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Fabrice Leggeri, Mathilde Panot : l’indignation médiatique à géométrie variable ?

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30 avril 2024

Temps de lecture : 6 minutes
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Fabrice Leggeri, Mathilde Panot : l’indignation médiatique à géométrie variable ?

Temps de lecture : 6 minutes

À l’approche des élections européennes, les actions en justice contre les ténors des différents partis et contre les candidats aux élections vont bon train. Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, est visée pour apologie du terrorisme, et Fabrice Leggeri, troisième sur la liste du Rassemblement national aux élections européennes, est accusé de crime contre l’humanité. Quel traitement médiatique pour ces deux affaires ?

Les citations de l’attaque pour Leggeri, de la défense pour Panot

Lorsqu’une per­son­nal­ité poli­tique de pre­mier plan, comme le sont Mathilde Pan­ot et Fab­rice Leg­geri, est pour­suiv­ie en jus­tice, les pris­es de posi­tions abon­dent, qu’elles vien­nent de leurs adver­saires ou de leurs alliés. Il n’est donc pas dif­fi­cile pour un jour­nal­iste d’écrire un arti­cle ayant l’air rel­a­tive­ment neu­tre : il suf­fit de repren­dre des citations.

C’est ce qu’on fait l’ensemble des médias pour relater l’accusation par deux ONG, Utopia 56 et la Ligue des droits de l’Homme, de Fab­rice Leg­geri pour crimes con­tre l’humanité. Pour un résul­tat plus ou moins mil­i­tant, avec sou­vent une absence de mise en per­spec­tive. Puisqu’il y a procé­dure de jus­tice, que l’un se dit inno­cent et que les autres le dis­ent coupable, il faut bien que cer­tains dis­ent la vérité et que d’autres, à tout le moins, se trompent. Il n’existe guère qu’une façon de don­ner plus ou moins de crédit aux cita­tions : les faire éman­er de professionnels.

C’est ain­si que l’avocate de Mathilde Pan­ot est reprise par les médias, ain­si que celui… de la Ligue des droits de l’Homme et d’Utopia 56, qui attaque­nt Fab­rice Leg­geri. Dans un cas, la parole est à la défense (Pan­ot), dans l’autre, elle est à l’accusation (Leg­geri).

Mathilde Panot a droit à la mise en perspective médiatique

Il se trou­ve que met­tre en per­spec­tive des accu­sa­tions et éclair­er les lecteurs ou audi­teurs sur la cul­pa­bil­ité ou non de mis en cause, cela demande enquête, recherche, bref, tra­vail jour­nal­is­tique. Un tra­vail que l’on fait volon­tiers pour Mathilde Pan­ot. France info, qui rap­porte sobre­ment les pris­es de posi­tions des uns et des autres quand elle traite le cas de Fab­rice Leg­geri, est plus pro­lixe pour la prési­dente de La France insoumise à l’Assemblée nationale. L’article explique com­ment sont traitées les plaintes, ce que dit le Code pénal, la déf­i­ni­tion de l’apologie du ter­ror­isme, les peines qui men­a­cent les coupables… Bref, tout ce qu’il faut savoir pour se faire une idée des actes reprochées à Mathilde Pan­ot, et tout ce que l’on n’a pas pour Fab­rice Leg­geri. Le temps a‑t-il man­qué aux jour­nal­istes, ou s’agit t’il d’une ten­ta­tive pour blanchir l’un et acca­bler l’autre ?

Pour avoir des informations précises, lisez la PQR

Dans l’affaire de Fab­rice Leg­geri, on cite le com­mu­niqué de la Ligue des droits de l’homme et d’Utopia 56. Dans celle de Mathilde Pan­ot, on s’appuie sur le com­mu­niqué de presse incrim­iné. Pub­lié le 7 octo­bre, quelques heures après le mas­sacre per­pétré par le Hamas, il affir­mait que l’attaque était « une offen­sive armée de forces pales­tini­ennes », qui inter­ve­nait en par­al­lèle, pour ne pas dire en réponse à une « inten­si­fi­ca­tion de la poli­tique d’oc­cu­pa­tion israéli­enne à Gaza, en Cisjor­danie et à Jérusalem Est ». Une expres­sion pour le moins mal­adroite. Sud Ouest note que « de nom­breux élus Insoumis avaient recon­nu après coup que le com­mu­niqué avait été mal rédigé. » Pour­tant, quand on est l’un des pre­miers par­tis d’opposition, présent à l’Assemblée nationale et à toutes les élec­tions, on fait atten­tion à ce que l’on écrit.

Quand les médias aiment montrer la « non-gauche » sous un mauvais jour

Les cita­tions, cela s’explique si l’on veut leur don­ner une couleur. BFMTV pré­cise que si la gauche « a con­damné » la con­vo­ca­tion par la police de Mathilde Pan­ot, « la majorité et la droite sont quant à elles restées dis­crètes ou se sont réjouies », avec cita­tions à l’appui pour ce qui est de la majorité. Exhaus­tiv­ité jour­nal­is­tique ou ten­ta­tive de point­er les enne­mis de la démoc­ra­tie, qui n’ont pas le bon goût de plain­dre ceux de leurs adver­saires que la jus­tice ennuie ? Lais­sons le béné­fice du doute, mais notons tout de même que Fab­rice Leg­geri n’a pas eu droit à ce type de pré­ci­sions. Il faut dire que la gauche a ten­dance à se réjouir plus bruyam­ment que la droite des déboires de ses adver­saires, et que le résul­tat n’est pas tou­jours de la pre­mière élégance.

Frontex : ce qui se cache derrière les accusations

Fab­rice Leg­geri a été directeur de Fron­tex de 2015 à 2019. Son man­dat com­mence donc pen­dant la crise migra­toire. Le bud­get de l’agence aug­mente, on engage des gardes-fron­tières, et on met sur pied des opéra­tions en Méditer­ranée. Comme l’Union européenne doit enreg­istr­er la demande d’asile de tout migrant arrivé sur le sol européen, il faut que les bateaux soient ren­voyés sur les côtes turques ou libyennes.

Néan­moins, en Libye se trou­vent des marchés aux esclaves large­ment appro­vi­sion­nés par les bateaux de migrants qui échouent par­fois sur les côtes. La Ligue des droits de l’homme et Utopia 56 esti­ment dont que Fab­rice Leg­geri a « dénaturé » Fron­tex en n’agissant pas cor­recte­ment face aux bateaux en « sit­u­a­tion de détresse », qu’il aurait fal­lu accueil­lir en Europe au lieu de les ren­voy­er sur des côtes dangereuses.

Autrement dit, la mis­sion de Fron­tex ne serait pas de pro­téger l’Europe et les européens mais d’organiser au mieux les deman­des d’asile, une dénat­u­ra­tion pure et sim­ple des objec­tifs de Frontex.

Un dossier OJIM sur Frontex

Puisque les médias n’ont pas jugé bon de le faire, étu­dions l’action de Fron­tex et ses liens ou non avec des crimes con­tre l’humanité. L’agence peut affréter des avions char­ters pour rap­a­tri­er des migrants illé­gaux ou envoy­er des équipes d’intervention ponctuelles aux États qui se trou­veraient sous un afflux mas­sif de migrants. Elle est conçue pour ne marcher que sur un pied et sous l’œil inquisi­teur tou­jours malveil­lant de pays du nord, peu con­cernés par l’immigration mais très attachés aux fameux droits de l’homme. D’un côté on demande à Fron­tex de faire bar­rage à l’immigration sauvage et d’un autre côté on lui lie les mains lorsqu’elle rem­plit sa mis­sion. C’est ce para­doxe qui con­duira Fab­rice Leg­geri à démis­sion­ner de son poste.

L’Observatoire du Jour­nal­isme a pub­lié en décem­bre 2022 un dossier numérique sur Fron­tex. Ce dossier est réservé en pri­or­ité à nos dona­teurs, pour tout savoir sur Fron­tex et Fab­rice Lig­geri, DONNEZ ICI.