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[Dossier] Du côté de la racaille, traitement médiatique des événements d’Ajaccio
Publié le 

22 août 2016

Temps de lecture : 7 minutes
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[Dossier] Du côté de la racaille, traitement médiatique des événements d’Ajaccio

[Pre­mière dif­fu­sion le 11 jan­vi­er 2016] Red­if­fu­sions esti­vales 2016

Après la tentative de lynchage qu’ont subie des pompiers dans la nuit de Noël, le mouvement de population né à Ajaccio a fait les unes des médias et secoué plusieurs jours de suite la torpeur digestive suivant les fêtes de familles. Avant l’an neuf, la plupart des médias français ont pu ainsi montrer leur vieille capacité intacte à tout inverser des responsabilités, des causes et des conséquences, pour le plus grand bénéfice de la racaille anti-française.

C’est une nuit de Noël, une nuit sacrée pour la plu­part des Français comme pour de nom­breux peu­ples dans le monde. La sec­onde plus grande fête religieuse chré­ti­enne après Pâques, et qui a con­servé son aura en dépit de la déchris­tian­i­sa­tion des pays d’Europe, quitte à se résumer, au-delà de la dimen­sion pure­ment con­sumériste, à une fête des enfants ou de la famille. Afin de demeur­er au ser­vice de leurs conci­toyens, beau­coup de fonc­tion­naires comme de sim­ples volon­taires, se privent néan­moins de ces réjouis­sances.

C’est le cas des pom­piers et policiers d’Ajaccio qui vont être agressés ce soir-là dans le cadre de ce qui va donc se dérouler sous le signe d’une pro­fa­na­tion mul­ti­ple. Pro­fa­na­tion d’une fête chré­ti­enne au terme d’une année où le pays aura été ensanglan­té sys­té­ma­tique­ment au nom de l’Islam. Pro­fa­na­tion d’une fête de famille sur une île où les liens famil­i­aux sont encore sacrés. Pro­fa­na­tion des valeurs civiques élé­men­taires elles-mêmes : s’en pren­dre à des pom­piers, venus dans l’intention de sec­ourir leurs conci­toyens au lieu d’être restés en famille ce soir-là, atteignant un degré de scan­dale par­ti­c­ulière­ment odieux.

Après avoir organ­isé un guet-apens, des jeunes gens de la cité des « Jardins de l’Empereur » se jet­tent sur les pom­piers armés de battes de base­ball, de clubs de golf et d’acide. Le nom­bre de per­son­nes impliquées dans l’attaque est impres­sion­nant, comme la vio­lence déployée, c’est ce dont témoigne Nico­las, l’un des pom­piers blessé : « Le pom­pi­er, blessé à l’œil, explique qu’à leur arrivée sur les lieux, les pom­piers se sont trou­vés face à une cinquan­taine de per­son­nes armées. En ten­tant de rebrouss­er chemin, ils se sont trou­vés dans un “guet-apens d’une ving­taine de per­son­nes”. Armés de pier­res, parpaings et battes de base­ball, leurs attaquants s’en sont pris vio­lem­ment au camion et ont réus­si à bris­er les vit­res. “On a vrai­ment frôlé la cat­a­stro­phe, il aurait pu y avoir des morts”, explique le pom­pi­er vis­i­ble­ment encore choqué par l’at­taque. »

La Haine

La volon­té de com­met­tre le max­i­mum de dégâts, voire de tuer, est man­i­feste. Qu’est-ce qui peut donc motiv­er une telle soif de pro­fa­na­tion sym­bol­ique et de vio­lence con­crète ? « Là, c’était plus que de la vio­lence. De la haine », rap­porte encore le jeune pom­pi­er volon­taire. Une haine farouche, en effet, furieuse, partagée, sans doute entretenue, et une haine de nature xéno­phobe : « Sales Cors­es de merde, cassez-vous, vous n’êtes pas chez vous ici ! », voilà avec quels cris fut per­pétrée l’agression, voilà quelle fut la reven­di­ca­tion accom­pa­g­nant l’assaut, en somme : « Cor­si fora ! », « Les Cors­es dehors ! »

Ce n’était donc pas aux pom­piers ou aux policiers en tant que pom­piers ou policiers que l’on s’en pre­nait, c’était à ces gens en tant qu’ils étaient cors­es, le soir d’une fête impor­tante pour eux, parce qu’ils étaient égale­ment chré­tiens. La haine raciste telle qu’elle avait été entretenue dans la cité des « Jardins de l’empereur » était donc par­v­enue à mobilis­er soix­ante-dix per­son­nes pour lynch­er du Corse la nuit de Noël. En Corse. Ain­si ont été com­mis de tels actes : racistes, antichré­tiens, antirépub­li­cains et séces­sion­nistes, de manière pré­parée, revendiquée et car­ac­térisée, dans la nuit du 25 décem­bre 2015.

Pour­tant, et en dépit de leur grav­ité, ces actes n’auraient jamais dû être rap­portés à la pop­u­la­tion française et leur évo­ca­tion aurait dû être cir­con­scrite à Corse Matin. En effet, ils auraient sim­ple­ment dû gon­fler la liste de ces faits divers cad­rant mal avec le poli­tique­ment cor­rect que les médias français lais­sent pudique­ment dans l’ombre, et dont Lau­rent Ober­tone avait mon­tré en revanche à la fois la masse et la cohérence dans son best sell­er : La France Orange Mécanique (Ring), paru en 2013.

Une étrange équivalence

Si ces faits ont été portés à la con­nais­sance du pays entier, ce n’est pas parce qu’ils étaient par­ti­c­ulière­ment choquants, ce n’est pas parce qu’ils étaient le symp­tôme alar­mant d’une guerre civile larvée aux épisodiques explo­sions qu’il eût été essen­tiel de pren­dre en compte, non, il faudrait pour cela dis­pos­er, dans les médias français, d’autre chose que de larbins dévoués à la pro­pa­gande que n’entourent, vis­i­ble­ment, que des lâch­es ou des idiots. Si ces faits ont été portés à la con­nais­sance du pays entier, c’est parce que pour la pre­mière fois, le peu­ple autochtone insulté, agressé et humil­ié, s’est levé. Parce que, préservée par la sit­u­a­tion insu­laire, une sol­i­dar­ité pop­u­laire instinc­tive sub­siste tou­jours en Corse, et que n’y règne pas encore l’ignoble indif­férence dans laque­lle se sont fait agressés en 2014, par exem­ple, 1600 pom­piers, dans la France con­ti­nen­tale. Et ce réflexe de san­té morale, cette preuve de cohé­sion sociale, d’authentique « vivre-ensem­ble » qui fait que toute la pop­u­la­tion locale s’est sen­tie blessée à tra­vers ses pom­piers, a donc été relayée, elle, afin d’être crim­i­nal­isée par les médias dom­i­nants. C’est un tweet du pre­mier min­istre qui a don­né la ligne à suiv­re, ligne qui fut à peu près relayée partout : « Corse : après l’agression intolérable des pom­piers, pro­fa­na­tion inac­cept­able d’un lieu de prière musul­man. Respect de la loi répub­li­caine. »

« Agres­sion intolérable » vs. « Pro­fa­na­tion inac­cept­able » : la balle au cen­tre, et vive la République ! C’est-à-dire Valls et le pou­voir médi­ati­co-poli­tique. Entre une pop­u­la­tion légitime­ment indignée qu’il est cen­sé représen­ter et pro­téger par son man­dat de Pre­mier min­istre et une horde bru­tale d’ennemis déclarés du pays se livrant à des actes de guerre civile, le min­istre voit une équiv­a­lence et refuse de choisir son camp… Et la plu­part des médias aus­si, par la même occa­sion, réduits à leur rôle de haut-par­leurs de la Pen­sée Unique. Sauf que la mise en équiv­a­lence de ces faits relève de la pure manip­u­la­tion, et qu’elle est pos­si­ble, cette mise en équiv­a­lence, juste­ment parce que le pre­mier fait n’aurait pas été relayé si n’avait été le sec­ond.

Manipulation de masse

Pourquoi cette équiv­a­lence est-elle absurde ? Pourquoi tient-elle d’une manip­u­la­tion par­faite­ment mal­hon­nête ? C’est d’abord met­tre sur le même plan agressés et agresseurs. C’est ensuite con­sid­ér­er qu’attaquer des pom­piers à soix­ante-dix avec des parpaings, des battes de base­ball et de l’acide une nuit de Noël est un acte d’une grav­ité com­pa­ra­ble à celle de brûler deux exem­plaires du Coran en repré­sailles…

Débor­de­ments regret­ta­bles, peut-être, mais telle­ment infimes, telle­ment raisonnables, quand on imag­ine qu’une foule de trois cents per­son­nes légitime­ment scan­dal­isée s’est lim­itée à de telles bavures… Faut-il avoir une seule notion d’Histoire et de psy­cholo­gie des foules pour s’indigner de « débor­de­ments » aus­si remar­quable­ment infimes ? Que con­nais­sent donc du monde et de la réal­ité humaine ceux des jour­nal­istes qui se sont émus ? Com­ment ose-t-on présen­ter un imam en vic­time sur toutes les télévi­sions du pays en sug­gérant les souf­frances des Musul­mans de France, dans un pays où, on n’a cessé durant toute une année de faire couler le sang au nom de l’Islam et alors que les Musul­mans n’ont, pour l’heure, qu’à déplor­er la perte de deux exem­plaires du Coran ? Com­ment ose-t-on traiter de xéno­phobes des Cors­es insultés, agressés et priés de dégager de leur pro­pre terre parce que ces derniers se con­tentent de répli­quer à ceux qui les insul­tent qu’ils sont chez eux ?

De l’équivalence à l’inversion

L’article de Kael Ser­reri, dans le Libéra­tion du 27 décem­bre, s’inquiète du prob­lème corse et parvient à franchir un degré sup­plé­men­taire dans la manip­u­la­tion. En effet, au-delà d’une mise en équiv­a­lence oiseuse et odieuse, il s’agit car­ré­ment de présen­ter le peu­ple corse agressé comme une classe dan­gereuse, et les agresseurs comme des vic­times essen­tial­isées pour les siè­cles des siè­cles.

Le jour­nal de gauche com­posé inté­grale­ment de bour­geois blancs parisiens et dont l’ennemi juré est devenu le pro­lé­tari­at trahi, se trou­ve tou­jours à la pointe de la dés­in­for­ma­tion et le prou­ve encore à cette occa­sion. Dès le chapô de l’article, c’est l’ « islam­o­pho­bie » qui est dénon­cée. Puis on lit : « Il y a quelque chose de pour­ri au roy­aume d’Ajaccio. Depuis qua­tre-vingt-seize heures flotte une odeur rance dans les rues de la cité impéri­ale. Des effluves nauséabonds pro­duits par des ten­sions lente­ment macérées. »

Le vocab­u­laire stan­dard­isé de jour­nal­istes dis­posant d’autant de mots pour décrire la réal­ité qu’une stan­dard­iste hitléri­enne nous livre un bel échan­til­lon de ce qu’Élis­a­beth Lévy appelle « la gauche olfac­tive ». « Pour­ri », « odeur rance », « effluves nauséabonds », la truffe du rédac­teur se plisse, il bave, aboie : « Fachos ! Fachos ! Fachos ! » L’intertitre du sec­ond para­graphe est « Fan­tasme », pour évo­quer la crainte de l’insécurité et de l’islamisation afin de ranger dans le camp des « vic­times » la pop­u­la­tion des « Jardins de l’empereur » : « ces derniers endos­sant le cos­tume de boucs émis­saires devant le risque d’une pré­ten­due “islami­sa­tion” de l’île. » Voilà. Le chien de garde a fait sa besogne et en quelques phras­es, les bour­reaux sont devenus des vic­times et les vic­times des bour­reaux. Pour­tant, si le rédac­teur pen­sait avec sa rai­son plutôt qu’avec sa truffe, il se pour­rait qu’il s’aperçoive qu’il est dif­fi­cile de présen­ter comme un « fan­tasme » le développe­ment de l’insécurité dans l’île quand les événe­ments qui vien­nent pré­cisé­ment de s’y pro­duire con­sis­tent en un guet apens pour raton­ner du Corse organ­isé par soix­ante-dix racailles. Qu’il est dif­fi­cile de présen­ter comme un fan­tasme la pos­si­ble « islami­sa­tion » de l’île, quand on rap­porte tou­jours dans le même arti­cle deux témoignages con­cor­dants qui la prou­vent : «Depuis deux ou trois ans, la sit­u­a­tion évolue. Les assis­tantes sociales témoignent de ce change­ment : les hommes refusent plus fréquem­ment de leur ser­rer la main qu’auparavant, les femmes se voilent davan­tage.» «Nous n’avons pas l’habitude de voir ce genre de choses en Corse. La vie du quarti­er est dev­enue plus ten­due au fil des ans. Des femmes voilées de la tête aux pieds, des hommes en jella­ba, cela ali­mente le sen­ti­ment dif­fus de divi­sion de la société insu­laire, et crée une angoisse», témoigne une anci­enne enseignante à l’école de l’Empereur. » Fan­tasme, l’article de Libé ?

L’unanimisme médiatico-politique

« Les réac­tions sont unanimes » pou­vait-on enten­dre dans le jour­nal de France 2 du 26 décem­bre, unanimes pour con­damn­er la pro­fa­na­tion d’une salle de prière musul­mane, fait érigé en som­met du scan­dale ajac­cien.

S’ensuivait un reportage sur les Musul­mans ter­ror­isés (vic­times n’ayant pas le moin­dre blessé à exhiber à charge) et enfin, con­clu­sion ultime du sujet corse : le témoignage d’un imam expli­quant que l’islamophobie est ce qui nour­rit la rad­i­cal­i­sa­tion, ce pourquoi l’effrayaient les événe­ments d’Ajaccio. Per­son­ne, bien sûr, pour décrypter en quoi cette morale finale tenait d’un chan­tage par­faite­ment dégueu­lasse, en somme : « Tenez-vous bien avec les Musul­mans, même quand ceux-ci raton­nent vos pom­piers, sinon les rad­i­cal­isés se mul­ti­pli­eront et vien­dront fusiller vos goss­es ».

Dans ce con­flit, les médias comme les poli­tiques auront donc pris la défense de la racaille de ban­lieue con­tre le peu­ple humil­ié, sur-jouant la carte d’une pré­ten­due islam­o­pho­bie afin d’immuniser les coupables, arguant d’équivalences aber­rantes, et reti­rant tous la même leçon de cette his­toire où les Cors­es sont vic­times de racisme anti-corse : il y aurait un dan­ger islam­o­phobe sur l’île. Tan­dis que leurs nou­veaux élus « nation­al­istes » rival­i­saient d’allégeance à la Pen­sée Unique, au point qu’on se demandait quelle iden­tité corse ils pou­vaient bien défendre, si l’essence de cette iden­tité se trou­vait être le cœur de la doxa pro­gres­siste parisi­enne, les Cors­es durent subir, après les insultes et les agres­sions de la racaille, le mépris de la caste. Preuve qu’insulaires ou non, les Cors­es sont bien défini­tive­ment français.

Crédit pho­to : DR

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