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Front populaire : beau succès éditorial, premières interrogations

7 septembre 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Front populaire : beau succès éditorial, premières interrogations

La revue Front populaire lancée en juin 2020 par le philosophe Michel Onfray est un beau succès éditorial. Le tirage supplémentaire de 50 000 exemplaires du premier numéro, après un tirage initial du même acabit, en est une illustration. L’Ojim avait salué au moment de son lancement ce nouveau venu qui contribue au pluralisme de la presse. La lecture du premier numéro nous amène à nous poser quelques questions.

Un premier numéro de qualité

Le pre­mier numéro de Front pop­u­laire réu­nit des auteurs « mar­qués » à gauche, à droite, et d’ailleurs, dont les arti­cles sont sou­vent per­ti­nents et sus­ci­tent la réflex­ion. Eugénie Bastié nous grat­i­fie d’un arti­cle rob­o­ratif sur l’écologie et sur le hold-up fait par les bobos sur une cause réelle­ment con­ser­va­trice, qui allie le « souci de l’enracinement à celui de la préser­va­tion de la beauté du monde ». Céline Pina oppose la force de la cul­ture aux fumeuses théories des indigénistes. Un dia­logue fécond est noué entre Philippe de Vil­liers et Jean-Pierre Chevène­ment, ain­si qu’entre deux anciens mem­bres de la France Insoumise, Andrea Kotarac et Georges Kuz­manovic. Cer­tains arti­cles pren­nent la forme d’ébauches de pro­gramme poli­tique sur des thèmes pré­cis, comme ceux de Thibault Isabel et de Régis de Castel­nau.

La revue des souverainistes et plus

L’ambition de Front pop­u­laire telle que présen­tée par ses créa­teurs ne se lim­ite pas à être une revue « de tous les sou­verain­istes ». L’élaboration d’un cahi­er de doléances en ligne sur le site de la revue con­stitue selon ses ini­ti­a­teurs le socle d’« un nou­veau pro­jet pour la France ». La créa­tion de l’association « Front pop­u­laire & Com­pag­nie » doit per­me­t­tre de pro­mou­voir au plan local les idées portées par les con­tribu­teurs. Des « réseaux pop­u­laires » se con­stituent, avec des référents départe­men­taux dont les pre­miers ont été désignés.

La recomposition politique : une chimère ?

Quelle sera la portée de la volon­té de fédér­er des sou­verain­istes « de droite, de gauche, d’ailleurs et de nulle part  »? Pour l’heure, l’aggiornamento souhaité sem­ble surtout se lim­iter aux sou­verain­istes d’ailleurs. Michel Onfray n’a pas répon­du à l’invitation de Flo­ri­an Philip­pot, le leader des patri­otes, à la réu­nion de sou­verain­istes organ­isée le 5 juil­let à Brie sur Marne. Une posi­tion il est vrai en cohérence avec ce qu’il affir­mait à Valeurs actuelles en avril. Il présen­tait son objec­tif de « faire émerg­er, si cela est fais­able et ten­able, une can­di­da­ture issue de la société civile ». Il ajoutait : « nous ne voulons plus de ceux qui ont trainé dans les par­tis poli­tiques ». Dans ces con­di­tions, les nom­breuses tri­bunes sur le site de Front pop­u­laire de Georges Kuz­manovic, prési­dent du mou­ve­ment République sou­veraine et ancien mem­bre du par­ti de gauche créé par Jean-Luc Mélen­chon, ne peu­vent man­quer d’interroger : est-ce parce que les autres lead­ers poli­tiques sou­verain­istes n’ont pas pro­posé de s’exprimer, ou est-ce parce que les rédac­teurs de Front pop­u­laire esti­ment qu’ils n’ont pas leur place dans la revue et sur son site inter­net ?

Des positions à clarifier

D’autres posi­tions restent à clar­i­fi­er. Quand cela sera fait, des sujets aus­si impor­tants que l’immigration, l’identité, le rôle et le poids de l’État, risquent de faire ressor­tir des dif­férences entre posi­tions de gauche et de droite, des posi­tions qui ne sont pas totale­ment sol­ubles dans le grand bain du sou­verain­isme.

Sur le sujet de l’immigration, une inter­view de Michel Onfray sur Thinkerview mon­tre bien l’ambivalence du co-directeur de la pub­li­ca­tion de Front pop­u­laire. S’il répondait de prime abord qu’il faudrait accueil­lir un bateau de migrants arrivant sur les côtes français­es, il mod­érait peu après son pro­pos en évo­quant l’impératif pour les étrangers d’accepter les mœurs de notre pays et les capac­ité d’accueil à ce jour peu sat­is­faisantes. Mais nous ne saurons pas con­crète­ment si, selon le philosophe, il faut accueil­lir un bateau chargé de migrants arrivé par exem­ple en rade de Mar­seille.

Sur la ques­tion de l’identité, l’éditorial du pre­mier numéro de la revue apporte quelques pré­ci­sions sur la posi­tion de Michel Onfray : « Nous souhaitons installer le com­bat de Front pop­u­laire (…) sur celui de la défense de la civil­i­sa­tion judéo-chré­ti­enne ». Mais quelle con­séquence en tir­er face à une frange crois­sante de musul­mans, en par­ti­c­uli­er par­mi les jeunes, qui place la charia au-dessus des lois de la république, comme en témoigne un récent sondage com­mandé par Char­lie heb­do ? Quelles mesures à adopter pour éviter que, selon Michel Onfray dans une inter­view pour Valeurs actuelles, l’occident (ou plutôt l’Europe, les États-Unis sont de plus en plus loin de nous) ne soit promis à dis­paraitre ?

Autre ques­tion, et non des moin­dres, qu’il fau­dra tranch­er : celui du rôle et du poids de l’État. Si Michel Onfray revendique fréquem­ment être « girondin » et opposé au cen­tral­isme, le choix du nom de la revue, Front pop­u­laire, en hom­mage à des avancées sociales de la gauche, traduit-il un posi­tion­nement en faveur de nou­velles mesures sociales imman­quable­ment financées par l’impôt, dans un pays où les prélève­ments oblig­a­toires atteignent un poids déjà con­sid­érable ?

Les prochains mois, voire les prochaines années, nous diront si l’initiative de Michel Onfray et de Stéphane Simon abouti­ra à la con­sti­tu­tion d’un mou­ve­ment poli­tique, un mou­ve­ment de plus dans la nébuleuse déjà bien encom­brée des par­tis sou­verain­istes, réu­nis de façon éphémère lors d’une soirée de célébra­tion du Brex­it le 21 jan­vi­er à Paris. Quoi qu’il en soit, d’ici là, la lec­ture de Front pop­u­laire devrait apporter son lot d’articles qui s’annoncent pas­sion­nants.

Procès Ramzi Khiroun contre Ojim/Claude Chollet : première audience le 7 octobre 2020

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De sa thèse d’histoire sur le fémin­isme aux nom­breuses biogra­phies qu’elle a con­sacrées, tout au long de sa car­rière, à des grandes fig­ures féminines, Lau­re Adler n’aura cessé d’être fascinée par les glo­rieux des­tins de femmes et, à sa manière, en aura incar­né un.