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Augustin Trapenard

31 octobre 2022

Temps de lecture : 7 minutes
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Augustin Trapenard

31 octobre 2022

Temps de lecture : 7 minutes

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Pivot sous Poppers

« J’ai la politesse du sourire, je ne suis pas là pour flinguer, mais pour faire partager », L’Express, 12/03/2016.

Issu d’une famille nombreuse, fils d’une enseignante d’histoire-géo et d’un banquier, Augustin Trapenard est l’enfant chéri du landerneau culturel parisien. Son éternel sourire enjôleur et ses compliments onctueux lui ont permis de devenir l’un des papes audiovisuels du culturel, bénissant les productions des écrivains et des artistes qu’il reçoit avec révérence. Révélé sur Canal+, il officie depuis cette année dans la grande messe littéraire du service public « La Grande Librairie ». Jamais avare d’épithètes sirupeuses à l’intention de ses invités, son émission ne risque à aucun moment de réveiller les retraités qui la regardent en somnolant sur leur fauteuil orthopédique.

Son père est muté en Grande-Bre­tagne alors qu’il a 4 ans. C’est là qu’il apprend à lire et à écrire et qu’il se famil­iarise avec le pat­ri­moine lit­téraire bri­tan­nique dont il fera son miel plus tard durant ses études. À une enfance heureuse et bour­geoise suc­céderont les hon­neurs académiques et une indé­ni­able omniprésence médiatique.

Formation universitaire

Il a été pen­sion­naire du Lycée Lakanal en classe pré­para­toire avant d’être admis à l’ENS Lyon. Dans le cadre de sa thèse, il en vient à enseign­er à l’université de Berke­ley. Cette voie royale vers l’agrégation, en l’espèce l’agrégation d’anglais, le des­tine à une car­rière d’universitaire. En 2004, il com­mence à rédi­ger une thèse sur Emi­ly Bron­të qu’il n’a jamais ter­minée « prob­a­ble­ment par roman­tisme, peut-être, fan­tasme-t-on, à cause du suc­cès, du sexe et de la drogue ».

Parcours professionnel

Il est maître de con­férences (ou plutôt « allo­cataire-moni­teur dans le jar­gon nor­malien) au départe­ment de lit­téra­ture anglaise de l’ENS Lyon et à l’u­ni­ver­sité de Marne-la-Vallée.

Ani­mé par un vif besoin de « revenir dans son époque », il est embauché chez Elle pour cha­peauter la rubrique du mag­a­zine féminin. Bien­tôt, c’est dans le Mag­a­zine lit­téraire qu’il signe des arti­cles. De mon­dan­ités en ren­vois d’ascenseurs, il part à l’assaut des médias de grand chemin : d’abord Radio Nova, puis France 24 (pour une chronique bilingue) et enfin France Inter, où il finit par ani­mer en 2011 une émis­sion esti­vale bap­tisée « Toute, toute pre­mière fois ». Suite à ce prov­i­den­tiel été 2011, France Cul­ture lui pro­pose d’être aux manettes d’une émis­sion lit­téraire (puis d’une quo­ti­di­enne, « Le car­net du Libraire, en 2013) située dans la même case horaire que « Comme on nous par­le » de Pas­cale Clark, à laque­lle il suc­cède. Celle-ci s’intitulera « Le Car­net d’Or » et Trape­nard y recevra des écrivains pen­dant trois ans.

En 2012, il prend la suite d’Olivier Pour­riol dans le rôle de chroniqueur cul­turel sur le plateau du « Grand Jour­nal », qui est encore au faîte de son influ­ence dans le PAF. Beau­coup plus à l’aise dans ce théâtre des apparences que son prédécesseur, il gagne des galons et de la visibilité.

Tant et si bien qu’il rejoint l’écurie de la mati­nale d’Inter, la plus écoutée de France, où il assure l’interview cul­turelle de 9h10 dans une pastille inti­t­ulée « Boomerang ».

En 2016, il est sur tous les fronts car, en plus de « Boomerang », il ani­me une émis­sion cul­turelle, « 21 cen­timètres » sur Canal+, qui est filmée dans son apparte­ment parisien du Quai des Orfèvres, et « Le Cer­cle » qui rassem­ble des cri­tiques ciné­matographiques s’écharpant autour des sor­ties de la semaine. Fin décem­bre 2020, il quitte la chaîne de manière plutôt inat­ten­due. Selon Le Parisien, il ne souhaitait pas céder au désir de sa hiérar­chie d’inviter une part plus impor­tante d’auteurs édités par Edi­tis, le géant de l’édition pos­sédée par Vin­cent Bol­loré, acces­soire­ment patron de la chaîne cryp­tée : « On lui a fait com­pren­dre qu’il devait être plus cor­po­rate, qu’il devait recevoir plus d’au­teurs du groupe, glisse un salarié de la chaîne cryp­tée. Augustin, lui, voulait con­serv­er sa lib­erté édi­to­ri­ale ce que Canal+ ne pou­vait plus lui garan­tir ».

Souhai­tant se libér­er des entrav­es bol­lo­ri­ennes, il ral­lie BrutX, la plate­forme de stream­ing du média Brut, où il ani­me une émis­sion lit­téraire, « Plumard », sem­blable à ce qu’il pou­vait pro­pos­er dans « 21 cen­timètres ». Mais c’est sans compter la volon­té de l’animateur de revenir dans la lumière.

François Bus­nel lui offre la pos­si­bil­ité de le faire un an plus tard en lui offrant son fau­teuil de « La Grande Librairie » sur France 2 qu’il con­tin­uera à pro­duire. À cette occa­sion, il cesse de présen­ter Boomerang pour mieux se con­sacr­er à l’émission cul­turelle la plus pre­scrip­trice de l’Hexagone (un peu moins de 500 000 téléspec­ta­teurs en moyenne).

Publications

  • Jane Eyre : de Char­lotte Brontë à Fran­co Zef­firelli, coédité avec Frédéric Regard, Armand Col­in, 2008.
  • Devoirs de Brux­elles, Emi­ly Bron­të, (édi­tion) Fayard/Mille et une nuits, 2008.
  • Corps à corps, livre d’entretiens avec le romanci­er améri­cain Edmund White, édi­tions de l’Aube, 2009.

Collaborations

  • Il est par­rain de l’association « Bib­lio­thèques sans fron­tières » fondée par Patrick Weil, his­to­rien spé­cial­iste du droit des immi­grés proche du Par­ti social­iste, et dirigée par Jérémy Lachal, mem­bre du Clin­ton Glob­al Ini­tia­tive, une émi­nence de la fon­da­tion Clinton.

Récompenses

  • 2018 : Prix Philipe Caloni du meilleur intervieweur.
  • 2019 : Prix Hefor She récom­pen­sant son engage­ment pour l’égalité homme-femme.
  • 2020 : Cheva­lier de l’ordre des Arts et des Lettres

Il l’a dit

« Je n’ai aucun prob­lème avec ça. Pour moi, c’est telle­ment sim­ple! Je viens d’un milieu très priv­ilégié où je n’ai jamais eu à subir d’homophobie. Reste que ça a été ter­ri­ble pour moi de voir toutes ces per­son­nes rassem­blées sur le Champ de Mars, à Paris, lorsqu’on a approu­vé le mariage pour tous, non pas pour revendi­quer un nou­veau droit mais pour l’interdire à d’autres », Fem­i­na, 02/03/2014.

« J’ai con­science que je suis exigeant, angois­sé, avec une ten­dance à com­mu­ni­quer ça aux autres […] Je suis fou. Je par­le tout seul par­fois, je peux taper des colères noires, erra­tiques », Les Inrocks, 29/03/2016.

« J’étais un grand lecteur d’études fémin­istes, j’avais con­sacré une par­tie de mes études à tra­vailler sur Emi­ly Bron­të, sur les prob­lé­ma­tiques de genre. Et je me dis­ais : s’il y a une per­son­ne fémin­iste, c’est bien moi. Puis, en obser­vant com­ment la pen­sée des fémin­istes évolu­ait, j’ai com­pris ce qu’elles voulaient dire : un homme peut être à la lim­ite un allié mais cer­taine­ment pas un fémin­iste. Le prob­lème est tou­jours le même : la dom­i­na­tion de l’homme, c’est aus­si une dom­i­na­tion de lan­gage. Si on par­le à la place des femmes, c’est prob­lé­ma­tique », GQ, 26/11/2019.

« Dans mes émis­sions, pro­gram­mer une femme, c’est tou­jours un acte engagé, mil­i­tant », Ibid.

« Mais, en même temps, je lis et vis avec énor­mé­ment de gour­man­dise. C’est peut-être mon péché cap­i­tal, celui qui peut me faire tomber dans tous les excès, comme dans les années 1990 lorsque j’usais et abu­sais de sub­stances moins catholiques que le cake de ma grand-mère ! », Le Monde, 07/09/2022.

Nébuleuse

  • Philippe Lançon, son mod­èle en jour­nal­isme lorsqu’il était étudiant
  • Bernard Piv­ot, au sujet duquel il affirme « C’est mon idole, il le sait, je lui dis chaque fois que je le croise, je l’appelle « Mon maître » ou « Mon Dieu » et il me répond « Au moins ! ».
  • Lau­re Adler, à qui il doit son pre­mier stage à la Mai­son ronde à 18 ans. A l’issue de celui-ci, elle lui pro­pose de pro­duire un « A voix nue » : « Je suis par­ti sur l’île de Ré avec un réal­isa­teur et un tech­ni­cien pour ren­con­tr­er l’écrivain Edmund White. J’avais 20 ans. À chaque ques­tion (et à chaque réponse), je jouais ma vie ».
  • Mathilde Ser­rel, coor­di­na­trice édi­to­ri­ale de Radio Nova qui le fit venir sur la station.
  • Joseph Macé Scaron, qui le fait entr­er dans l’équipe de Jeux d’épreuves sur France Cul­ture.
  • Lau­rence Bloch, qui vient le chercher pour ani­mer sa pre­mière émis­sion sur Inter à l’été 2011.
  • Renaud Le Van Kim, qui le débauche en 2012 pour la chronique lit­téraire du Grand Jour­nal et qu’il retrou­ve sur BrutX, média que « le pro­duc­teur le plus puis­sant de Paris » a con­fondé en novem­bre 2016 suite à son évic­tion de Canal +.
  • François Bus­nel, son « men­tor, ami et pro­duc­teur ».

Vie privée

Homo­sex­uel assumé, son com­pagnon, Numa Pri­vat, est directeur de l’agence immo­bil­ière Junot dans le Marais. Il con­fesse qu’il songe à « se mari­er et avoir des enfants ». Sa sœur, Con­stance Trape­nard, est prési­dente de JC Lattès.

Ils ont dit

« Prix Baranne pour Augustin Trape­nard de Canal + encore (décidé­ment, c’est la con­sécra­tion) pour ce com­pli­ment à Vale­ria Bruni-Tedeschi : «Vous la faites danser, cette réal­ité, vous la revis­itez, vous la maquillez, vous la sub­limez par le ciné­ma », Libéra­tion, 24/05/2013.

« On l’a écouté et on a com­pris : Augustin Trape­nard, c’est la France. Une cer­taine idée en tout cas, intel­lectuelle, cour­toise en pub­lic et aimant les splen­dides grossièretés en privé, bour­geoise, cul­tivée, mais à fleur de peau aus­si, car roman­tique et éprise de lib­erté, capa­ble, sur un malen­ten­du, de mon­ter une bar­ri­cade pour la beauté du geste, avant de retourn­er pren­dre un café place Dauphine », Libéra­tion, 07/03/2017.

« [J]e songe à Augustin Trape­nard que j’ai plus d’une fois croisé, un sourire idiot sur une face com­mune, le sourire idiot de l’homme con­tent de lui-même, près de la Mai­son de la Radio ; com­ment ne serait-il pas heureux de tout et de rien, d’être heureux d’être heureux de ren­dre heureux si je puis dire, ce spé­cial­iste en andouil­lerie pro­mo­tion­nelle et en boudin livresque, pro­fes­sion­nel de l’Ouverture des esprits à l’Ailleurs, à l’Autre, au Tout-Autre même, à la Lit­téra­ture, à la Poésie, lui qui n’a pas honte (il en est même très fier) d’estimer que Cécile Coulon pour­rait bien être un croise­ment réus­si de Marce­line Des­bor­des-Val­more, Cristi­na Cam­po et même Sylvia Plath (bien sûr, je n’ai sans doute pas besoin de pré­cis­er qu’il n’a pas dû lire une seule ligne de ces écrivains mag­nifiques) », Juan Asen­sio, Philitt, 14/05/2019.

« La cam­pagne de pro­mo­tion de Salam, le doc­u­men­taire auto­bi­ographique de Diam’s, souligne à quel point notre époque n’est pas à une con­tra­dic­tion près. Dans un monde organ­isé autour des croy­ances religieuses de Diam’s, Augustin Trape­nard, jour­nal­iste ouverte­ment gay qui a inter­rogé l’ancienne rappeuse pour le média Brut, aurait été con­damné à mort. », Bernard Rougi­er, L’Express, 07/07/2022.

« Car au pays d’Augustin, tout est lit­téra­ture, comme tout est poésie et comme tout est cul­ture. Con­va­in­cu, comme Can­dide, que « tout est au mieux dans le meilleur des mon­des pos­si­bles », Cet aplatis­seur de mots serait capa­ble d’araser toutes les aspérités pour mieux met­tre au même niveau Baude­laire, Marc Lévy et Chris­tine and the Queens. À côté de lui, même Michel Druck­er passe pour le plus grand des cyniques. Mais l’animateur n’en a cure car ce qui l’intéresse, c’est la lit­téra­ture inclu­sive, celle qui par­le aux « téle­spec­ta­tri­ces et téle­spec­ta­teurs », comme il les appelle sans cesse – lais­sant d’ailleurs peu de place pour les non-binaires, gageons que ce sera la prochaine polémique Twit­ter », Mar­i­anne, 08/09/2022.

« Ah ! Augustin Trape­nard. La pom­made faite homme. Ses ques­tions sont des anal­gésiques puis­sants. Ce soir-là il se sur­pas­sa. Déten­dus, ses invités répondirent des plat­i­tudes en rép­ri­mant un bâille­ment, se citèrent molle­ment, se con­grat­ulèrent mutuelle­ment, dans une langue par­fois étrange et avec une élo­cu­tion sou­vent chao­tique. Salman Rushdie tom­ba rapi­de­ment dans l’oubli. Il ne fut plus ques­tion que du patri­ar­cat occi­den­tal, de la sol­i­dar­ité fémi­nine, de la méchante viril­ité. Augustin Trape­nard, heureux comme un enfant un peu sim­ple d’esprit à qui on ne refuse rien, put dérouler sa pelote de réflex­ions coton­neuses, sans dan­ger, inutiles, et con­tin­uer de pos­er des ques­tions ridicules. Après le pas­sage déli­cat sur Rushdie, cha­cun com­prit que le plus dur était passé et qu’on allait pou­voir con­tin­uer de ron­ron­ner des fadais­es lorsque l’asthénique ani­ma­teur deman­da : « En quoi, par­fois, un livre, ça peut nous réc­on­cili­er ? », Causeur, 24/09/2022.

Crédit pho­to : Georges Biard. Source : Wikimé­dia

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