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La République en marche vers la corruption silencieuse ?

26 juillet 2017

Temps de lecture : 6 minutes
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La République en marche vers la corruption silencieuse ?

[Red­if­fu­sions esti­vales 2017 – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 24/06/2017]

Le traitement médiatique des emplois fictifs présumés du MoDeM, concernant des attachés parlementaires du parti de François Bayrou, ayant conduit à la démission du gouvernement de 3 membres de ce parti les 20 et 21 juin 2017, étonne.

Au-delà les ques­tions poli­tiques et morales que peut pos­er la nom­i­na­tion de Bay­rou au min­istère de la jus­tice du pre­mier gou­verne­ment Édouard Philippe, se pose celle du tem­po du traite­ment médi­a­tique des affaires touchant de près ou de loin l’actuel pou­voir poli­tique. Un pou­voir qui affirme se fonder sur l’irréprochabilité morale.

LREM vers la morale, ça commence mal

Le mer­cre­di 20 juin 2017, le min­istre de la Jus­tice François Bay­rou tenait une con­férence de presse. Il a expliqué les raisons de sa non-par­tic­i­pa­tion au gou­verne­ment Édouard Philippe 2 et a affir­mé qu’il n’y a jamais eu d’emplois fic­tifs au MODEM. Selon France info, l’accusation porte sur des con­trats d’assistants par­lemen­taires de députés européens, dont Marielle de Sarnez, elle aus­si min­istre non recon­duite, et plus générale­ment sur un éventuel sys­tème organ­isé visant à détourn­er de l’argent pub­lic du Par­lement européen au prof­it du par­ti dirigé par un François Bay­rou qui a fait de la moral­i­sa­tion de la vie poli­tique l’axe de son action. Un objec­tif qui s’inscrit dans la lignée du pro­jet du prési­dent de la République. Le nom de ce dernier est par ailleurs évo­qué dans le même temps, au sujet de perqui­si­tions menées par la jus­tice. En cause ? Un déplace­ment effec­tué par Emmanuel Macron, alors min­istre de l’économie, en 2016. D’après Le Monde, BFMTV ou Cap­i­tal, une enquête prélim­i­naire pour « favoritisme, com­plic­ité et recel de favoritisme avait été ouverte à la mi-mars » par le par­quet de Paris. Selon BFMTV, cette enquête a été décidée « après des soupçons de dys­fonc­tion­nements dans l’or­gan­i­sa­tion de cette opéra­tion. Elle avait été con­fiée au géant Havas, sans appel d’of­fres, par Busi­ness France, l’or­gan­isme d’aide au développe­ment inter­na­tion­al des entre­pris­es français­es alors dirigé par l’actuelle min­istre du Tra­vail, Muriel Péni­caud ». Ouverte le 15 mars 2017, cette affaire n’a pas fait la Une des médias, con­traire­ment à celles affec­tant François Fil­lon ou Marine Le Pen. Pas plus au moment de la nom­i­na­tion de Muriel Péni­caud au min­istère du Tra­vail. Aux soupçons d’emplois fic­tifs pesant sur le MoDeM et l’ancien min­istre de la Jus­tice Bay­rou, et à ceux pesant sur Richard Fer­rand, lui aus­si poussé à ne pas pour­suiv­re son activ­ité min­istérielle, vient s’ajouter un soupçon pesant sur une proche col­lab­o­ra­trice du prési­dent, actuelle­ment min­istre du Tra­vail. La loi visant à moralis­er la vie poli­tique française va donc être présen­tée dans un con­texte délétère. Il est vrai que la con­cep­tion con­crète de la morale de mem­bres de LREM ressem­ble peu aux dis­cours élec­toraux pronon­cés par l’actuel prési­dent de la République, si l’on en croit Mar­i­anne.

Une affaire ? Rien que de très connue, et pourtant…

Une présence soft dans les médias. Ou du moins selon un étrange tem­po. Il sem­ble y avoir des affaires légiti­mant emballe­ment médi­a­tique et d’autres plutôt dis­cré­tion. Per­son­ne n’a oublié la manière dont le can­di­dat Fil­lon a dû répon­dre d’accusations con­cer­nant l’emploi pré­sumé fic­tif de son épouse, tant comme attachée par­lemen­taire que comme con­tributrice de la Revue des Deux Mon­des. L’exceptionnelle dex­térité de la jus­tice et des médias à mon­tr­er que le can­di­dat Les Répub­li­cains ne saurait accéder aux plus hautes fonc­tions allait alors de pair avec l’enthousiasme des mêmes médias envers un Emmanuel Macron con­sid­éré comme un sauveur élu d’avance. Force est de recon­naître que l’affaire des emplois pré­sumés fic­tifs du MoDeM n’a pas con­nu la même débauche d’énergie que celle, pour­tant sim­i­laire, pesant sur Marine Le Pen. Deux jours avant le 1er tour des élec­tions lég­isla­tives, plusieurs médias, dont France info, indi­quaient cepen­dant qu’un ancien salarié du MoDeM affir­mait avoir béné­fi­cié d’un emploi fic­tif d’assistant par­lemen­taire du député européen Bennhamias alors qu’il tra­vail­lait en réal­ité pour le par­ti. Le 21 juin, Le Point rap­pelait que dans son livre Les mains pro­pres, paru en 2015, Corinne Lep­age, anci­enne min­istre, évo­quait déjà ces soupçons d’emploi fic­tifs. L’Eurodéputée par­le d’un sys­tème ancien et organ­isé détour­nant de l’argent européen. Ce rap­pel donne un éclairage intéres­sant aux pres­sions pré­sumées exer­cées par François Bay­rou, alors min­istre de la jus­tice, sur Radio France. Le min­istre ayant téléphoné à la direc­tion de Radio France pour se plain­dre d’une enquête sur son mou­ve­ment pou­vait alors être con­sid­éré comme inter­venant dans les affaires de la jus­tice, au mépris de la sépa­ra­tion des pou­voirs. L’affaire des emplois fic­tifs pré­sumés sem­ble plus ample que ce que les médias en lais­saient paraître à l’approche du 1er tour des Lég­isla­tives, après en avoir oublié l’existence durant les élec­tions prési­den­tielles. Cela s’expliquerait-il par l’alliance con­clue entre le can­di­dat Macron et François Bay­rou ? L’avenir le dira sans doute.

Une affaire sciemment cachée ?

En effet, l’existence de pos­si­bles emplois fic­tifs au sein du mou­ve­ment d’un homme poli­tique appelé à porter la réforme de la vie poli­tique, sous la prési­dence Macron, était con­nue des médias. C’est ce qui est affir­mé par un ancien employé de l’ancêtre du MoDeM, salarié comme assis­tant par­lemen­taire tout en tra­vail­lant pour Force Démoc­rate, l’ancien par­ti de Bay­rou. L’information sort dès le 2 avril 2017, dans une tri­bune alors forte­ment lue sur les réseaux soci­aux. Sans être reprise par les médias offi­ciels. Les élec­tions sem­blent trop proches. La tri­bune de Nico­las Gré­goire parue sur le site Médi­um com­mence ain­si : « Emploi fic­tif. Le terme resur­git de scan­dale en scan­dale. Pen­dant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fic­tifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je perce­vais un salaire, des fich­es de paie, pour une activ­ité que je n’exerçais pas. Jamais per­son­ne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans con­trainte ? Durant mon séjour rue de l’Université, bor­dée par l’Assemblée, quadrillée de par­tis poli­tiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes par­lemen­taires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guel­lec, que trois fois. Pour sign­er mes con­trats. Pour tra­vailler une mat­inée à tri­er du cour­ri­er. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour deman­der à être licen­cié. Fraîche­ment diplômé en jour­nal­isme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démoc­rate, jeune par­ti d’un petit nou­veau plein d’ambition : François Bay­rou. Démoc­ra­tie Mod­erne, mag­a­zine du par­ti dont Bay­rou était directeur de la pub­li­ca­tion, cher­chait un rédac­teur. Jeune, mal­léable, pas regar­dant sur le salaire et recom­mandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire. » Des médias tels que Le Monde, Le Figaro, Médi­a­part ou Le Canard Enchaîné pou­vaient se faire l’écho de pro­pos cor­rob­o­rant ceux de l’ancienne min­istre Corinne Lep­age, au sujet de l’ancienneté d’un sys­tème de cor­rup­tion orchestré au sein des divers par­tis présidés par François Bay­rou. Il n’en fut rien. Pour­tant, le témoignage de Nico­las Gré­goire dénonce des méth­odes de pré­var­i­ca­tion à toutes les échelles, et l’utilisation finan­cière des ser­vices de l’État comme de ceux de l’Union Européenne, au prof­it des par­tis de Bay­rou. Un témoignage étayé sur des faits pré­cis, dont cer­tains ont fait l’objet de déci­sions de jus­tice, et des preuves libre­ment acces­si­bles en ligne. Édi­fi­ant. Pour­tant, à l’approche des élec­tions… rien. Silence sur Bay­rou, et par exten­sion Macron. Haro sur Fil­lon et Le Pen. Nico­las Gré­goire a large­ment alerté les médias offi­ciels. Libéra­tion, Le Monde, Le Figaro, Le Canard Enchaîné, Médi­a­part, l’AFP… Et son témoignage a paru dans Le Télé­gramme. À not­er : Nico­las Gré­goire est jour­nal­iste.

Il faut lire le témoignage de Nicolas Grégoire

Le nom­bre de ses lecteurs, c’est son seul sou­tien réel. Ici, il racon­te par le menu les affres vécus lors des con­tacts avec les jour­nal­istes de ces organes de presse, la façon dont Médi­a­part récupère ses infor­ma­tions en les attribuant à sa pro­pre rédac­tion, ou encore com­ment on le mène en bateau. Pour surtout ne pas sor­tir une affaire com­pro­met­tante con­tre l’allié du futur prési­dent de la République, un prési­dent choisi par les médias. Le déroulé chronologique tel que racon­té par Gré­goire, dans les jours qui précè­dent le pre­mier tour mon­tre à quel point l’élection a été con­fisquée, de peur de voir Fil­lon ou Le Pen accéder au pou­voir. Seuls SudRa­dio, La Mon­tagne, Le Télé­gramme, et Décider et Entre­pren­dre ont relayé le témoignage du jour­nal­iste Nico­las Gré­goire à l’approche du 1er tour des prési­den­tielles. Libéra­tion plus tard, le 31 mai 2017. Dans ces ter­mes révéla­teurs : « Enfin, une dernière accu­sa­tion restée sans suite jusqu’ici, remonte à une ving­taine d’années et con­cerne cette fois le Par­lement français. Dans un post pub­lié sur Médi­um le 2 avril, le jour­nal­iste Nico­las Gré­goire affir­mait avoir béné­fi­cié d’un emploi fic­tif à l’UDF (ancêtre du Modem) en 1996 et 1997. Nico­las Gré­goire, qui a dénon­cé avec des accents par­fois com­plo­tistes (sic) le silence des médias sur son affaire, explique avoir été rémunéré comme assis­tant par­lemen­taire de deux députés alors qu’il tra­vail­lait en réal­ité pour le siège de l’UDF, comme jour­nal­iste pour Démoc­ra­tie mod­erne, le mag­a­zine du par­ti dirigé par François Bay­rou ».

Emmanuel Macron élu, LREM majori­taire à l’Assemblée Nationale, Bay­rou inutile… Cela va-t-il chang­er l’écho ? Peut-être… Le 21 juin 2017, RFI intè­gre enfin les infor­ma­tions de Nico­las Gré­goire dans son compte ren­du de L’affaire des assis­tants par­lemen­taires du MODEM en 5 ques­tions. Trois mois pour qu’un média offi­ciel réagisse de façon déon­tologique… La ques­tion est donc main­tenant : de quoi l’élection d’Emmanuel Macron à la prési­dence de la République est-elle le nom ?

Crédit pho­to : depuis1901 via Flickr (cc)

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