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Capitalisme de surveillance et liberté d’expression

11 octobre 2019

Temps de lecture : 2 minutes
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Capitalisme de surveillance et liberté d’expression

Nous reprenons une tribune d’Alain de Benoist, publiée dans Boulevard Voltaire du 2 octobre 2019, entretien réalisé par Nicolas Gauthier. Le titre et les intertitres sont de notre rédaction.

Liberté d’expression ?

Il ne faut pas dire que la lib­erté d’expression est men­acée dans notre pays. Elle n’est pas men­acée, elle a dis­paru. La loi Avia, dite « loi de lutte con­tre la haine sur Inter­net », adop­tée en juil­let dernier à la qua­si-una­nim­ité des députés et de droite et de gauche, l’a offi­cielle­ment sup­primée, en même temps qu’elle insti­tu­tion­nal­i­sait la déla­tion et déléguait au secteur privé la traque des « con­tenus haineux » et des idées mau­vais­es. La preuve en est que, comme autre­fois en Union sovié­tique, il y a désor­mais des choses tout à fait nor­males et raisonnables que l’on ne dira jamais en pub­lic et que l’on ne con­fiera plus qu’à des amis sûrs dans des céna­cles privés. Le gou­verne­ment d’Emmanuel Macron ne se con­tente pas de procès poli­tiques et de répres­sion féroce des man­i­fes­ta­tions. Il a délégué aux GAFA la cen­sure automa­tique sur Inter­net et sur des réseaux soci­aux déjà dévastés par l’autoflicage. Cette cen­sure dif­fère des autres. Elle relève d’une ten­ta­tive de con­trôle des pen­sées et d’un cap­i­tal­isme de la sur­veil­lance qui traduit l’expérience humaine en don­nées com­porte­men­tales afin d’obtenir des infor­ma­tions qui sont ensuite reven­dues sur le marché des com­porte­ments futurs, réal­isant ain­si d’un même mou­ve­ment les som­bres pré­dic­tions de George Orwell et d’Aldous Huxley.

Haine et discours de haine

Cela dit, la haine existe. Elle existe surtout à gauche, car la gauche aime haïr, tan­dis que la droite préfère mépris­er. Elle existe, et c’est un sen­ti­ment que j’exècre. Per­son­nelle­ment, mal­gré des efforts méri­toires, je ne suis jamais par­venu à haïr qui que ce soit (j’ignore si c’est une qual­ité ou un défaut). Je n’aime ni les dic­tatures ni les dic­ta­teurs, ni les épu­ra­teurs ni les bour­reaux, ni les mil­ices para­mil­i­taires ni les escadrons de la mort. Je déteste hurler avec les loups ou m’associer aux lyn­chages médi­a­tiques, qu’il s’agisse de Tariq Ramadan, de Jef­frey Epstein, de François de Rugy ou du Cro­quig­nol de Lev­al­lois-Per­ret. C’est comme cela. Mais la haine existe, et on ne la fera pas disparaître.

Idéologie dominante et justice pénale

Le grand prob­lème, c’est que l’idéologie dom­i­nante, per­suadée de la bon­té naturelle du bipède, croit qu’à force de cen­sures et de con­damna­tions, on fera dis­paraître la haine, et aus­si la méchanceté, la bêtise, la crim­i­nal­ité, la cupid­ité, le sex­isme, les « dis­crim­i­na­tions », sans oubli­er la mal­adie et le mau­vais temps. C’est une illu­sion dévas­ta­trice. La haine est un sen­ti­ment. Un mau­vais sen­ti­ment. Les sen­ti­ments ne relèvent pas de la jus­tice pénale : un mau­vais sen­ti­ment n’est pas un délit. Mal­raux dis­ait qu’« appartenir à l’histoire, c’est appartenir à la haine ». La haine fait par­tie de la nature humaine. Il faut accepter la nature humaine dans ce qu’elle a de meilleur et dans ce qu’elle a de pire. Les réseaux soci­aux s’apparentent de plus en plus au tout-à‑l’égout. On y lit des mon­stru­osités de bêtise, des himalayas d’intolérance, des juge­ments pro­pre­ment téra­tologiques. Ce n’est pas en inter­dis­ant la libre expres­sion des dilec­tions et des détes­ta­tions qu’on fera dis­paraître les sen­ti­ments qui les inspirent.

Entre­tien réal­isé par Nico­las Gauthier
Source :
bvoltaire.fr

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