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90 médias « pour » la liberté ? Ubu roi de la presse

25 septembre 2020

Temps de lecture : 7 minutes
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90 médias « pour » la liberté ? Ubu roi de la presse

25 septembre 2020

Temps de lecture : 7 minutes

Le 23 septembre 2020, près d’une centaine de médias français ont signé une tribune parue en couverture de Charlie Hebdo. Ils lancent ainsi un appel pour que la « liberté d’expression et de la presse », de leur point de vue menacée, soit « protégée ». Ce n’est pas Le Gorafi, malgré les apparences : bienvenue en França-médiatique, le pays d’Ubu-Presse.

« Fort de café », « un can­u­lar », « les bras m’en tombent », telles auraient sans doute été les réac­tions de la majeure par­tie des intel­lectuels et obser­va­teurs de la vie médi­a­tique et cul­turelle française il y a cinquante ans, en cette époque récente où la langue française avait encore de l’importance, était par­lée dans les rues, apprise dans les écoles et aimée par des Français en très grande majorité de souche. Une époque où le vocab­u­laire acquis indi­vidu­elle­ment dépas­sait qua­tre cent mots et où l’amour de la langue favori­sait la qual­ité de la réflex­ion critique.

Réflex­ion cri­tique, cul­ture de la Rai­son issue de la philoso­phie des Lumières, voilà donc ce qui s’est éloigné, éloigne­ment sym­bol­isé par la tri­bune en ques­tion : les médias sig­nataires, inca­pables de bal­ay­er devant leur porte et de se remet­tre en ques­tion, préfèrent désign­er du doigt une men­ace extérieure, réelle bien sûr, celle du fanatisme poli­tique religieux musul­man, plutôt que d’interroger leur pro­pre pra­tique de ce qu’ils nom­ment « lib­erté d’expression ».

Les signataires

La Tri­bune s’intitule « Ensem­ble, défendons la lib­erté. Let­tre ouverte à nos conci­toyens ». Elle se pro­longe sur les réseaux soci­aux (haut lieu de lib­erté s’il en est…) et en par­ti­c­uli­er sur twit­ter avec le hash­tag #Defendon­sLaL­ib­erté. Ces mêmes réseaux soci­aux qui sont actuelle­ment en train de lim­iter la lib­erté d’expression – la lim­ite étant ce qui est autorisé dans le cadre de pen­sée offi­cielle de la mon­di­al­i­sa­tion libérale-lib­er­taire. On pense comme Oba­ma et Macron ou alors on la ferme.

Très impliquées dans sa mise en oeu­vre, France Inter et Radio France insis­tent sur le con­texte : « Char­lie Heb­do à nou­veau men­acé de mort par Al-Qaïda il y a un peu plus de 10 jours, après avoir repub­lié les car­i­ca­tures de Mahomet. La DRH de l’hebdomadaire satirique, Mari­ka Bret, exfil­trée de son domi­cile. Face à ces men­aces et aux vio­lences à l’en­con­tre des médias de plus en plus récur­rentes, vos jour­naux, chaînes de télévi­sion, radios, ont décidé de pren­dre la plume ce mer­cre­di matin. Une tri­bune inédite, pour défendre la lib­erté d’ex­pres­sion, signée par plus de 90 médias, dont Radio France, tan­dis que Char­lie Heb­do en fait sa « Une ».

Les médias sig­nataires sont : « Alliance de la presse dinfor­ma­tion générale, BFMTV, Canal, Chal­lenges, Char­lie Heb­do, Cnews, Europe1, France Télévi­sions, L’Alsace, L’Angérien Libre, L’Avenir de l’Ar­tois, L’Echo de l’Ouest, L’Echo de la Lys, LEquipe, L’Essor Savo­yard, L’Est-Eclair, L’Est répub­li­cain, LExpress, L’Hebdo de Char­ente-Mar­itime, LHuman­ité, LHuman­ité Dimanche, L’indicateur des Flan­dres, L’informateur Corse nou­velle, LObs, LOpin­ion, L’Union, La Char­ente Libre, La Croix, La Dépêche du Midi, La Nou­velle République, La Renais­sance du Loir-et-Cher, La Renais­sance Lochoise, La Savoie, La Semaine dans le Boulon­nais, La Tri­bune Répub­li­caine, La Vie Cor­rézi­enne, La Voix du Nord, Le Bien pub­lic, Le Canard Enchaîné, Le Cour­ri­er français, Le Cour­ri­er de Gironde, Le Cour­ri­er de Guade­loupe, Le Cour­ri­er de l’Ouest, Le Cour­ri­er Picard, Le Dauphiné libéré, Le Figaro, Le Figaro Mag­a­zine, Le Jour­nal d’Ici, Le Jour­nal des Flan­dres, Le Jour­nal du Dimanche, Le Jour­nal du Médoc, Le Jour­nal de Mon­treuil, Le Jour­nal de Saône-et-Loire, Le Maine Libre, Le Mes­sager, Le Monde, Le Parisien / Aujourdhui en France, Le Parisien Week-end, Le Pays Gessien, Le Phare Dunkerquois, Le Point, Le Pro­grès, Le Répub­li­cain Lor­rain, Le Réveil de Berck, Le Semeur heb­do, Le Télé­gramme, Les Dernières Nou­velles d’Alsace, Les Echos, Les Echos du Tou­quet, LCI, Libéra­tion, Libération Cham­pagne, M6, Mar­i­anne, Midi Libre, Mona­co Matin, Nice Matin, Nord Eclair, Nord Lit­toral, Ouest France, Paris Match, Paris Nor­mandie, Presse Océan, Radio France, RMC, RTL, Sud-Ouest, TF1, Var Matin, Vos­ges Matin. »

Vous avez dit consensus ?

Plus que des sig­nataires, c’est un con­sen­sus : si l’on ajoute France Inter, France Cul­ture et Fran­ce­in­fo, sig­nataires en tant que par­ties prenantes du groupe Radio France, la liste com­porte pra­tique­ment tous les médias offi­ciels, ceux qui défend­ent quo­ti­di­en­nement des opin­ions com­munes sur tous les sujets soci­aux, cul­turels ou poli­tiques impor­tants. Une tri­bune du camp du « Bien », celui des « pro­gres­sistes ». Ain­si, le quo­ti­di­en, que l’on dit encore chré­tien, La Croix est sig­nataire mais il n’y a ni La Nef ni L’Homme nou­veau, médias plus con­ser­va­teurs. De même, ni Présent, ni Valeurs Actuelles, ni Elé­ments, exem­ples par­mi tant d’autres, comme TVLib­ertés, ne parais­sent avoir été con­tac­tés pour sign­er une tri­bune en appelant à la lib­erté. Cela sig­ni­fie-t-il que ces médias, au lec­torat tout de même impor­tant et au sérieux jour­nal­is­tique tout aus­si respectable que celui des sig­nataires, par­mi lesquels il y a L’Humanité tout de même, ne défendraient pas la lib­erté ? Plus encore, qu’ils seraient des dan­gers pour cette même lib­erté ? Ou encore, dans un grand élan comique, s’ils ne sont pas invités, faut-il com­pren­dre que ces médias ne sont pas des… médias ? Aux yeux des sig­nataires, il ne fait pas de doute que ce sont des raisons « val­ables » : les médias cités, comme tous les médias non pro­gres­sistes, ne sont pas invités pour toutes ces raisons.

Défense de la liberté et censure de la liberté

Du coup, la ques­tion se pose : quelle est la lib­erté défendue, sinon celle de ceux qui pra­tiquent la cen­sure de cette même lib­erté au sein des médias au quo­ti­di­en ? Le refus de l’AFP de sign­er la tri­bune, source par­fois unique et quo­ti­di­enne de ce qui est dit dans les médias sig­nataires, lesquels recopi­ent en masse les com­mu­niqués de l’agence, en dit long : l’AFP ne signe pas pour « ne pas met­tre en dan­ger ses jour­nal­istes dans les pays musul­mans ». Une tri­bune pour défendre des lib­ertés… que ces médias met­tent sans arrêt en dan­ger en défen­dant en per­ma­nence l’immigrationnisme échevelé, le refus de recon­naître la réal­ité eth­nique et religieuse des vio­lences per­pétrées en France et en Europe, ain­si qu’une con­cep­tion du monde fondée sur un « vivre ensem­ble » qui est juste­ment mis à mal par ce qu’ils défend­ent. Ce qui men­ace con­crète­ment les lib­ertés, à com­mencer par les lib­ertés de la presse et d’expression : la con­cep­tion du monde défendue et mise en avant par les médias offi­ciels sig­nataires de cette tri­bune. Un tel degré d’aveuglement con­fine au comique. D’autant que les médias con­cernés ne sont guère libres, tenus par un minus­cule nom­bre de mil­liar­daires et haute­ment financés par l’Etat. Sans ces deux mannes, la majorité n’existerait plus depuis longtemps.

La tribune

Elle com­mence ain­si : « Il nest jamais arrivé que des médias, qui défend­ent sou­vent des points de vue diver­gents et dont le man­i­feste nest pas la forme usuelle dexpres­sion, déci­dent ensem­ble de sadress­er à leurs publics et à leurs conci­toyens dune manière aus­si solen­nelle. » Ce n’est pas une blague : les auteurs de ce texte sem­blent réelle­ment penser que les médias sig­nataires « défend­ent sou­vent des points de vue diver­gents » et que « le man­i­feste » leur est étranger. En réal­ité, les points de vue con­ver­gent au quo­ti­di­en et le man­i­feste poli­tique est une habi­tude, sous forme soft, dans toutes les salles de rédac­tion. S’il ne fal­lait qu’une preuve, la récente una­nim­ité et uni­for­mité de réac­tion, avec des édi­to­ri­aux par­fois iden­tiques à la vir­gule près, con­tre Valeurs Actuelles, après la pub­li­ca­tion de la fic­tion ayant Danièle Obono comme per­son­nage prin­ci­pal, suffira.

La tri­bune rap­pelle ensuite que « ces dernières années », la vio­lence des mots a été rem­placée par la vio­lence physique et que des jour­nal­istes ont été assas­s­inés ou réduits au silence pour leurs opin­ions, mais sans indi­quer que l’on ne par­le ici que d’opinions pro­gres­sistes. Elle n’évoque pas le sou­tien per­ma­nent des médias sig­nataires à la venue de migrants, par­mi lesquels se trou­vent des tueurs. Elle ne par­le pas plus de la cul­ture de l’excuse en vigueur dans les salles de rédac­tion con­cernées, à pro­pos des dji­hadistes par­tis com­bat­tre au Moyen-Ori­ent les « valeurs » et la « démoc­ra­tie » que la tri­bune indique vouloir défendre, ces mêmes tueurs dont les médias con­sid­érés récla­ment le retour ici, au pré­texte qu’ils seraient français, tan­dis qu’ils font silence au sujet des dizaines de tueurs du même ordre en passe d’être libérés de prison et lâchés dans la nature, plusieurs cen­taines, de quoi for­mer une véri­ta­ble petite armée sur le ter­ri­toire français.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Plus loin, le texte rap­pelle ceci : « Nul ne doit être inquiété pour ses opin­ions, même religieuses, pourvu que leur man­i­fes­ta­tion ne trou­ble pas lordre pub­lic établi par la loi, proclame larti­cle 10 de la Déc­la­ra­tion des droits de lhomme et du citoyen de 1789, inté­grée à notre Con­sti­tu­tion. Cet arti­cle est immé­di­ate­ment com­plété par le suiv­ant : « La libre com­mu­ni­ca­tion des pen­sées et des opin­ions est un des droits les plus pré­cieux de l’homme ; tout citoyen peut donc par­ler, écrire, imprimer libre­ment, sauf à répon­dre de l’abus de cette lib­erté dans les cas déter­minés par la loi. »

C’est exacte­ment ce dernier arti­cle de loi que les médias co-sig­nataires bat­tent chaque jour en brèche à coup d’omissions, de men­songes, de procès en inten­tion ou de diffama­tion, par exem­ple en grat­i­fi­ant tel ou tel média qui pense autrement de « média d’extrême droite », façon de le ren­dre illégitime. « Extrême droite », expres­sion qui tourne en boucle dans tous ces médias et qui vise unique­ment à empêch­er des citoyens jour­nal­istes de « par­ler, écrire, imprimer libre­ment » dans le respect de la loi. Une manière de faire qui ne con­cerne pas unique­ment les médias pen­sant dif­férem­ment mais aus­si des per­son­nal­ités poli­tiques. Un exem­ple par­mi des cen­taines : en quoi est-il factuelle­ment jus­ti­fi­able de qual­i­fi­er Robert Ménard d’homme « d’extrême droite » dès que l’on par­le de lui dans un de ces médias ?

Il s’agit unique­ment par ce biais de rap­porter des per­son­nal­ités ou des médias au mot « fas­cisme » et de déna­tur­er par avance leurs opin­ions. Une atteinte à la déc­la­ra­tion des droits de l’homme, à la lib­erté de la presse et d’expression per­pétrée en per­ma­nence par les sig­nataires de la tri­bune pub­liée par Char­lie heb­do.

La con­clu­sion indique que nous ne sommes pas en 2020 mais en 1789 : « Nous avons besoin de vous. De votre mobil­i­sa­tion. Du rem­part de vos con­sciences. Il faut que les enne­mis de la lib­erté com­pren­nent que nous sommes tous ensem­ble leurs adver­saires réso­lus, quelles que soient par ailleurs nos dif­férences dopin­ion ou de croy­ances. Citoyens, élus locaux, respon­s­ables poli­tiques, jour­nal­istes, mil­i­tants de tous les par­tis et de toutes les asso­ci­a­tions, plus que jamais dans cette époque incer­taine, nous devons réu­nir nos forces pour chas­s­er la peur et faire tri­om­pher notre amour inde­struc­tible de la Liberté. »

Cela pour­rait sem­bler par­tir d’un vrai bon sen­ti­ment et d’une vraie volon­té de défendre les lib­ertés, si ce n’était du car­ton-pâte étant don­né le nom­bre impor­tant de médias exclus de cette tri­bune, con­sid­érés comme n’appartenant pas à ce pré­ten­tieux « rem­part ».

Les médias sig­nataires sont de moins en moins lus, ne sai­sis­sent pas que cet état de fait est dû à leur uni­for­mité, ils se plaig­nent régulière­ment, au moins le « jour de la lib­erté de la presse », de leur baisse de lec­torat et du manque de con­fi­ance des citoyens à leur égard, sans s’interroger sur les caus­es de ce manque de con­fi­ance expo­nen­tiel, ni sur le rôle de la « créoli­sa­tion » évo­quée par Mélen­chon, en réal­ité du Grand Rem­place­ment de la pop­u­la­tion eth­nique­ment européenne, sur cette baisse du lec­torat et de la con­fi­ance comme sur les men­aces pesant sur leur con­cep­tion de la liberté.

C’est bien l’idéologie du « vivre ensem­ble » et du mul­ti-cul­tur­al­isme, idéolo­gie dont ils sont les prop­a­ga­teurs, qui est la véri­ta­ble men­ace : com­ment se peut-il que ces médias ne le voient pas ?

Une telle chute de l’esprit cri­tique en dit long sur la réal­ité de ce qui se pense dans les salles de rédac­tion con­cernées. C’est aus­si l’incroyable uni­for­mité de ces médias qui en dit long, uni­for­mité qui voit les uns et les autres se suc­céder aux postes de respon­s­abil­ités, quelles que soient les pré­ten­dues ori­en­ta­tions des rédac­tions sauf… quand l’un des jour­nal­istes est réelle­ment dif­férent poli­tique­ment : il y a ain­si eu une lev­ée de boucliers début sep­tem­bre 2020 lorsque Louis de Raguenel est entré au ser­vice poli­tique d’Europe 1, en prove­nance de Valeurs Actuelles. Un jour­nal­iste qui assume sa droite, les jour­nal­istes d’Europe 1 (sauf 3 courageux) n’ont pas sup­porté et le syn­di­cat des jour­nal­istes a appelé à la « vig­i­lance ». Europe 1 a pour­tant signé l’appel à la défense de la lib­erté pub­lié dans Char­lie Heb­do : un bel exem­ple de la valeur de cette tri­bune. Une valeur nulle.

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