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Chaises musicales à Europe 1 devenu bateau ivre

23 avril 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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Chaises musicales à Europe 1 devenu bateau ivre

Pour ceux qui ont connu les fastes de Salut les copains, Signé Furax et autres TOP 50 le nom d’Europe 1 veut dire beaucoup. Dès avant 1974, et encore plus sous l’impulsion à cette date de Jean-Luc Lagardère, véritable entrepreneur, la radio a connu son heure de gloire. Jean-Luc Lagardère disparu brusquement en 2003, le pôle médias de son empire a été repris par son fils unique Arnaud (né en 1961) dont l’envergure est assez différente. Ce dernier nommera Jean-Pierre Elkabbach directeur de l’antenne dès 2005, la radio amorçant ensuite un long déclin.

L’empire Lagardère

Le père avait su con­stru­ire un puis­sant con­glomérat diver­si­fié à tra­vers Matra, l’acquisition de Hachette, Larousse, Elle, le JDD, Paris Match, Stock, Doc­tis­si­mo, les points de vente Relay et bien enten­du Europe 1. Son fils, né avec une cuil­lère en or mas­sif dans la bouche, s’illustrera par son mariage avec un man­nequin belge et des pertes gigan­tesques dans sa marotte Lagardère Sports. Un mon­tage astu­cieux per­met à Arnaud Lagardère de con­trôler l’empire avec moins de 8% des actions.

Des hauts puis des bas

L’arrivée fin 2010, à la tête de Lagardère Active (le pôle médias du groupe), de Denis Olivennes, venu du Nou­v­el Obser­va­teur, per­me­t­tra à cette branche de redress­er la barre. Mais Arnaud veut mon­tr­er que lui aus­si est un chef et il prend les com­man­des en direct en mars 2017 pour redress­er les audi­ences. On va voir ce qu’on va voir.

On voit en effet. Arnaud Lagardère s’intéresse d’abord au pat­ri­moine immo­bili­er de la radio et dès juin 2017 le siège his­torique de la radio rue François 1er à Paris est mis en vente. Les quelques 11.000 m² dans le tri­an­gle d’or parisien sont estimés autour de 300 mil­lions d’euros, de quoi remon­ter les div­i­den­des plus tard. À mi-avril 2018 la vente sem­ble en sus­pens mal­gré l’intérêt de LVMH et de fonds du Moyen Orient.

Un peu avant, fin mai 2017, Arnaud cham­boule l’état-major de la radio en annonçant le débauchage des élé­ments les plus emblé­ma­tiques de Radio France. Frédéric Schlesinger prend la direc­tion, assisté de Emmanuel Per­reau devenu directeur des pro­grammes et de Patrick Cohen, l’homme qui est con­tre la lib­erté de penser, directeur délégué qui prend la mati­nale après son suc­cès d’audience sur la même tranche horaire à France Inter. Schlesinger se voit don­ner trois ans pour redress­er la barre.

Caprices du chef

Schlesinger par­tait d’un point bas de référence en part d’audience, autour de 7% (la radio avait longtemps dépassé les 11%). Fin 2017 l’unité de mesure dite AC (audi­ence cumulée) était descen­due à 6.6% avant de remon­ter légère­ment à 6.8% début 2018. Ce rang place Europe 1 à la six­ième place comme radio général­iste. Devancée par RTL qui fait presque le dou­ble, France Inter, RMC, France info, France Bleue, et même si on inclut les radios musi­cales, der­rière NRJ. Une esti­ma­tion pru­dente chiffre à au moins 10 mil­lions d’euros de résul­tat le gain ou la perte d’un point d’audience cumulée. Pire la mati­nale de Cohen ne démarre pas en audi­ence. Selon Chal­lenges, Europe 1 aurait per­du plus de 10 mil­lions d’euros en 2017. Arnaud Lagardère n’a pas la répu­ta­tion d’avoir beau­coup de nerfs, il oublie les trois ans pour redress­er la barre, con­traint Schlesinger à la démis­sion ain­si que ses adjoints. Le sort de Patrick Cohen l’homme qui inter­dit de penser n’est pas défi­ni mais il paraît dif­fi­cile qu’il puisse rester longtemps.

Et maintenant, que vais je faire ?

C’est ce que chan­tait Gilbert Bécaud et ce que doit se deman­der le capricieux Arnaud dans sa salle de bains branchée 24h/24 sur sa radio. On par­le de l’arrivée du respec­té Lau­rent Guimi­er n°2 de Radio France qui aurait sans doute préféré être le numéro 1 à la place de Sybile Veil élue le 13 avril 2018 en tant que prési­dente de la radio d’État.

Ce change­ment sera-t-il suff­isant ? Arnaud Lagardère détri­cote (involon­taire­ment ?) ce qu’avait con­stru­it son père. Il vend à la découpe sa par­tic­i­pa­tion dans Canal+, il se sépare de ses radios en Europe Cen­trale et du féminin Elle au prof­it d’un groupe tchèque. Les prochains pour­raient être Paris Match et Europe 1, de quoi s’assurer une retraite anticipée confortable.

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