Patrick Drahi : un empire au cœur du système
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Patrick Drahi : un empire au cœur du système

À la tête d’un empire économique colossal, Patrick Drahi a commencé à s’intéresser aux médias à partir des années 2000, rachetant Libération, L’Express, L’Expansion, Studio Ciné Live, Lire, Mieux vivre votre argent, Classica, etc., avant de lorgner vers le groupe NextRadioTV. À n’en pas douter, il est, et restera peut-être longtemps un homme clé des médias, à moins que son empire à crédit ne s’effondre comme un château de cartes… En attendant, l’Ojim a pris soin de réunir tout ce que l’on sait sur lui pour dresser le portrait le plus précis et le plus complet réalisé à ce jour.

Le point de vue de Bernard-Henri Lévy : « Français d’âme et de cœur et ressortissant suisse, citoyen israélien né à Casablanca, Citizen Drahi régnant sur ce territoire sans limite ni frontière que nous assignent les technologies dont vous êtes l’industriel, vous êtes aussi l’un de ces “Gidiens” que l’“idéologie française” réprouve depuis un siècle mais dont nous avons cruellement besoin en ces temps de lourdeur indigène et d’étouffement chauvin – vous êtes l’un de ces citoyens du monde impossibles à assigner à une “souche”, à enfermer dans une appartenance, à épuiser dans l’un de ces trois “n” (le natal, le national, le naturel) », « Patrick Drahi, les Juifs et l’argent », crif.org, 14/05/2015

Patrick Drahi est né en août 1963 à Casablanca dans une famille de la communauté juive de la ville. Son grand-père « était tailleur, ils ont tous hérité du “gène” des maths. Il compte sept ascendants qui ont été professeurs de maths, dont ses deux parents ! ». Durant la Seconde Guerre mondiale, à la suite des lois prises en 1941 par le gouvernement de Vichy restreignant l’accès des Juifs à certaines professions, son père est renvoyé de l’école où il exerçait parce qu’il « n’était plus assez français » (Patrick Drahi, l’insatiable milliardaire des télécoms », tempsreel.nouvelobs.com, 04/04/2014.

Patrick Drahi et ses parents arrivent en 1978 à Montpellier.

La famille Drahi

Patrick se marie civilement en 1990 à Paris, avec une Syrienne orthodoxe et étudiante en médecine, Lina (Zenie de son nom de jeune fille) rencontrée lors d’une soirée étudiante. Selon le Wall Street Journal, Patrick Drahi a demandé Lina en mariage et elle a accepté une heure seulement après leur première rencontre (« An hour into meeting his future wife, Lina, at a college party in the late 1980s, Mr. Drahi proposed marriage. She said yes », « Little-Known French Billionaire Circles U.S. Cable Market », Wall Street Journal, 10/07/2015). Ils ont eu ensemble quatre enfants dont des jumeaux. Tous les quatre « étudient dans les meilleures écoles à Bristol, Genève et Tel-Aviv, et semblent programmés pour reprendre un jour les commandes. » Le « rêve absolu » de Patrick Drahi est que ses quatre enfants viennent travailler avec lui, « ils sont déjà au courant de ce qui se passe dans le groupe et donnent souvent leur avis. »

Religion

Né dans une famille appartenant à la communauté juive de Casablanca, comme Gad Elmaleh, Alber Elbaz ou Valérie Bénaïm, Patrick Drahi est assez discret sur son engagement religieux. Les sites américains et israéliens, toujours très friands de connaître la pratique religieuse des personnalités, le dépeigne plutôt comme peu actif dans la communauté juive en France ou en Europe, voire détaché du judaïsme («  So far as is known, Drahi is not active in the Jewish community in France or Europe, suggesting that he is focused on his businesses, and that he has little affiliation for his religion. He resides with his wife and four children in Geneva », « “Globes” profiles French Jewish businessman and Hot owner Patrick Drahi. »). Pourtant, il semble s’être marié religieusement sur le tard, en 2014, à la synagogue Beth Yaacov (Grand Synagogue) de Genève (à moins d’une homonymie car il semble que le couple a essayé de camoufler leurs noms). En tout cas, la famille Drahi est active au sein de la Communauté juive libérale de Genève, leurs jumelles y ont fait leur benot-mitzvah (cérémonie de la majorité religieuse pour les filles). Et chaque vendredi soir (le soir du shabbat), « Patrick Drahi saute dans un jet de location pour les retrouver, rassemblés dans l’une ou l’autre de ses propriétés. ».

Sa nationalité

Lors de son installation en Israël en 2009, dans la ville de Tel-Aviv, et sa prise de possession du groupe HOT, Patrick Drahi devient un ressortissant franco-israélien, prenant « la nationalité israélienne – la législation l’imposant à tout actionnaire détenant plus de 20% d’un opérateur. ». Quatre plus tard, en mai 2013, par une sommation juridique de son avocat Alexandre Marque du cabinet Franklin, Patrick Drahi faisait savoir qu’il ne souhaitait pas figurer dans le classement Challenges des 500 premières fortunes françaises car : « M. Drahi a pris la nationalité israélienne et renoncé à la nationalité française. La perte de la nationalité lui est définitivement acquise. Il ne s’agit pas d’une double nationalité franco-israélienne. » En pleine polémique avec Arnaud Montebourg lors du rachat de SFR, le ministre du Redressement Productif jugeant que Patrick Drahi manquait de patriotisme français (« il va falloir que M. Drahi rapatrie l’ensemble de ses possessions et biens en France »), cette information fait désordre. Son entourage affirme ainsi au magazine Challenges qu’il est toujours français, « au moment où il a demandé la nationalité israélienne, il n’a pas fait dans les temps les démarches pour abandonner sa nationalité d’origine. Cela s’est joué à 15 jours près. »

Israël

Patrick Drahi a commencé à s’intéresser à Israël pour des raisons « professionnelles et intellectuelles » (challenges.fr), puis dans la foulée du rachat du premier cablo-opérateur israélien, Hot, en 2009, il s’est installé dans l’État hébreux. C’est un ancien collaborateur de Xavier Niel, Michaël Golan, qui l’a introduit dans le milieu des affaires local. Prenant la nationalité israélienne, habitant « un très bel appartement dans la tour Rothschild qui surplombe Tel-Aviv » (challenges.fr), choisissant ce lieu de résidence car « c’est une ville formidable, avec une super-ambiance et un dynamisme entrepreneurial incroyable » (actuj.com). Devenu l’Israélien le plus riche du pays en 2015 (lepoint.fr), investissant de plus en plus dans le pays, Patrick est devenu, en quelques années, une personnalité israélienne importante. D’ailleurs le président de l’État d’Israël (2007 – 2014), Shimon Pérès, l’a reçu plusieurs fois pour s’entretenir avec lui.

Sionisme

Quant à son engagement sur la question du sionisme, un sujet délicat pour un homme d’affaires à l’envergure international qui doit traiter avec des pays arabes très sourcilleux sur ce point, Patrick Drahi n’y a jamais fait la moindre allusion directement. Mais il laisse parler son entourage sans jamais apporter le moindre démenti… Quand en 2009, en « off », une source (lui ou l’un de ses alliés) affirme dans le journal économique de référence de l’État Hébreux, Globes, que Patrick Drahi « souhaite augmenter ses investissements en Israël » à cause de son « sionisme », il ne démentira pas (« Sources inform “Globes” that Drahi is seeking control of HOT and in recent days has met with representatives of Delek Investments, Fishman Group and Yediot Ahronot and offered to pay NIS 33.50 per share. Drahi has stressed that he is not seeking a hostile takeover but wants to increase his investments in Israel, among other reasons because he is a Zionist », « French businessman buys Leumi stake in HOT », globes.fr, 03/05/2009). La même méthode est utilisée en 2012, « selon des proches » cités par le site économique La Tribune, Patrick Drahi agirait à titre personnel avec « des motivations sionistes sincères afin d’améliorer l’image d’Israël» en lançant une nouvelle chaine d’informations.

Une source toujours anonyme et proche de Patrick Drahi dira sensiblement la même chose au quotidien Haaretz en parlant lors du rachat de la chaine Guysen TV, du fait d’une « motivation sioniste sincère et réelle afin d’aider à améliorer l’image d’Israël en présentant le mode de vie dynamique, moderne, jeune des Israéliens » (« Sources close to Drahi said: “Patrick Drahi has decided to contribute to the Guysen channel, which will operate and be wholly owned by Haim Slutzky, out of a sincere and real Zionist motivation to help improve Israel’s image by presenting the vibrant, modern, young lifestyle of the Israelis who live here. In addition to the content broadcast from Israel, the channel will also document the life of Jewish communities abroad” », « Jewish Media Mogul to Invest in Israeli Version of al-Jazeera News Channel », Haaretz, 26/06/2012). La seule personnalité à avoir publiquement parlé des motivations sionistes de Patrick Drahi est Haim Slutzky, « l’une des dix figures les plus influentes de la télévision israélienne », expliquant dans le même article d’Haaretz que la création d’une nouvelle chaine d’information (voir i24 news) par Patrick Drahi est de « contribuer au sionisme. » (« Slutzky confirmed the report and said the purpose of the new channel would be “to contribute to Zionism”, Haaretz, 26/06/2012). D’ailleurs, l’homme d’affaires franco-israélien est cité comme un exemple à suivre dans un discours du ministre de l’économie de l’époque, Christine Lagarde, appelant les entreprises françaises et israéliennes à se « rapprocher », lors du lancement d’Isralink, le « premier réseau social des entreprises françaises et israéliennes », à l’initiative de la Fondation France-Israël présidée par l’ancienne ministre Nicole Guedj (« Lagarde appelle les entreprises françaises et israéliennes à se “rapprocher » », AFP, 07/03/2011).

Les impôts

Une enquête menée par le site d’informations économiques, Bilan.ch, pour savoir où Patrick Drahi paie ses impôts a fait apparaître que si sa femme, Lina-Nazirah, possède, en tant que propriétaire unique, un domaine de 2.428 m2 dans la luxueuse commune genevoise de Cologny, c’est dans la station de ski de Zermatt, où de « généreux forfaits fiscaux [sont] octroyés aux étrangers par le Valais », qu’il est domicilié fiscalement depuis octobre 2011. « Mais pour recevoir son courrier, il a indiqué une simple case postale à Genève ». Autre découverte des journalistes de Bilan.ch, par le truchement de la société genevoise CANEF, dont l’administrateur unique est l’assistante française de Patrick Drahi, il a récemment acheté deux grandes propriétés à Cologny : en juin 2014, une propriété de 2 987 mètres carrés, pour 20 millions de francs suisses, et, en septembre 2014, un autre terrain de 2.180 m2, pour 18 millions de francs suisses. Au total, Patrick Drahi a « investi plus de 50 millions dans le canton genevois en trois ans pour acquérir diverses propriétés ». Et cette boulimie de foncier n’est pas terminé, via la société NDZ (avec toujours la même assistante comme administratrice unique), Patrick Drahi a acquis pour 49,2 millions de terrain dans la station de ski de Zermatt. Le programme immobilier baptisé «7 Heavens» prévoit la construction de « sept magnifiques chalets de luxe aux surfaces imposantes de 500 à 1.250 m2, conçus sur trois ou quatre niveaux, avec une vue imprenable sur le Cervin ».

Formation

– Lycée Lyautey de Casablanca (Maroc)
– Maths sup/Maths spé
– École Polytechnique [1983]
– Sup Telecom et prépare un doctorat d’optique.

« Plus tard, il tente d’échapper à Polytechnique : pas question de faire l’armée. Son père le ramène dans le droit chemin, mais sitôt débarqué sur le campus, il s’empresse de trouver l’entreprise qui remboursera sa « pantoufle »: Philips lui offre un précontrat. A SupTelecom, le surdoué s’ennuie : il adresse un rapport à l’administration de l’école expliquant comment elle doit se rénover. L’impudent se fait rembarrer, prépare un doctorat d’optique pour se consoler et part en stage six mois à Eindhoven, au siège de Philips, où il planche sur les télécommunications à distance » (challenges.fr).

Parcours professionnel dans les médias

[Télécharger notre infographie consacrée à Patrick Drahi] Parti de rien et grâce à son talent mais aussi à la complaisance des banques, Patrick Drahi s’est bâti un empire économique colossal (propriétaire du consortium luxembourgeois Altice avec la Société générale et le fonds Pechel, dont le tour de table comprend Dassault et LVMH). Il est propriétaire d’une holding personnelle, Next Limited Partnership, immatriculée à Guernesey, laquelle est l’actionnaire majoritaire d’Altice. Altice est le principal actionnaire de l’opérateur français SFR-Numericable, Virgin Mobile, de l’opérateur israélien Hot, mais aussi Portugal Telecom, Orange Dominicana et l’américain Suddenlink). Le franco-israélien commence à s’intéresser aux médias à partir des années 2000. Il fait partie selon L’Expansion des 100 managers qui « profitent des milliards du plan de relance » du gouvernement de Nicolas Sarkozy, « leurs entreprises sont déjà les grands gagnants des commandes publiques et du volontarisme gouvernemental. »(Patrick Drahi est « dopé par les ambitions du gouvernement d’étendre l’accès à l’Internet à haut débit », « Ils profitent des milliards du plan de relance », L’Expansion, février 2009). La même année, Patrick Drahi achète Hot, le câblo-opérateur israélien, spécialiste de la télévision payante, en pleine déconfiture économique. « Étape par étape, l’homme d’affaires réoriente une entreprise focalisée sur l’infrastructure en groupe de médias global », et ce au prix de 2.800 licenciements et d’externalisations à des sous-traitants. Un joli coup économique et médiatique, surtout que les investisseurs français se montraient à cette époque plutôt frileux pour investir en Israël, « la peur des réactions de certains pays arabes ou de mouvements pro-palestiniens appelant au boycott » étant l’une des raisons invoquées pour expliquer la modestie de ces échanges.

Altice Media Group

Altice Media Group (anciennement nommé Mag&NewsCo) est un groupe média, filiale d’Altice, créé en 2015 par Patrick Drahi et Marc Laufer. Cinquième pôle de presse magazine français, Altice Media Group est aujourd’hui dirigé par Marc Laufer et secondé par Bernard Mourad (voir Nébuleuse), ancien banquier chez Morgan Stanley, responsable de la stratégie, du développement international, des acquisitions et des relations institutionnelles. Altice Media Group possède le quotidien Libération, les magazines l’Express, l’Expansion, Studio Ciné Live, Lire, Mieux vivre votre argent, Classica, Pianiste, les revues professionnelles spécialisées Mesures, Électroniques, Point Banque, La Revue des Collectivités Locales, IT for Business, la chaine d’information israélienne i24news et les chaînes thématiques françaises comme Vivolta, Shorts TV, Kombat Sport, Ma Chaîne Sport (MCS Extrême, MCS Bien-être, MCS Tennis, MCS International).

En juillet 2015, Patrick Drahi s’est allié à Alain Weill dans l’optique de racheter le groupe NextRadioTV, (la station de radio RMC, les chaînes BFMTV, RMC Découverte, BFM Business) d’ici 2019, pour un montant de 595 millions d’euros. Pour Patrick Drahi « l’avenir passe par la constitution d’une major de médias intégrant la presse avec Altice Media Group, mais aussi et surtout NextRadioTV (BFM, RMC), dont il détiendra bientôt 30%, sans parler de futures acquisitions.»

Le quotidien Libération

« Quant à mon aventure dans la presse, je vais vous raconter l’anecdote. Lors d’un entretien organisé par Arthur Dreyfuss [directeur de la communication d’Altice, voir le § Nébuleuse], assis à ma droite, avec une journaliste, celle-ci m’a fait remarquer que j’allais dépenser 14 milliards pour racheter SFR et que Libération n’avait besoin que de 14 millions pour être sauvé. À l’issue de l’entretien, j’ai dit à Arthur Dreyfus que nous allions nous saisir du dossier pour sauver ce titre – car enfin ? il s’agissait d’investir un pour mille de l’argent investi dans SFR », « Audition de M. Patrick Drahi, président-directeur général d’Altice à l’Assemblée Nationale », 27/05/2015

En péril, le quotidien a été racheté au printemps 2014 par l’homme d’affaires Bruno Ledoux, associé au président d’Altice, Patrick Drahi. Ils avaient injecté 18 millions d’euros dans Presse Media Participation, le nouveau holding chapeautant le quotidien, détenu à parité par les deux hommes. Ce rachat avait entraîné la démission ou le licenciement d’une centaine de salariés en deux plans de départ. Après l’annonce par Bruno Ledoux de la cession de ses parts dans Libération, un troisième plan de départ a été proposé aux journalistes et employés, et il devrait être au premier trimestre 2016 après le déménagement à la mi-décembre du quotidien de ses locaux de la rue Béranger pour rejoindre le bâtiment d’Altice Media Group.

En dix ans, Libération a perdu près de la moitié de ses effectifs, passant de 340 à 180 salariés. Et malgré une pagination réduite, l’ancien quotidien maoïste a continué à perdre des lecteurs avec une chute de -16% des ventes au mois de septembre.

Le magazine L’Express

Patrick Drahi a racheté en janvier 2015 au groupe belge Roularta les magazines hebdomadaires L’Express et L’Expansion, ainsi que Mieux Vivre Votre Argent, Lire, Classica, Pianiste, Studio Ciné Live et le pôle salon de l’emploi, le tout pour une somme comprise entre 5 et 10 millions d’euros net. Avec 90 millions de déficit selon les estimations, ce rachat a entrainé 115 départs volontaires entrant dans le cadre de la clause de cession ouverte. Le groupe Altice Media Group visant la rentabilité pour chacune de ses filiales médias en 2016, a annoncé en septembre 2015, un nouveau plan social prévoyant le départ de 125 salariés, auxquels il faut ajouter des pigistes. A cette occasion, Christophe Barbier, directeur de la rédaction, pris à partie par ses employés et tenu comme responsable de cette situation désastreuse a essuyé une motion de défiance de la part des journalistes de l’Express. Au final, le groupe passera de 700 salariés à moins de 500. Dans une lettre ouverte transmise à Patrick Drahi, la Société des Journalistes de L’Express (SDJ) appelait leur nouvel actionnaire « à surseoir à tout carnage éditorial et humain » et dénonçait un projet d’une « brutalité aveugle, aussi préjudiciable à la survie de nos titres qu’à vos ambitions ».

La chaîne d’informations israéliennes i24news

En 2012, Drahi rachète la chaine d’information israélienne et francophone, Guysen TV. Créée en 2002 par Guy Senbel, elle était considérée « par les actifs du marché comme une version juive d’Al Jazeera », selon israelvalley.com. Lancée le 17 juillet 2013, i24news (I pour international, information, indépendance, individu, innovation, interactivité et 24 sur 24) est une initiative plus « philanthropique » qu’économique, puisque Patrick Drahi « la finance aujourd’hui à fonds perdus. » Le même mois, la chaîne a emménagé sur le « port très branché de Jaffa, vieille ville arabe rattachée à l’agglomération de Tel-Aviv ». C’est selon Frank Melloul, son PDG, « pour éviter l’enfermement politique de Jérusalem », car Tel-Aviv, est « la ville de l’Israël moderne, et dans un quartier qui parle de la symbolique judéo-arabe. » (« La chaîne i24 News, une activité « philanthropique » », Le Monde, 22/03/2014)

  • Financement : « Patrick Drahi finance quasi intégralement la petite dernière des chaînes d’information internationales. Privée à 100 %, celle-ci fonctionne grâce un budget serré tournant autour de 50 millions de dollars (36 millions d’euros) par an. En attendant, en cas de pertes, c’est M. Drahi qui éponge. A en croire les proches de l’entrepreneur, le lancement d’i24 News est le volet « humaniste » de ses activités israéliennes. « Il ne s’agit pas de gagner de l’argent, ce n’est pas le sujet », assure M. Giami, vice-président de Hot », « La chaîne i24 News, une activité « philanthropique » », Le Monde, 22/03/2014.
  • Fonds : i24news est édité par Newslux SARL. Son capital se répartit entre deux sociétés luxembourgeoises. D’une part, FM Consult SARL (15% du capital), qui appartient à Frank Melloul. D’autre part, Altice IV SA (85% du capital), société de Patrick Drahi détenue par la société panaméenne Jenville SA.
  • Rédaction : Selon Frank Melloul, son PDG, 250 personnes dont 150 journalistes de 35 nationalités ont été embauchées : « il y a des musulmans, des juifs, des chrétiens, des agnostiques qui produisent tous le même contenu ». i24news est diffusée en trois langues – français, arabe et anglais – mais pas en hébreu, « La chaîne i24 News, une activité « philanthropique » », Le Monde, 22/03/2014
  • Diffusion : Elle « couvre potentiellement plus de 850 millions de foyers par les satellites en Afrique, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie », selon le PDG de la chaine Frank Melloul mais pour des raisons réglementaires, elle n’a pas reçu l’autorisation d’émettre en Israël ! (« La chaîne d’info israélienne I24 News veut séduire les annonceurs », lexpansion.lexpress.fr, 12/03/2014). Car le réseau câblé israélien, Hot, appartient aussi à Patrick Drahi. Or, selon les règles anti-trust israéliennes, la diffusion sur Hot de chaînes ayant le même propriétaire est limitée.
  • Novlangue : « Sur le canal français, on préfère parler de Cisjordanie plutôt que de « territoires occupés » ». Et le terme de « colonies » est écarté au profit de celui, plus lisse, d’« implantations » », « La chaîne i24 News, une activité « philanthropique », Le Monde, 22/03/2014.
  • Une chaine people et politique : Voici la liste des personnalités ayant participé en mars 2014, à la soirée de présentation « aux agences de publicité et aux annonceurs potentiels » à Paris : Nathalie Kosciusko-Morizet, Xavier Bertrand, Julien Dray, des intellectuels comme Marek Halter, un imam, Iman Hassen Chalghoumi, des animateurs de télévision ou humoristes comme Michel Drucker, Paul Amar, Ariel Wizman, Sylvain Attal, Christian Malard, Francis Huster, Smaïn, Benjamin Petrover, Karl Zero, Daniela Lumbroso, et le président du Consistoire, Patrick Mergui, étaient présents.
  • Une ambiance délétère : Selon certains témoignages anonymes de nombreux employés de la chaîne recueillis par TéléObs, le patron de la chaîne, Franck Melloul (voir Nébuleuse) « se révélerait un piètre capitaine. Humiliations, hurlements, flicage, licenciements minute et paranoïa : sous couvert d’anonymat, ses troupes dressent ainsi le portrait d’une rédaction placée sous tension permanente. » (« i24News, une chaîne sous haute tension », TéléObs, 04/02/2015. Car « le PDG, plusieurs fois par jour, arrête le choix des sujets qui seront diffusés à l’antenne, court-circuitant une hiérarchie déjà décimée par le renvoi, la démission ou la placardisation de plusieurs de ses cadres » ; s’appuyant « sur un cercle restreint de fidèles chargés de faire régner l’ordre dans la newsroom » dont l’Arabe-Israélienne Lucy Aharish est « sans conteste la pièce maîtresse et la plus redoutée » ainsi que l’Israélien Barouch Levi.

Parcours militant

Non renseigné

Ce qu’il gagne

6ème fortune française, en 2015 il a une fortune estimée à 16 milliards d’euros.

Publications

Aucune

Collaborations

2013

Intervenant lors de la seconde journée de l’innovation France Israël à Tel-Aviv, sous l’égide des présidents François Hollande et Shimon Peres et des Ministres Fleur Pellerin et Naftali Bennett.

2015

Maison de l’UNESCO, Paris – Dans le cadre du 70e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz et de la Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah, l’UNESCO accueille un concert exceptionnel de l’Orchestre symphonique de Jérusalem, sous la direction de Frédéric Chaslin. Cette manifestation a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de la Fondation Patrick et Lina Drahi et de i24 news. ()

2015

Il fait partie du top 100 des personnalités 2014 qui ont influencé positivement la vie juive selon un classement établi par le principal magazine juif américain The Algemeiner, dans la catégorie business. Il n’a pas été choisi à cause de sa fortune mais en tant que président de la chaine d’informations israélienne diffusée au niveau mondial, i24news, donnant le « point de vue d’Israël » au monde entier.

2015

Il reçoit à Paris le prix Scopus de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Le Prix Scopus est la plus haute distinction décernée par les Associations d’Amis de l’Université de Jérusalem à travers le monde, à une personnalité engagée dans des actions éducatives et sociales pour la promotion du progrès et du savoir. Comme le note Le Point, « il est sponsor de l’université depuis plusieurs années, ayant notamment permis le développement du laboratoire de recherche sur le cerveau du génial professeur Idan Segev. Il a également créé la fondation Lina et Patrick Drahi, qui est engagée en faveur de projets de recherches et de Moocs au sein de prestigieuses universités et grandes écoles en France, en Europe et en Israël. » La soirée était présentée par Colombe Schneck, agrémentée d’un dîner gastronomique casher de Yannick Alleno, et en présence de différentes personnalités comme Lily Safra, le Grand rabbin de France, Haïm Korsia, Eric de Rothschild, Maurice Levy, PDG de Publicis, Bernard-Henri Levy, Alain Finkielkraut et Philippe Labro.

Sa fondation Patrick et Lina Drahi (Patrick and Lina Drahi Foundation)

« Cette fondation sert à faire face à ma responsabilité. Quand on a la chance de gagner un petit peu d’argent grâce à son travail, on se doit de participer à des activités à but non lucratif pour aider soit la recherche, soit l’enseignement, soit encore ceux qui en ont besoin, dans tous les pays, quelles que soient la religion, la couleur, la tendance politique. C’est l’objet de la fondation. Et c’est une valeur que j’ai à cœur d’inculquer à mes enfants : on n’est pas là seulement pour gagner de l’argent dans l’industrie, on est là aussi pour aider ceux qui ont besoin de l’être. Nous sommes spécialisés dans trois domaines : la recherche scientifique, l’éducation et la santé, d’où la recherche sur le cerveau. Un tel projet rassemble des chercheurs en France, en Suisse, au Portugal, en Israël, qui travaillent indépendamment des problèmes politiques », « Audition de M. Patrick Drahi, président-directeur général d’Altice à l’Assemblée Nationale », 27/05/2015.

« Celui qui taille dans les effectifs chez SFR, rogne la facture de ses sous-traitants ou qui lésine à payer les factures de ses sous-traitants devient ainsi le plus généreux donateur de l’X ! A une nuance près, ce n’est pas le groupe Altice qui régale, mais Patrick Drahi lui-même à travers sa fondation Patrick et Lina Drahi, du nom de son épouse. Visiblement moins regardant à la dépense pour sa fondation que pour son entreprise. » Capital.fr, 26/06/2015.

Financements opérés par la fondation

– une école de musique classique « Keshet Eilon » en Israël situé dans le Kibboutz d’Eilon (au nord d’Israël) ;

– un don de 3 millions de dollar à l’Université Hébraïque de Jérusalem ;

– l’École polytechnique en France avec un don de 7 millions d’euros, l’ancien polytechnicien devenant le premier mécène privé. Ce don, pour « pouvoir soutenir des projets ciblés » (interview de Jean-Bernard Lartigue, délégué général de la fondation Polytechnique au site letudiant.fr) permettra de financer le nouveau bâtiment « Fibre Entrepreneur – Drahi X-Novation Center qui ouvrira prochainement sur le campus de l’X. (…) avec un espace d’une surface totale de 2 500m² constituera un espace unique de création, d’expérimentation et de prototypage, d’enseignement, d’incubation et d’accélération. »

Il l’a dit

Discours prononcé au dîner de l’Université hébraïque de Jérusalem à Paris, le 18 mars dernier : « Depuis que j’ai donné, je vous le dis comme je le ressens, je ne peux plus m’en passer. Donner est devenu un besoin (…) La philanthropie, c’est préparer l’avenir. C’est être responsable de la formation des millions de jeunes qui préparent l’avenir. La philanthropie revient en quelque sorte à se mettre au service de la civilisation et de la paix. C’est, en réalité, agir en bon père de famille », « Patrick Drahi, Prix Scopus 2015 », actuj.com, 29/03/2015.

« Si un manager vient me voir pour me présenter un consultant, je le vire et je garde le consultant (…) Je fais 100 % confiance à mes collaborateurs. Ils n’ont pas la bride au cou, même s’il m’arrive de leur téléphoner en pleine nuit (…) Le jour où je ne fais plus confiance qu’à 99 %, je vire », « Patrick Drahi. Il a reçu un accueil de rock star à Wall Street », Ouest-france.fr, 18/09/2015.

« Le milliardaire a assumé vouloir “se faire de l’argent comme tout entrepreneur” », ibid.

« Quand tu pars de nulle part, tu dois te surpasser, j’ai frappé à toutes les portes, je connais tous les banquiers de la place, mais je ne vais pas dans les cercles, clubs et autres dîners mondains », « Numéricable-SFR : Patrick Drahi, un tycoon très discret », lepoint.fr, 09/01/2014.

« Je ne parlais pas un mot d’hébreu mais j’ai racheté l’opérateur Hot en 2009 et je me suis installé dans la foulée à Tel- Aviv. C’est une ville formidable, avec des tours en construction, une super ambiance, un dynamisme entrepreneurial incroyable », ibid.

« La qualité technique sur le réseau SFR n’était plus à la hauteur. Que fait-on quand un champion comme l’OM ou le PSG est rétrogradé en troisième division en gardant les mêmes joueurs, puisqu’on s’est engagé à maintenir les emplois ? On n’a pas d’autre choix que de changer l’entraîneur et le capitaine de l’équipe. C’est ce que j’ai fait : j’ai changé tout le management, et en une semaine. Parce qu’on ne fait pas du neuf avec de l’ancien, on ne gagne pas avec des gens qui depuis trois ans ne gagnent pas », « Audition de M. Patrick Drahi, président-directeur général d’Altice à l’Assemblée Nationale », 27/05/2015.

« Nos méthodes de gestion sont différentes de celles des autres, car nous avançons assez vite. Moi, quand je fais une réunion, je prends une décision tout de suite, quitte à organiser une deuxième réunion le lendemain si la décision n’est pas bonne. Rien ne sert de tenir des réunions à l’issue desquelles la décision est d’organiser une autre réunion pour savoir ce qu’on va décider ! Les choses vont donc vite avec moi, mais les gens apprécient », « Audition de M. Patrick Drahi, président-directeur général d’Altice à l’Assemblée Nationale », 27/05/2015.

« Je n’ai jamais planté personne de toute ma carrière », ibid.

« Vais-je participer aux enchères des fréquences 700 MHz ? Je vais vous faire plaisir : oui, je vais le faire, parce que c’est un devoir national pour moi, parce que je ne peux pas gagner de l’argent sans l’investir dans le système », ibid.

« Nous faisons les choses, certes, rapidement et avec ambition, mais de façon conservatrice. Car, je vous l’ai dit, 63 % de l’entreprise sont dans mes mains et, j’espère un jour, dans celles de mes enfants. Je ne vais pas me lancer dans une croissance boulimique au risque d’hypothéquer l’avenir de l’entreprise et donc celle de ma famille », ibid.

« Pour autant, l’objectif n’est pas de réduire notre endettement, mais de faire de la croissance. Quand on est focalisé sur la réduction de son endettement, c’est qu’on a un problème de croissance. Si vous êtes en décroissance, votre plus gros problème est votre dette ; si vous êtes en croissance, c’est de savoir quelle va être votre prochaine avenue de croissance – et non pas comment faire pour rembourser votre dette, puisqu’elle se rembourse en cinq ans. Si j’arrête mon développement soi-disant boulimique, dans cinq ans j’aurai zéro dette. Et alors ? Cela serait idiot car je ne ferais pas de croissance pendant cinq ans. Mieux vaut faire de la croissance en gardant le pied près de l’accélérateur et du frein, tout en regardant dans le rétroviseur, c’est-à-dire en conduisant la voiture », ibid.

« L’euro existera-t-il encore dans dix ans ? On n’en est pas sûr à 100 % ; et moi, je ne veux pas mettre mes 35 000 collaborateurs en péril parce qu’on n’aurait plus d’euros en France, au Portugal ou en Belgique. Que se passerait-il sinon ? On serait très mal, toutes les entreprises françaises seraient dans les mains de ceux qui prêtent l’argent. Or vous savez très bien qui prête l’argent… », ibid.

Sa nébuleuse

Armando Pereira

« Arrivé du Portugal à 14 ans, sans un sou, cet homme d’affaires autodidacte aux méthodes radicales dirige, avec Patrick Drahi, un géant des télécoms Altice », « Armando Pereira : le mystérieux copilote de Numericable-SFR », Le Parisien, 28/01/2015.

« La 19ème fortune de France », ibid.

Né en mars 1952 dans une « famille d’agriculteurs à Guilhofrei, petit village à l’extrême nord du Portugal, il quitte l’école à 11 ans et travaille comme plombier. A 14, il prend, seul, la route de la France ». Il devient installateur téléphonique « pour raccorder les câbles chez des centaines de Lorrains », puis il crée en 1985, à 33 ans, sa propre société d’installation, Sogetrel, basée à Thaon-Les-Vosges, qui devient l’un des principaux sous-traitants de France Télécom. Il rencontre Patrick Drahi en 1993, tous les deux « immigrés, entrepreneurs et travailleurs acharnés, ils s’entendent à merveille. » Armando Pereira revend son entreprise en 1999 et rejoint son ami Patrick Drahi, en 2002, dans la holding Altice. « Pour 24 000 euros, il acquiert 20 % des parts. Drahi en garde 51 %. Les autres sont détenues par Angélique Benetti (9 %), une ancienne du Conseil supérieur de l’audiovisuel, aujourd’hui directrice des contenus chez SFR, et Bruno Moineville (20 %), qui n’exerce plus de fonction chez Altice. » Homme discret et fuyant les médias, Armando Pereira « supervise l’intégration de chaque nouvelle entité, avec une rigueur assumée : « Nous coupons les coûts sur les choses superflues (…) Nos salariés doivent avoir ce qui leur faut pour travailler, pas plus », confiait-il à Sabado. » N’apparaissant « dans aucun document officiel », il « n’a donné qu’une interview dans sa vie (à l’hebdomadaire portugais Sabado) ». Son patrimoine personnel serait de 3,2 milliards d’euros.

Frank Melloul

Frank Melloul, né le 2 juillet 1973 à Fribourg (Suisse), préside depuis 2013 la chaîne d’information internationale i24news (il en détient 15 %). Originaire de Fribourg, il a grandi à Lausanne avant d’entamer ses études l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Ancien conseiller technique chargé de la presse auprès de Dominique de Villepin, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur et Premier ministre, ce spécialiste des questions internationales a chapeauté la stratégie de l’Audiovisuel extérieur de la France – regroupant notamment France24, RFI, et la TV partenaire TV5 Monde, avant de briguer – en vain – une investiture UMP pour les législatives de 2012. Présent au dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) en 2006 (Faits & Documents n°212) et 2007 (Faits & Documents n°230). Il inaugure les dîners politiques de l’Union des Patrons et des Professionnels Juifs de France en novembre 2006.

Grégoire Chertok, banquier star chez Rothschild

Fils du célèbre psychiatre Léon Chertok et d’Odette Goldmutz, ce banquier (né en avril 1966), marié à Élisabeth de Castex, père de 4 enfants, est le relais de Patrick Drahi auprès des banques d’investissement. Il est conjointement depuis 2007 membre du Comité Exécutif de Rothschild & Cie et co-chairman du GIBCC (Group Investment Banking Client Committee) depuis 2008. En parallèle de ses activités professionnelles, Grégoire Chertok est vice-président de la Fédération de Paris du Parti radical valoisien, dont il est membre du comité exécutif national, adjoint au maire UMP du 16e arrondissement de Paris depuis 2008, chargé de l’urbanisme et de l’architecture, Grégoire Chertok est depuis 2010 conseiller régional d’Île-de-France. Lors des élections municipales de 2014 à Paris, il est élu conseiller de Paris. Il participe au groupe de travail de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), créé en 2003 comme un think thank de l’UMP (Les Républicains) (Faits & Documents n°164). Grégoire Chertok est le meilleur ami (de longue date) du président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé.

Bernard Mourad

Né le 2 octobre 1974 au Liban, d’un père libanais chrétien et d’une mère juive d’origine marocaine, ancien directeur général de la banque américaine Morgan Stanley, il la quitte en 2015 pour prendre la présidence d’Altice Media Group. Considéré comme le bras droit de Patrick Drahi, il le rencontre avec Dexter Goeien en 2004 lors du rachat de Noos. Bernard Mourad est un proche du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron et de Stéphane Fouks, intime de Valls, et vice-président du groupe de conseil en communication Havas.

Vincent Bolloré

« Selon la ­version officielle, Drahi doit sa victoire contre Bouygues [lors du rachat de SFR en 2014] à l’opiniâtreté de Jean-René Fourtou, 74 ans. Le président du conseil de surveillance de Vivendi aurait convaincu un à un les administrateurs d’opter pour Numericable. C’est faire beaucoup d’honneur à ce préretraité de luxe. En réalité, ce choix s’explique surtout par l’intense lobbying d’un membre du board qui ne s’est jamais exprimé publiquement : Vincent Bolloré, détenteur de 5% de Vivendi. Contrairement à ce qui s’est écrit, le milliardaire breton ne s’est jamais rabiboché avec Martin Bouygues, dont il avait tenté de racheter le groupe en 1997. « Son inimitié pour Martin a bien plus pesé que le soutien de Fourtou, nous révèle un administrateur de Vivendi. Même en augmentant encore son offre, Bouygues n’avait pratiquement aucune chance de gagner », « Les petits secrets de Patrick Drahi, président de Numericable », capital.fr, 02/05/2014.

Arthur Dreyfuss

En 2014, Stéphane Fouks (patron de Havas Worldwide, numéro un du conseil aux entreprises en France, ancien communicant de Dominique Strauss-Kahn), a confié le dossier communication de son ami Patrick Drahi à Arthur Dreyfuss, « l’un de ses jeunes disciples » et directeur conseil chez Havas Worlwide (2011-2014). Pour Patrick Drahi, « la mission d’Arthur, c’est de me rendre invisible. » Cet ancien président de la section lyonnaise de l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF) lors de son passage à l’université Lyon III (2003-2006) est désormais le directeur de la communication d’ALTICE, « le benjamin de l’équipe qui constitue le premier cercle » de Patrick Drahi. Arthur Dreyfuss a par ailleurs occupé, de 2006 à 2011, différents postes au sein des ministères de la Justice (chargé de mission, auprès du porte-parole, cabinet du Garde des Sceaux ; porte-parole adjoint), des Affaires étrangères (Chargé de mission presse et communication au cabinet du ministre d’État) ou d’Équipement. À l’occasion d’un voyage au Rwanda organisé par l’UEJF en 2006 et avec la participation notamment de Christiane Taubira (à cette époque députée de Guyane), de Dominique Sopo (président de SOS Racisme) ou de Richard Prasquier, Arthur Dreyffuss revient sur son engagement dans l’ouvrage Rwanda : pour un dialogue des mémoires, expliquant qu’en tant que « petit-fils de cette génération de qui a frôlé l’enfer », il porte en lui, « naturellement, la mémoire traumatique de la Shoah, mais aussi toutes les mémoires juives vivantes. » Il était présent lors du diner du CRIF 2010 (Faits & Documents n°292).

Ils l’ont dit

Texte révisé de l’allocution prononcée par Bernard-Henri Lévy le 18 mars 2015, à l’occasion de la remise à Patrick Drahi du Prix Scopus de l’Université Hébraïque de Jérusalem : « Français d’âme et de cœur et ressortissant suisse, citoyen israélien né à Casablanca, Citizen Drahi régnant sur ce territoire sans limite ni frontière que nous assignent les technologies dont vous êtes l’industriel, vous êtes aussi l’un de ces “Gidiens” que l’“idéologie française” réprouve depuis un siècle mais dont nous avons cruellement besoin en ces temps de lourdeur indigène et d’étouffement chauvin – vous êtes l’un de ces citoyens du monde impossibles à assigner à une “souche”, à enfermer dans une appartenance, à épuiser dans l’un de ces trois “n” (le natal, le national, le naturel) dont j’ai dit, dans un texte récent, combien ils appauvrissent cette humanité dont vous venez, vous-même, de nous rappeler qu’elle n’exerce encore qu’une très infime partie de son infinie capacité d’intelligence et de pensée – et, pour cela aussi, je vous salue », « Patrick Drahi, les Juifs et l’argent », crif.org, 14/05/2015.

« et c’est très précisément ce que vient de nous dire Patrick Drahi, tout à l’heure, dans ce film où il ne nous confiait donc pas grand-chose mais où il disait tout de même qu’il ne se trouvait jamais assez riche, qu’il trouvait que ses collaborateurs ne l’étaient jamais assez non plus et où il concluait que l’essentiel, pour lui, est toujours, non dans ce qu’il est en train de réussir, mais dans ce que sa nouvelle « sortie » lui permet d’espérer réussir demain, après-demain, ou encore après », ibid.

« À Jérusalem, il fait partie des personnes qui comptent. Shimon Pérès l’a reçu plusieurs fois », « Patrick Drahi, le surdoué qu’on n’a pas vu venir », actuj.com, 01/04/2014.

« Cette chaîne privée (…) défendrait un point de vue israélien, et renforcerait ainsi l’image d’Israël », « Un Franco-Israélien planche sur une chaîne d’info continue en français sur le Moyen-Orient », Le Figaro, 26/06/2012.

« Patrice Giami, son représentant en Israël et vice-président de Hot : « S’implanter ici [en Israël] était initialement une décision très rationnelle en rapport avec une opportunité industrielle. Puis est venu un intérêt, un attachement beaucoup plus sentimental pour ce pays, son état d’esprit et le projet qu’il incarne… », « Le « labo » israélien de Patrick Drahi », LeMonde.fr, 21/03/2014.

« Il ne parle guère l’hébreu, a pris la nationalité israélienne sur le tard et ne vient à Tel-Aviv que quelques jours par mois. Pourtant Israël est bien pour Patrick Drahi une terre d’élection », ibid.

« Salle archi-comble, applaudissements : Wall Street a réservé au milliardaire franco-israélien Patrick Drahi, consacré magnat du câble aux Etats-Unis, un accueil de rock star. Bousculades et jeux de coudes étaient de mise entre banquiers et analystes financiers en vue, qui avaient été conviés jeudi par la banque Goldman Sachs à un grand raout annuel des médias et télécoms dans un hôtel de luxe du quartier des affaires de Manhattan. (…) Son « triomphe » new-yorkais s’est poursuivi avec des rendez-vous individuels avec des grands patrons et des gros investisseurs américains », « Patrick Drahi. Il a reçu un accueil de rock star à Wall Street », Ouest-france.fr, 18/09/2015.

« Il ne fait d’ailleurs pas mystère de son sionisme : c’est lui qui a créé à Tel-Aviv la chaîne d’information i24news pour défendre le point de vue israélien en dehors de ses frontières », « Patrick Drahi, l’insatiable milliardaire des télécoms », tempsreel.nouvelobs.com, 04/04/2014.

Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif

« Il va falloir que Monsieur Drahi rapatrie l’ensemble de ses possessions et biens à Paris, en France, et donc nous avons des questions fiscales à lui poser », « Le gouvernement met Numericable sous surveillance », Europe1.fr, 14/03/2015.

« Et il y a un problème fiscal puisque Numericable a une holding au Luxembourg, son entreprise est cotée à la Bourse d’Amsterdam, sa participation personnelle est à Guernesey dans un paradis fiscal de Sa Majesté la Reine d’Angleterre, et que lui-même est résident suisse », ibid.

« Il joue systématiquement le côté affectif, témoigne un concurrent. Mais sa vraie force, c’est d’aller vite : il n’attend pas d’avoir un cadre réglementaire propre, il passe en force et régularise ensuite », « Comment Patrick Drahi, le patron de Numericable, a bâti sa fortune », challenges.fr, 17/03/2014.

Israël

« D’autant que ce Séfarade né au Maroc a développé avec Israël un lien particulier. Il adore Tel-Aviv, où il possède un appartement dans la luxueuse tour Rothschild. », LeMonde.fr, 21/03/2014.

Crédit photo : capture d’écran vidéo Euronext TV via Youtube (DR)

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