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Surveiller et punir, au nom de la haine de la haine

8 novembre 2020

Temps de lecture : 2 minutes
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Surveiller et punir, au nom de la haine de la haine

La groupe éditorial VA News publie nombre de livres intéressants comme celui de François-Bernard Huyghe, Fake News, dont nous avons rendu compte en mai 2020. Une tribune du 28 octobre 2020 d’une certaine Rym Boukhari appelant à toujours plus de censure et à une société de surveillance dans l’esprit de la loi Avia nous a interpellé.

Incitation à la haine ?

Sous le titre « L’incitation à la haine est-elle suff­isam­ment punie ? » l’auteur en appelle à la créa­tion d’une société de déla­tion générale pour lut­ter con­tre ce sentiment :

« …la lib­erté d’expression trou­ve ses lim­ites quand elle vise à l’apologie de la haine.… Le délit de l’incitation à la haine est régi par l’article 24 de la loi du 29 juil­let 1881 sur la lib­erté de la presse, loi qui depuis a été adap­tée au développe­ment d’internet et en dernier lieu par la loi n° 2020–766 du 24 juin 2020 visant à lut­ter con­tre les con­tenus haineux sur inter­net… cette dernière mod­i­fi­ca­tion qui vise les pro­pos haineux sur les espaces qu’offrent inter­net n’est pas suff­isam­ment forte pour lut­ter con­tre le défer­lement de con­tenus haineux sur les autres espaces, notam­ment publics. »

Surveiller et punir

La déli­cieuse Rym regrette que la mise en œuvre de cette loi soit « encore, hélas, con­di­tion­née à une procé­dure rigoureuse­ment for­mal­iste ren­dant la mise en cause des auteurs des dél­its com­plexe ». Car la haine doit être traquée sur inter­net mais aus­si « à l’école, dans la rue, dans les entre­pris­es » et pourquoi pas dans les foy­ers avec des moni­teurs de sur­veil­lance comme dans 1984 d’Orwell ? Michel Fou­cault était prophète (au moins sur ce point) quand il a écrit Sur­veiller et punir en 1975. Soulignons qu’une procé­dure rigoureuse­ment for­mal­iste est ce qui pro­tège les citoyens des abus de pouvoir.

Défense du droit d’asile et des migrations

Le point d’orgue déclen­chant cette « haine de la haine » est dans un pre­mier temps la déci­sion de la vice-prési­dente de la CNDA (cour nationale du droit d’asile) qui a accordé l’asile poli­tique au père du tchétchène islamiste qui a décapité Samuel Paty (Madame Boukhari est plus pudique et par­le d’« exé­cu­tion » comme si Samuel Paty avait été con­damné par un tri­bunal, lequel ?). Et surtout dans un deux­ième temps la mise en cause de la CNDA après la décapitation.

La Cour a été vio­lem­ment mise en cause pour être « core­spon­s­able » de l’exécution. La core­spon­s­abil­ité est dis­cutable, donc elle doit se dis­cuter. Si on doit écarter la par­tic­i­pa­tion active à l’exécution de Samuel Paty par­fois invo­quée sur les réseaux soci­aux, dans n’importe admin­is­tra­tion nor­male – privée ou publique – son prin­ci­pal respon­s­able en l’espèce Isabelle Dely, vice-prési­dente de la CNDA aurait dû démis­sion­ner immé­di­ate­ment ou se met­tre en retrait, par sim­ple dig­nité et à fins d’enquête. Dans une société démoc­ra­tique on est respon­s­able de ses actes et de leurs conséquences.

Envie du pénal

Par une opéra­tion de symétrie des fauss­es fenêtres, madame Boukhari met en par­al­lèle le « séparatisme », une forme euphémis­tique désig­nant les décapi­teurs et les « dis­cours de haine » qui ont suivi la décap­i­ta­tion. Vouloir étein­dre une juste colère et aggraver les lois qui ne doivent pas être « seule­ment puni­tives, mais aus­si préven­tives con­tre toutes les formes d’expression qui propa­gent, inci­tent ou font l’apologie de la haine fondée sur l’intolérance », c’est met­tre sur le même plan les assas­sins et ceux qui les dénon­cent, par­fois avec excès. Établir des lois préven­tives c’est met­tre en œuvre la société panop­tique de Jérémie Ben­tham où un maton d’un seul coup d’œil sur­veille ses détenus. On peut rêver meilleure société que celle de l’envie du pénal.

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