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Pub­lié le 14 janvier 2015 | Éti­quettes :

Tout le monde n’est pas Charlie

Face au torrent émotionnel de compassion à l'égard des victimes de Charlie Hebdo, de petites voix dissonantes se sont élevées pour apporter, souvent, une salutaire nuance.

Non, tout le monde n'est pas Charlie. La défense de la libre expression et le respect du deuil des familles n'enlèvent rien à une nécessaire réflexion plus en profondeur. Dès le lendemain du drame, le site Le Bréviaire des patriotes dénonçait l'émotionnel à outrance et l'hypocrisie généralisée des « Charlie » d'un jour. Expliquant ne pas être en bon terme « avec les usurpateurs », l'auteur de l'article, Maxime Le Nagard, refusait « de tirer une obscène épingle de ce jeu de tartufes comme le fait depuis ce midi tout le théâtre politico-médiatique auquel se joint, comme à chaque fois que cela peut la distraire, la partie de la populace qui aime l’odeur du sang et la compassion à peu de frais ».

Et celui-ci de mettre en lumière le deux-poids-deux-mesures de la « liberté d'expression » entre les dessinateurs de Charlie Hebdo et l'humoriste Dieudonné. L'hypocrisie est sur tous les fronts.

Un peu plus tard dans la journée, c'est Boulevard Voltaire qui entrait dans la danse. Dans une tribune à conte-courant, Gabrielle Cluzel refuse le totalitarisme de l'émotion, ne croyant pas et « qu’il faille se sentir obligé de répéter cette phrase toute faite comme une incantation pour avoir le droit d’exprimer sa compassion, de plaindre les victimes et les familles, de dire son inquiétude ». Rappelant qu'on oublie bien vite les deux policiers, également victimes de cette fusillade, celle-ci ose confier (malheur!) qu'elle a « toujours détesté le contenu » de l'hebdomadaire. Pire, elle « n’envisage pas de le prendre aujourd’hui à (s)on compte ».

Cette fois, la ligne du journal est aussi en question. « Je ne suis pas Charlie parce que ce n’est pas insulter la mémoire des morts de dire que la ligne du journal relève plus souvent de l’insulte que de l’humour… et que j’aime bien rire mais pas conspuer, choquer, ni humilier », explique-t-elle.

Le lendemain, dans une tribune publiée sur Le Figaro/Vox, le sénateur belge Alain Destexhe dénonce le risque de « tyrannie du silence » qu'engendrerait la mise au tabou de toute critique de l'islam radical suite à ce drame. « Je me méfie de ces grands élans de compassion lors des grandes tragédies. Aptes à canaliser la tristesse et l'émotion générale, ils risquent aussi de masquer l'essentiel », écrit-il, craignant de voir la chasse aux « amalgames » et à l'« islamophobie » empêcher toute critique de l'islam radical, voire de l'islam tout court.

Enfin, parmi d'autres voix dissonantes, la démographe Michèle Tribalat dénonçait ce dimanche, dans un tout autre registre, l'hypocrisie de certaines associations, défendant aujourd'hui la liberté d'expression d'un Charlie Hebdo qu'elles voulaient réduire au silence hier. Pour commencer, celle-ci estime que « la presse pourrait légitimement arborer ce slogan si, de concert, elle republiait l'ensemble des caricatures qui a valu la mort à ces valeureux caricaturistes ».

Et de dénoncer la position du MRAP qui, le 11 février 2006, intentait un procès à France Soir pour avoir reproduit les caricatures de Mahomet. L'association parlait alors de « détournement raciste de la liberté d'expression ». N'est-ce pas pour ce même « détournement » que 10 dessinateurs de Charlie Hebdo, soutenus aujourd'hui par le MRAP, ont été assassinés ? « Combien de politiques qui n'ont aujourd'hui que la liberté d'expression à la bouche, ont, lors de la publication des caricatures danoises, soutenu la liberté d'expression sans restriction, sans invoquer l'esprit de responsabilité, de mesure, de respect, le caractère inopportun ou provocateur des dessins ? », ajoute la démographe.

Que ce soit pour dénoncer l'hypocrisie générale, la dictature émotionnelle, l'irresponsabilité de la ligne de Charlie Hebdo ou tout simplement son rejet idéologique, l'hebdomadaire est loin de faire l'unanimité totale malgré l'attaque tragique qu'il a subit.

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