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Une journaliste précaire de France Inter dénonce l’hypocrisie de Patrick Cohen

16 mars 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Une journaliste précaire de France Inter dénonce l’hypocrisie de Patrick Cohen

Souvenez-vous. Mardi 10 mars, Patrick Cohen découpait sa carte de presse en direct à l’antenne de France Inter, en solidarité avec sa consœur Pascale Clark qui s’était vue refuser le renouvellement de la sienne. Acte courageux ou… caprice ridicule ? Plutôt la deuxième suggestion à en croire une journaliste anonyme de la station…

Dans « Le Plus » de L’Obs, cette jour­nal­iste tit­u­laire d’un CDD dénonce un Patrick Cohen coupé des réal­ités. D’ailleurs, « dans la mai­son, les stars de la mati­nale sont à peu près aus­si acces­si­bles pour les jour­nal­istes de la boîte que pour le reste de la France », c’est dire… Et celle-ci de dress­er le por­trait de l’échelle sociale de France Inter : « Tout en bas de l’échelle, il y a le sta­giaire – qui n’a pas de prénom– puis le pigiste, le CDD (moi) et enfin le Graal : la tit­u­lar­i­sa­tion. »

Pour­tant, Marie, c’é­tait « (son) rêve » que de tra­vailler dans cette mai­son. Aujour­d’hui, elle con­serve ses illu­sions mais ne peut que con­stater une réal­ité des plus dif­fi­ciles. « Payée 65 euros net la journée, je pense que j’ai vécu en dessous du seuil de pau­vreté en bossant par­fois jusqu’à 15 heures par jour… », con­fesse-t-elle en évo­quant ses débuts.

Aujour­d’hui, elle a eu accès au « plan­ning » et s’es­time « bien payée, à la hau­teur de ce que je fais. Mais les con­di­tions de tra­vail sont assez inhu­maines »... Le plan­ning, à Radio France, c’est une sorte de liste d’at­tente où l’on est placé pour pou­voir rem­plac­er, à tout moment et partout en France, les tit­u­laires en place. « Être CDD à Radio France, c’est faire une croix sur Noël, les vacances sco­laires et le Nou­v­el an. Les vacances, c’est jan­vi­er ou novem­bre », explique la jeune jour­nal­iste.

Mais qu’en est-il pour les tit­u­laires que sont, par exem­ple, Patrick Cohen et Pas­cale Clark ? « Une fois tit­u­lar­isés, les jour­nal­istes de Radio France sont très pro­tégés. Par­fois j’enrage. Cer­tains devraient être à la retraite, n’ont plus envie de tra­vailler, voire font des erreurs fla­grantes… mais restent en place quand, moi, je me serais faite éjecter dans la minute. Ce sys­tème à deux vitesses est incom­préhen­si­ble », peste-t-elle.

Et de juger que « le sys­tème est vicieux parce que nous sommes décon­nec­tés de notre quo­ti­di­en, ce qui nous empêche d’avoir du recul sur ce qu’on vit ». Un exem­ple ? « Je con­nais cer­tains jour­nal­istes, présen­ta­teurs à Paris depuis 10 ou 15 ans et qui ne savent plus ce qu’est le ter­rain. Ils par­lent d’agriculture mais n’ont pas par­lé à un agricul­teur depuis des années »…

« Je suis un bouche-trou, mais je suis un bouche-trou dans un méti­er et une entre­prise que j’adore. C’est d’autant plus frus­trant », ajoute Marie. Après avoir vu Patrick Cohen se don­ner en spec­ta­cle en découpant sa carte de presse, elle aimerait « un peu plus de recon­nais­sance de la part de ceux qu’on rem­place, de ceux qui nous embauchent. S’ils peu­vent voir grandir leurs enfants et pass­er Noël en famille, c’est parce qu’un de nous les rem­place. Et nous, on habite à l’hôtel la moitié de l’année. »

Mais cette dernière ne se plaint pas pour autant. « J’ai signé pour ça, je ne suis pas une vic­time, mais j’aimerais qu’on soit traités avec plus de com­préhen­sion et d’humanité », explique-t-elle. Et de con­clure, lucide : « Du haut de sa tour d’ivoire, je ne pense pas que Patrick Cohen se rende compte de ce à quoi ressem­blent les vies des jour­nal­istes de Radio France. »

Car à ce jour, à notre con­nais­sance, per­son­ne n’a encore découpé publique­ment sa carte de presse pour dénon­cer les con­di­tions de tra­vail des jour­nal­istes de la base…

Voir nos portraits de Patrick Cohen et de Pascale Clark, ainsi que notre infographie de Radio France

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