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Un pas de plus vers l’encadrement des journalistes avec la création d’un Conseil de Déontologie ?

8 décembre 2019

Temps de lecture : 3 minutes
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Un pas de plus vers l’encadrement des journalistes avec la création d’un Conseil de Déontologie ?

Le 2 décembre 2019 a été mis en place sous la forme d’une association loi 1901, le “Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation” (CDJM). Prévu comme une “instance d’autorégulation, indépendante de l’État”, le projet laisse déjà sceptique une partie du monde médiatique.

L’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI) à l’initiative

L’idée de créer un con­seil déon­tologique pro­pre à la pro­fes­sion jour­nal­is­tique n’est pas nou­veau. Exis­tant dans une ving­taine de pays européens ( de notre côté, nous avons le CSA), le sujet est revenu sur le devant de la scène en mars 2019. Emmanuel Hoog, ancien PDG de l’AFP et de l’INA, avait remis au gou­verne­ment un rap­port, com­mandé par ce dernier, faisant la pro­mo­tion d’une telle instance. Depuis Emmanuel Hoog a rejoint le groupe de presse de Daniel Kretinsky.

ODI, vieux cheval de retour

L’ODI est à l’initiative de cette créa­tion début décem­bre. Asso­ci­a­tion créée en 2012 par l’historien des médias Patrick Eveno, dont la mis­sion prin­ci­pale est de “con­tribuer, par ses réflex­ions, ses travaux et la com­mu­ni­ca­tion de ceux-ci, à la prise de con­science de l’importance de la déon­tolo­gie dans la col­lecte, la mise en forme et la dif­fu­sion de l’information au pub­lic”, en somme, un rôle très sim­i­laire à celui du futur Con­seil.

L’ODI est soutenu dans cette démarche par le syn­di­cat nation­al des jour­nal­istes et la CFDT Jour­nal­istes ain­si que des col­lec­tifs comme des col­lec­tifs Informer n’est pas un délit, Pro­fes­sion pigiste ou le fémin­iste Prenons la une, tous pen­chant à gauche ; la Fédéra­tion des agences de presse (FFAP) et des mem­bres de sociétés de lecteurs comme celle du Monde. Les grands médias sont pour l’heure aux abon­nés absents.

Qu’est ce que le CDJM ?

Le CDJM a pour but prin­ci­pal, celui “d’émettre des avis sur le respect des pra­tiques pro­fes­sion­nelles des médias d’information, après sai­sine du pub­lic ou auto-sai­sine”, il n’aura pas de pou­voir de sanc­tion.

L’idée est d’apporter “une réponse à la crise de con­fi­ance du pub­lic envers les médias et aux ten­ta­tives de manip­u­la­tion de l’information” (sic). Pas un mot sur le plu­ral­isme dans les médias. Il existe déjà des chartes de jour­nal­istes (charte de Munich entre autres) et on ne voit pas très bien en quoi la créa­tion d’un comité Théo­d­ule va redonner “con­fi­ance” dans une société médi­a­tique où la bien-pen­sance règne déjà en maître.

Au niveau de la struc­ture, cette dernière serait tri­par­tite avec un col­lège regroupant des jour­nal­istes, un autre des édi­teurs et enfin, un dernier le pub­lic. Chaque col­lège serait com­posé de dix tit­u­laires.

À peine né, déjà critiqué

Face à ce pro­jet, les cri­tiques sont déjà légion. Patrick Eveno a évo­qué une cen­taine d’adhésions (de per­son­nes ? de médias ?) pour le moment, peu de choses lorsque l’on veut représen­ter une pro­fes­sion.

Un bon nom­bre de médias ont déjà sig­nifié leur refus d’y par­ticiper lors d’une tri­bune pub­liée dans Medi­a­part. L’AFP, Chal­lenges, Europe 1, L’Express, Le Figaro, Fran­ce­in­fo TV, France 3 Nation­al, France Bleu, France Info, France Inter, LCI, Medi­a­part, L’Obs, Le Parisien, Le Point, TF1, La Tri­bune, TV5 Monde et 20 Min­utes dénon­cent une struc­ture cha­peautée in fine par le gou­verne­ment qui la souhaite depuis longtemps. Le Con­seil vivra d’ailleurs large­ment de sub­ven­tions de l’État.

Cette méfi­ance vis-à-vis du gou­verne­ment est aus­si la con­séquence du con­tourne­ment récent par ce dernier de la loi de 1881 sur la lib­erté de la presse dans le cadre des lois sur les “fake news” et le secret des affaires”, rap­pelé dans la tri­bune.

Enfin, ces médias énon­cent avec bon sens, le fait que “ce sont les lecteurs qui jugent les jour­nal­istes, pas les jour­nal­istes qui se jugent entre eux”.

Valeurs Actuelles men­tionne aus­si l’absence de réflex­ion sur la “fausse neu­tral­ité” de la part de cette instance, obnu­bilée à juste titre par la vérac­ité de l’information, mais igno­rante de la dom­i­na­tion du monde libéral lib­er­taire dans les médias, étouf­fant les autres sen­si­bil­ités. À quand une dénon­ci­a­tion claire du par­ti pris de cer­taines “références” comme les Décodeurs (financés par Google) du Monde par exem­ple (hormis par l’OJIM) ? A peine née, l’in­stance ne sem­ble pas avoir fini d’être au cœur des cri­tiques.

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