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Frontière forcée à Ceuta : des violences en mode light dans les médias français

31 août 2018

Temps de lecture : 5 minutes
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Frontière forcée à Ceuta : des violences en mode light dans les médias français

Connaissez-vous le territoire de Ceuta ? Pour l’office du tourisme marocain, c’est une « touche espagnole sur le territoire marocain ». La ville autonome espagnole de Ceuta a en effet une frontière directe avec le Maroc. Pour de nombreux migrants, cette enclave occidentale sur le continent africain est la porte d’entrée de l’Europe. Des entrées souvent illégales et parfois violentes y ont lieu, comme cela a été le cas le 22 août 2018. La couverture médiatique de ces événements a été discrète en France.

Le choc des photos

On se sou­vient que la dite crise migra­toire a pris un nou­veau tour­nant en sep­tem­bre 2015 avec la pub­li­ca­tion de la pho­to d’un enfant dénom­mé Aylan échoué sur une plage. C’était selon L’Express « la pho­to choc du drame des migrants ». Une pho­to pub­liée en cou­ver­ture de nom­breux jour­naux et mag­a­zines dont la vio­lence mor­bide avait pour objec­tif avoué d’influencer l’opinion publique réti­cente à l’immigration mas­sive. Nous y avions con­sacré un arti­cle détail­lé. L’objectif a été atteint : la chancelière alle­mande a ouvert les fron­tières et des cen­taines de mil­liers de clan­des­tins se sont engouf­frés dans la brèche.

Le 6 juil­let 2017, Libéra­tion a essayé de renou­vel­er l’effet causé en sep­tem­bre 2015 en pub­liant en cou­ver­ture du jour­nal une pho­to d’une femme noyée en mer méditer­ranée. L’initiative a eu moins de reten­tisse­ment mais a per­mis d’entretenir l’influence de la gauche sur la poli­tique migra­toire française, comme en témoigne l’accueil qua­si sys­té­ma­tique par la France de clan­des­tins à bord de bateaux d’ONG débar­quant sur les côtes européennes.

Le ter­ri­toire espag­nol de Ceu­ta au nord de l’Afrique est devenu depuis quelques années un nou­veau point de pas­sage pour des mil­liers de clan­des­tins. Leur déter­mi­na­tion et par­fois leur vio­lence con­trastent avec l’image paci­fique des « réfugiés » arrivant en bateau en Europe mon­trée par les médias main­stream, comme celle reprise par La Croix. Les assauts con­tre les gardes civils espag­nols les 26 juil­let et 22 août 2018 illus­trent de façon édi­fi­ante la pres­sion migra­toire aux portes de l’Europe. Nous revenons sur la cou­ver­ture médi­a­tique et les pho­tos pub­liées à cette occa­sion, qui en dis­ent long sur la volon­té de min­imiser ces événe­ments.

La couverture par trois journaux espagnols

Par­mi les prin­ci­paux titres de presse espag­nols, le quo­ti­di­en El Mun­do nous informe que « plus d’une cen­taine de migrants sont arrivés à Ceu­ta en jetant de la chaux vive sur des policiers ». « Ils ont réus­si à utilis­er des cisailles, des objets con­ton­dants,  ain­si que de la chaux vive, de l’acide de bat­terie et des excré­ments qui ont été jetés sur les policiers, comme cela a déjà été le cas le 26 juil­let dernier ». Trois pho­tos illus­trent l’article : la pre­mière mon­tre des dizaines de clan­des­tins pieds et torse nus en file indi­enne, les deux autres représen­tent les armes et out­ils de for­tune des migrants : bouteilles con­tenant de l’acide, cisailles et marteaux. Le nom­bre de mots de l’article (674) et de pho­tos témoignent de l’importance don­née à l’événement.

El Pais con­sacre un reportage de 15 pho­tos au « nou­v­el assaut mas­sif à Ceu­ta » et un arti­cle (1 168 mots) qui souligne que « le deux­ième assaut mas­sif de migrants en un mois, qui a fait 12 blessés, 7 gardes civils et 5 migrants » ne remet pas en cause la déci­sion du Min­istre de l’intérieur de rem­plac­er les bar­belés des bar­rières par un sys­tème moins dan­gereux. Une vidéo mon­tre les clan­des­tins en liesse après avoir for­cé la fron­tière et une pho­to représente les pro­jec­tiles util­isés.

Le jour­nal ABC décrit les événe­ments et con­state l’impuissance de la garde civile espag­nole, « qui n’a pas pu con­tenir les migrants supérieurs en nom­bre et en rai­son de leur vio­lence ». « Plus de 800 migrants ont réus­si à pass­er la fron­tière illé­gale­ment à Ceu­ta depuis un mois». Une vidéo illus­tre un arti­cle assez détail­lé.

En France : une couverture en mode mineur

Le 26 juil­let, Le Monde nous infor­mait d’un assaut précé­dent celui du 22 août : «  plus de 600 migrants africains ont réus­si à entr­er dans l’enclave espag­nole de Ceu­ta, au nord du Maroc ». « Cent trente-deux migrants et vingt-deux agents de sécu­rité ont toute­fois été blessés ». On notera la for­mule imper­son­nelle pour relater ces événe­ments, qui élude de désign­er les agresseurs et les vic­times.

Mais c’est sur des événe­ments plus récents que nous nous attarderons : le 22 août, ils étaient selon La Croix encore 115 à « avoir réus­si, non sans se bless­er,  à escalad­er les murailles de bar­belés tran­chants comme des rasoirs qui enser­rent les deux enclaves espag­noles de Ceu­ta et Melil­la, en terre maro­caine et en jetant de la chaux et de l’acide en direc­tion des forces de l’ordre ».

France 2 met en avant le fait que les migrants « lais­sent explos­er leur joie. Au terme d’un périple par­fois long de plusieurs mois, ces migrants ont atteint leur but : rejoin­dre l’Eu­rope ». Ce n’est que dans la deux­ième par­tie du reportage que des détails sur l’assaut vio­lent sont don­nés.

Dans un reportage en ligne émanant de l’AFP, L’Obs s’attarde sur les blessures que se sont faits les « jeunes réfugiés » lors du pas­sage des bar­rières. Les blessures des gardes civils espag­nols sont résumées en une phrase laconique. Le Point, à l’instar de L’Express, Le Figaro, BFMTV, etc. titre « Une cen­taine de migrants for­cent la fron­tière Maroc-Espagne ». L’hebdomadaire donne aus­sitôt une note pos­i­tive à l’événement : « Une cen­taine de migrants sont fous de joie après avoir réus­si à pénétr­er dans l’en­clave espag­nole de Ceu­ta en escal­adant la haute clô­ture frontal­ière avec le Maroc, blessant légère­ment plusieurs agents ». Joie d’un côté, blessures légères de l’autre, on peut en con­clure que ce n’est pas si grave. Europe 1 reprend les élé­ments de lan­gage dis­pen­sés par l’AFP présents dans qua­si­ment tous les arti­cles : les policiers ont été « légère­ment blessés ». La palme de la dis­cré­tion revient au Parisien qui résume le 23 août dans un entre­filet le pas­sage en force des clan­des­tins africains : « Espagne : près de 115 migrants sont par­venus à forcer l’enclave espag­nole de Ceu­ta avec le Maroc, hier. Ils étaient env­i­ron 300 à ten­ter d’escalader la clô­ture de 6 m de haut ser­vant de fron­tière, blessant légère­ment au pas­sage sept gardes-fron­tières, selon les autorités. L’Espagne est la pre­mière porte d’entrée en Europe pour les migrants, devant l’Italie et la Grèce ».

Des photos expurgées en France

Si les pho­tos et les vidéos de l’assaut de la fron­tière ont man­i­feste­ment été pris­es par des clan­des­tins, aucune n’illustre les scènes de vio­lence (jet d’acide, de sang, d’excrément et de chaux vive), ni les brûlures et blessures des gardes civils, pour­tant con­statées notam­ment par El Diario. El Mun­do et El Pais illus­trent par des pho­tos les pro­jec­tiles util­isés par les clan­des­tins, ce que les médias français ne font pas.

Les pho­tos pub­liées reflè­tent peu la pres­sion migra­toire à Ceu­ta, vis­i­ble dans le cen­tre de réten­tion à sat­u­ra­tion, comme l’indique le jour­nal ABC. Con­cer­nant le con­tenu des arti­cles, les blessures et la joie des clan­des­tins qui ont réus­si à forcer la fron­tière sont par­fois évo­quées (par La Croix, France 2) avant les « blessures » qu’ils ont infligées aux policiers espag­nols. Des blessures qui sont tou­jours qual­i­fiées de « légères ». On n’en saura pas plus sur les con­séquences des jets d’acide, d’excréments et de chaux vive sur les gardes civils, pre­miers actes d’insertion des clan­des­tins en Europe.

De même, on ne saura pas en lisant les arti­cles des medias main­stream que le gou­verne­ment espag­nol a récem­ment émis des sig­naux posi­tifs envers les clan­des­tins, en annonçant la sup­pres­sion des bar­belés aux clô­tures de la fron­tière et le béné­fice de l’aide médi­cale. Un effet de pompe aspi­rante dont les effets n’ont pas tardé à se faire sen­tir.

Crédit pho­to : cap­ture d’écran vidéo RT France

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