis que le men­su­el L’Incorrect est par­mi les seuls médias à don­ner sur son site la parole à une des per­son­nes con­damnées, Damien Rieu.

Retenons un arti­cle par­ti­c­ulière­ment à charge sur Euronews en français : « asso­ci­a­tion xéno­phobe », « mes­sage vio­lent et haineux à l’égard des réfugiés », dans la grande tra­di­tion du jour­nal­isme de déla­tion qui est sou­vent le style de ce média.

Au vu des dif­férents arti­cles, l’affaire sem­ble pliée : des mil­i­tants d’extrême droite ont voulu jouer au douanier, ils ont été con­damnés, basta !

Quelques élé­ments de con­texte – sys­té­ma­tique­ment absents des arti­cles sur le juge­ment – peu­vent amen­er à mod­ér­er cet argu­men­taire, voire à révis­er ce type d’opinion :

  • La sit­u­a­tion à la fron­tière fran­co-ital­i­enne : les mil­i­tants de GI n’invoquent jamais, con­traire­ment à ce qui est indiqué dans presque tous les arti­cles – être « anti-migrants ». Ils souhait­ent que la fron­tière soit gardée et respec­tée. Dans leur action, ils repren­nent les tech­niques d’agit-prop d’autres asso­ci­a­tions comme Green­peace, en menant des actions spec­tac­u­laires et médi­atisées aux fins de bra­quer les pro­jecteurs sur une sit­u­a­tion critique.
    Dans le cas présent, la fron­tière fran­co-ital­i­enne  est dev­enue un point de pas­sage majeur de l’immigration clan­des­tine vers le France. Selon des sources poli­cières citées par Le Figaro, il y a près de 70 à 90 arresta­tions par jour de clan­des­tins dans la val­lée de la Roya. En Ital­ie, à Vin­timille, les migrants sont de plus en plus nom­breux à vouloir pass­er clan­des­tine­ment en France. Près de 200 000 d’entre eux attendraient en Ital­ie de le faire, affir­mait le Préfet de Nice en 2017 cité par Le Figaro. En dépit des efforts des douaniers, en nom­bre insuff­isant, les clan­des­tins sont nom­breux à pass­er la fron­tière clan­des­tine­ment. Ils sont ain­si « plusieurs dizaines » à arriv­er chaque jour à Bri­ançon selon France 3. Dans un silence médi­a­tique assourdissant.
  • L’infraction retenue con­tre les mil­i­tants de GI : aucun arti­cle des médias de grand chemin n’évoque le fait que ces mil­i­tants ont été dis­culpés pour leur action dans les Alpes… en avril 2018. RT France l’avait annon­cé à l’époque : la procé­dure ini­tiée en 2018 a été classée sans suite, faute d’infraction con­statée. Une enquête a ensuite été relancée par le Pro­cureur de Gap, « pour déter­min­er ce qu’il pou­vait reprocher à Généra­tion iden­ti­taire » selon 20 minutes.Ch en juil­let 2019. On en con­nait main­tenant l’issue. On ne con­nait par con­tre pas la moti­va­tion de la réac­ti­va­tion de la procédure.
  • Les mil­i­tants de GI ont mené une action non vio­lente. D’autres actions, par­fois « vir­iles » con­tre l’immigration clan­des­tine ont été menées en Guyane et à May­otte ces dernières années. Cette fois avec par­fois le sou­tien de syn­di­cats de gauche, sans annonce de con­damna­tions lour­des et avec une cou­ver­ture médi­a­tique a min­i­ma et par­ti­c­ulière­ment « soft », comme en atteste cette vidéo d’un jour­nal­iste de TV Libertés.
  • Les con­damna­tions dif­fèrent selon leurs auteurs et les infrac­tions retenues. Il y a des mil­i­tants qui veu­lent que les fron­tières soient mieux respec­tées, et d’autres qui veu­lent que les fron­tières soient ouvertes. Si dans les deux cas, la jus­tice peut estimer que la loi n’est pas respec­tée à l’occasion d’actions mil­i­tantes, les con­damna­tions diffèrent : 
    • Cédric Her­rou qui revendi­quait en 2017 à un jour­nal­iste du Monde avoir fait pass­er 200 clan­des­tins à la fron­tière fran­co-ital­i­enne est tou­jours en attente de juge­ment après l’arrêt de la cour de cas­sa­tion annu­lant sa con­damna­tion en appel à 4 mois de prison avec sursis.
    • Plusieurs mil­i­tants no bor­der ont for­cé la fron­tière fran­co-ital­i­enne et un bar­rage de policiers en avril 2018 afin de faire entr­er en France des étrangers en sit­u­a­tion irrégulière. Sur les 7 jugés, seuls deux d’entre eux ont été con­damnés à de la prison ferme, notam­ment pour « rébel­lion » à l’encontre des forces de l’ordre. La rébel­lion est selon le code pénal « le fait d’opposer une résis­tance vio­lente à une per­son­ne chargée de l’autorité publique ».

Cha­cun appréciera… Mais de ces élé­ments de con­texte, point de trace dans les médias de grand chemin. Au risque d’en rester à l’explication des faits et à la qual­i­fi­ca­tion juridique retenue pour le moment par la jus­tice… en atten­dant l’appel puisque les con­damnés vont s’y pourvoir.

Question qui n’a jamais été posée : qui est le juge Isabelle Defarge ?

Aucun média n’a par­lé une seule fois du pro­fil du juge Isabelle Defarge et ne s’est inter­rogé sur sa par­tial­ité. Le juge Isabelle Defarge, prési­dent du Tri­bunal de Grande Instance de GAP, est pour­tant inter­venu publique­ment et en qual­ité de mag­is­trat à un col­loque ouverte­ment “pro immi­gra­tion” à Toulon en 2017, aux côtés de représen­tants d’or­gan­i­sa­tions mar­quées à gauche telles que la Ligue des Droits de l’Homme ou la CIMADE. Cela pour­rait peut-être con­stituer un début d’ex­pli­ca­tion sur la lour­deur de la peine ?

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