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Tucker Carlson, candidat républicain en novembre 2024 ?

8 juillet 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Tucker Carlson, candidat républicain en novembre 2024 ?

Le chroniqueur de Fox News Tucker Carlson, nous l’avions dit dans ces colonnes, est la bête noire de l’establishment bipartisan, autant que l’espoir présidentiel de certains républicains trumpiens. Il est probablement, avec Victor Davis Hansen, du Hoover Institute, le seul homme « de droite » qui dialectise comme un homme de gauche. Et ça marche.

Une audience historique

Le 30 juin, la nou­velle tombait : Carl­son pul­véri­sait les records (his­toriques) du câble pour le trimestre qui se clô­tu­rait : plus de 4 mil­lions de téléspec­ta­teurs quo­ti­di­ens. Du jamais vu, d’autant qu’une fois de plus Fox News était soumis au chan­tage pub­lic­i­taire pour les pro­pos « choquants » du chroniqueur sur les activistes du mou­ve­ment Black Lives Mat­ter.

Et, dans la foulée, plusieurs organes de presse, cares­saient l’idée d’un Carl­son can­di­dat à l’élection prési­den­tielle de 2024.

Il y a quelque chose de Niet­zschéen chez Carl­son : plus on l’attaque, plus il se ren­force.

Il a été le seul, dès le début, à s’insurger con­tre le coup d’État en douceur lancé par la coali­tion des post­mod­ernes-décon­struc­teurs d’Obama avec les impéri­al­istes postso­vié­tiques du lob­by mil­i­taro-indus­triel. Au point qu’il fut accusé d’être lui aus­si un por­teur d’eau de Pou­tine. Son domi­cile a déjà été attaqué par des man­i­fes­tants d’ex­trême-gauche, ter­ror­isant sa famille alors qu’il était sur les ondes.

Mais surtout, le jour­nal­iste a une vision du monde, comme Hansen, fondée sur l’histoire et la philoso­phie européennes. Ce qui l’a ren­du capa­ble, à longueur de chroniques quo­ti­di­ennes, de trans­later dans le lan­gage bour­geois des « class­es moyennes supérieures » les mes­sages révo­lu­tion­naires de Trump, le pre­mier can­di­dat mod­erne décidé à con­gédi­er cet estab­lish­ment qui triche avec la con­fi­ance des électeurs des deux par­tis.

Pro-Trump, ma non troppo

Pire encore pour ses adver­saires, Carl­son aime d’avantage le Trump­isme que Trump. Il n’a jamais hésité, poli­ment mais fer­me­ment, à cri­ti­quer ce dernier, voire à le tir­er des griffes des néo­con­ser­va­teurs quand il le fal­lait. L’on peut même dire que c’est Carl­son qui a évité un bain de sang en Iran, lorsqu’il a pris son télé­phone pour dire à Trump, qui avait déjà don­né l’ordre de bom­barder des cibles irani­ennes après une « provo­ca­tion », de revenir en arrière. Ce qui avait ulcéré le main­tenant célèbre John Bolton, et le reste des Folam­our qui pul­lu­lent autour du pou­voir.

Carl­son se bat chaque soir con­tre le trib­al­isme et le com­mu­nau­tarisme en reprenant à son compte les pré­ceptes de Mar­tin Luther King, con­tre la police de la pen­sée orchestrée par le grand cap­i­tal ivre des indus­tries tech­nétron­iques, con­tre la lâcheté et l’inculture des répub­li­cains, potich­es des dona­teurs, qui n’ont pas idée qu’ils sont aujourd’hui con­fron­tés à un proces­sus révo­lu­tion­naire fon­da­men­tal, digne non pas de la Révo­lu­tion améri­caine de 1776, celle des pro­prié­taires ter­riens, mais de la Révo­lu­tion de 1789.

Il n’est donc pas éton­nant que Carl­son représente chaque soir une sorte de bouée her­méneu­tique, por­teuse de sens, déco­dant les apparences, que ce soit sur la pandémie du Covid-19 et l’hydroxychloroquine, la poli­tique étrangère, la crise uni­ver­si­taire, et surtout sur la mis­ère pro­fonde des class­es moyennes améri­caine, finan­cière et psy­chologique, n’hésitant pas à com­pli­menter un ouvrage d’Élizabeth War­ren, bien vite oublié par cette dernière, ou à s’attaquer au cap­i­tal­isme.

Il n’est pas éton­nant non plus, au moment où Trump sem­ble se chercher face à un élec­torat partagé entre la peur de mourir et celle de crev­er de faim. Trump tombe dans le piège de se présen­ter comme un répub­li­cain clas­sique, autrement dit ne sachant pas quelle con­tre-offen­sive men­er et bien des répub­li­cains, à coté de ceux qui souhait­ent la fin de Trump, craig­nent son prochain échec.

Il y va donc de l’avenir du pro­gramme MGA (Make Amer­i­ca Great Again). Une reprise de flam­beau serait pos­si­ble avec Carl­son. C’est une idée reprise égale­ment par le site de Forbes.

Trois hypothèses

Qu’y voir? Trois hypothès­es :

  1. Cer­tains mali­cieux voudraient créer une rup­ture entre Trump et Carl­son, Trump ne sup­por­t­ant pas (et sa fille) qu’on lui fasse de l’ombre. Steve Ban­non avait été ain­si pro­mu par les médias avec le résul­tat que l’on sait.
  2. C’est une façon de con­va­in­cre les gens instru­its de ne pas vot­er pour Trump, leur offrant de lâch­er la proie pour l’ombre, et d’accréditer par ailleurs l’idée que les dirigeants répub­li­cains pensent que Trump va per­dre.
  3. Ou bien c’est un moyen de tir­er le tapis sous les pieds de l’ambitieuse Nicky Haley qui se pro­file comme la relève du par­ti mil­i­taro-indus­triel et donc la fée du retour à l’impérialisme-postsoviétique du bon vieux bushisme. Carl­son l’a récem­ment égratignée.

Reste que les 4 mil­lions de fidèles chaque soir col­lés à leur écran représen­tent une force de frappe à ne pas nég­liger. À suiv­re…

Voir égale­ment notre arti­cle sur les rap­ports de force poli­tique aux États-Unis.

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