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Fake news : L’Obs en fait une couverture !

23 janvier 2018

Temps de lecture : 5 minutes

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Fake news : L’Obs en fait une couverture !

Fake news : L’Obs en fait une couverture !

L’Obs vient de surprendre et parfois choquer la planète médiatique. L’information n’est pas mince tant l’hebdomadaire libéral libertaire nous avait habitués à ne surtout faire aucune vague. L’Obs, on t’a fait bobo à la tête ?

Que se passe-t-il à L’Obs ? Dans son édi­tion numéro 2775 datée du 11 jan­vi­er 2018 l’hebdomadaire a pro­posé à ses lecteurs une cou­ver­ture telle qu’il n’en pro­dui­sait plus depuis longtemps. Gen­til­let, soft et sym­pa, le mag­a­zine lib lib se con­tentait de cou­ver­tures con­sen­suelles. Celle du 11 jan­vi­er fait polémique. Elle présente la France comme un camp retranché anti migrants. Le dossier porte sur la poli­tique migra­toire annon­cée par le gou­verne­ment. Bien sûr, avec la suiv­ante, celle de la semaine du 18 jan­vi­er 2018, L’Obs est ren­tré dans le rang en faisant sa Une sur un entre­tien inédit avec Elsa Fer­rante, l’écrivain à suc­cès dont per­son­ne ne sait qui elle est véri­ta­ble­ment, et qui nor­male­ment ne par­le pas.

Barbelés concentrationnaires et Macron à la Une !

C’est évidem­ment plus con­sen­suel et moins poli­tique que de pub­li­er une pho­to de Macron entouré de bar­belés en Une. La charge est forte. La mise en scène de cette Une ne peut que don­ner à penser ceci : le prési­dent Macron, à la répu­ta­tion pour­tant jus­ti­fiée d’humanisme, peu soupçonnable de xéno­pho­bie ou de racisme, trans­formerait la France en une sorte de sys­tème con­cen­tra­tionnaire, un camp au-dessus duquel ne serait pas inscrit Arbeit Macht Frei mais « Migrants ». Ce dernier mot étant étrange­ment présen­té comme s’il s’agissait d’un pan­neau routi­er ou de celui placé à l’entrée d’une com­mune. Sur Twit­ter, de nom­breux mes­sages postés en com­men­taires de cette Une font remar­quer, sans doute à juste titre, que cette cou­ver­ture peut être perçue comme dou­teuse, le prési­dent Macron ayant un physique très européen ; d’autres n’hésitent pas à dire qu’il ne manque à cette cou­ver­ture qu’une cas­quette et une mous­tache. Dif­fi­cile en effet de croire à une erreur de la part d’un mag­a­zine aus­si expéri­men­té que L’Obs. À l’évidence, l’hebdomadaire d’habitude si sage et soucieux de ne pas trop brusquer son pub­lic, a décidé de référ­er à l’Allemagne nazie en pub­liant cette Une, lais­sant ain­si enten­dre que la poli­tique annon­cée par Emmanuel Macron et son min­istre de l’intérieur, Gérard Col­lomb, en matière d’immigration serait com­pa­ra­ble à la poli­tique anti­sémite menée par les nazis con­tre les juifs, les tzi­ganes, les homo­sex­uels, les chré­tiens catholiques, les francs-maçons, nom­bre de leurs opposants, dont cer­tains révo­lu­tion­naires con­ser­va­teurs. Cette manière, pour un Obs jusque-là plutôt ouverte­ment pro-Macron, de plonger la tête entière dans les miasmes du point God­win a ain­si pu sur­pren­dre. La cou­ver­ture étant de plus accen­tuée par les noms de sig­nataires de textes, Le Clézio, perçu comme une « con­science morale » de la gauche uni­ver­sal­iste à Paris, ou Boucheron, l’historien tête de gon­do­le du com­bat con­tre le réel d’une his­toire de France aux racines chré­ti­ennes, européennes, blanch­es, etc – Boucheron est per­suadé que l’histoire de France vient d’ailleurs, un peu comme la « vérité » dans X‑Files, et penche plutôt pour les théories du « racisme d’État » de la République française que pour celle d’une France à l’avant-garde de l’ouverture sur le monde. L’Obs a donc choisi de don­ner de la sur­face à ce genre de per­son­nage, déjà fort médi­atisé, et de dif­fuser une fake news tout à fait extra­or­di­naire : le prési­dent Macron serait un homme poli­tique com­pa­ra­ble aux nazis. La volon­té (dis­cutable) de Mon­sieur Macron de lut­ter con­tre les fake news prof­it­era-t-elle de cette occa­sion pour entr­er en action ? Sanc­tion­ner L’Obs serait ain­si un point de départ intéres­sant et amu­sant. On imag­ine ce qui se passerait si une image pareille avait été mise en ligne par RT France par exem­ple. Reste que ce qui est induit par cette cou­ver­ture est en tout cas à l’origine d’une nou­velle polémique au sein du milieu politi­co-médi­a­tique parisien.

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Macron derrière les barbelés

La cap­i­tale est en émoi. En toute objec­tiv­ité, recon­nais­sons-le : la cou­ver­ture de L’Obs est men­songère : qui peut croire un instant qu’Emmanuel Macron, prési­dent de la société ouverte, peut être assim­ilé à ce genre de sous-enten­dus, néan­moins gros comme le nez de Cyra­no au milieu de la fig­ure. Le titre de cette cou­ver­ture peut de même cho­quer en ce qu’il sous-entend à son tour : ce « Bien­v­enue au pays des droits de l’Homme » lais­sant ain­si enten­dre que la France ne serait pas ce pays. Qu’elle le soit ou non, qu’elle le soit assez ou pas, tout cela peut bien sûr être débat­tu ; mais qu’elle le soit si peu, que la com­par­er à l’époque où des camps de con­cen­tra­tion exis­taient en Europe est sim­ple­ment une bêtise. La réac­tion enflait à par­tir du 19 jan­vi­er, nom­bre d’observateurs et de médias titrant sur un thème du type « Macron der­rière les bar­belés », la cou­ver­ture pour­rait « coûter sa place au directeur de L’Obs ». Sur­prenante façon de lire l’image de cette cou­ver­ture, laque­lle n’enferme pas le prési­dent der­rière des bar­belés mais l’accuse de faire de la France un camp retranché anti migrants, sur fond de références douteuses.

Selon Libéra­tion, le 19 jan­vi­er 2018 : « Les jours de Matthieu Crois­sandeau à la tête de l’heb­do­madaire détenu par le duo Xavier Niel et Matthieu Pigasse sem­blent comp­tés. La rumeur d’un départ immi­nent du directeur de la rédac­tion, qui ne s’est jamais remis de la motion de défi­ance votée con­tre lui en 2016, agite beau­coup en interne. Et d’au­tant plus depuis que, dans l’édi­tion de cette semaine, le cofon­da­teur du titre et gar­di­en du tem­ple, Jean Daniel, a pris la plume pour tancer le choix de cou­ver­ture de la semaine précé­dente mon­trant le vis­age d’Em­manuel Macron entouré de bar­belés ». Il n’est en effet pas banal de voir le fon­da­teur d’un heb­do­madaire s’en pren­dre à la Une de son pro­pre mag­a­zine, qui plus est sur le site de L’Obs, en ter­mes très clairs : « Je ne sup­porte pas de voir la tête de notre prési­dent entourée de bar­belés, avec le choix de les subir ou de les impos­er ». Il insiste, indi­quant ne pas sup­port­er que le prési­dent de la République soit ain­si présen­té tel un « tyran ». La charge, venue de Jean Daniel, n’est pas mince. Peu après, rap­porte 20 Min­utes, le délégué général de LREM, Christophe Castag­n­er, indi­quait que cette cou­ver­ture « ne cor­re­spond pas à la réal­ité ». Autrement dit, c’est une fake news. Et cette polémique traduit claire­ment la prob­lé­ma­tique actuelle, voy­ant des médias ample­ment pro­duc­teurs de fauss­es nou­velles être dans le même temps con­sid­érés comme devant être pro­tégés, et util­isés pour lut­ter con­tre ces mêmes fauss­es nou­velles. Matthieu Crois­sandeau a ten­té de jus­ti­fi­er la cou­ver­ture polémique, dans un com­mu­niqué pub­lié à côté de celui de Jean Daniel. Il dit avoir voulu une cou­ver­ture choc pour une sit­u­a­tion choc, celle faite aux migrants, laque­lle traduirait un reniement par la France de ses valeurs liées aux droits de l’Homme.

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L’observateur impar­tial peine à croire que ce genre de point de vue, telle­ment éloigné de la réal­ité de ce qu’est la France actuelle, en par­ti­c­uli­er con­cer­nant sa poli­tique migra­toire, la crois­sance de l’accueil des migrants, leur prise en charge dans tous les domaines, de l’école à la nour­ri­t­ure en pas­sant par la médecine ou un revenu, puisse en effet con­duire un tel jour­nal­iste à être nom­mé à la tête d’un heb­do­madaire his­torique tel que L’Obs. Il doit être pos­si­ble ( ?) de trou­ver des jour­nal­istes moins imprégnés de pro­pa­gande de bas étage pour diriger une telle pub­li­ca­tion. Encore faudrait-il oser sor­tir du copinage parisien-parisien, et chercher des tal­ents qui soient en même temps des esprits libres, capa­bles de finesse intel­lectuelle. Cela n’existe plus guère dans le monde lib lib (libéral lib­er­taire), mais peut aisé­ment se trou­ver dans les médias dits alter­nat­ifs. La direc­tion de L’Obs osera-t-elle relancer son mag­a­zine en jouant la lib­erté ? Pas cer­tain. Le nom de Claude Askolovitch cir­cule, c’est dire com­bi­en on apprend peu de ses erreurs dans la France médi­a­tique contemporaine.

Crédit pho­to : L’Obs. DR. Mon­tage : Ojim

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