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Retour sur l’affaire Mila et la presse
Publié le 

26 février 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Retour sur l’affaire Mila et la presse

La tuerie de Charlie Hebdo n’a qu’un lustre et pourtant paraît relever d’une autre ère. L’affaire Mila – du nom de cette adolescente lynchée pour avoir raconté dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux son aversion pour l’islam, en des termes peu amènes – est venue le prouver sans appel. La façon dont la presse française a traité cette affaire, généralement avec des pincettes ou du bout des lèvres témoigne surtout de l’affaiblissement du courage. Apparemment, nous aimons bien la liberté d’expression, à condition qu’elle ne nous coûte pas trop cher.

Une alouette de courage, un cheval de plat ventre

Du côté des bonnes nou­velles, on notera pour­tant la courageuse réac­tion de Lau­rent Jof­frin dans Libéra­tion appelant à con­serv­er l’esprit français de la satire anti­cléri­cale, sans céder à des « oui, mais ». Assez rare pour être mar­qué d’une pierre blanche.

Dans L’Obs, si madame Dominique Nora sou­tient aus­si Mila, c’est aus­sitôt pour se plain­dre que « dans cette triste fable de la cyber-haine ordi­naire (…) Mila est aus­sitôt récupérée par la droite extrême. Frange dure de la cathos­phère, Rassem­ble­ment nation­al, Debout la France et patri­otes de tous poils – peu regar­dants, pour une fois, sur l’homosexualité de la « résis­tante » – volent à son sec­ours ». On ne savait pas que la droite RN se car­ac­téri­sait par sa haine des homosexuels…Madame Nora s’interroge sur l’absence des « voix de gauche », per­suadée apparem­ment que ladite gauche se car­ac­téris­erait par son courage dans la défense de la lib­erté d’expression, ce qui paraît his­torique­ment dou­teux, comme dis­ait Guy Debord, « je ne suis pas de gauche, je n’ai jamais dénon­cé per­son­ne »..

Dans le jour­nal d’extrême gauche Poli­tis, l’éditorialiste Denis Sief­fert se livre à un curieux exer­ci­ce de faux équilib­risme, signe surtout d’une lâcheté opiniâtre : « Bien sûr qu’il faut défendre la jeune Mila, écrit-il. Mais sans don­ner à penser qu’elle a banale­ment exer­cé un droit qui fait la fierté de notre République ». Et de con­tin­uer sans rou­gir : « Et puis, imag­ine-t-on un instant que la même insulte soit adressée à des chré­tiens ou à des juifs ? » Out­re le fait que pour les juifs, chez qui se mêlent eth­nie et reli­gion, il s’agirait de pré­cis­er à qui l’on s’adresse, oui, en effet, on imag­ine sans peine des Français insul­ter le Dieu trini­taire ou Yahvé, y étant même sou­vent encour­agés par ceux qui y voient une manière de se libér­er du méchant car­can de la reli­gion. Ou qui y voy­ait, faudrait-il dire, puisque depuis que la reli­gion musul­mane a été importée en France, cer­tains laï­cards de gauche se décou­vrent une soudaine envie de respecter, de s’intéresser à, voire d’aimer « les reli­gions ».

Des questions qui ne sont pas des questions (sic)

Sans sur­prise, l’inénarrable émis­sion « Clique » ani­mée par Mouloud Achour sur Canal+, tou­jours proche de col­la­bor­er avec tous les com­mu­nau­tarismes, a don­né la parole sans con­tra­dic­tion à l’écrivain Édouard Louis, qui s’est ému des pro­pos de la petite Mila. Pour­tant lui-même homo­sex­uel revendiqué, comme Mila, l’homme s’est écrié : « La lib­erté d’expression, c’est con­naître les ques­tions que l’on peut pos­er et les ques­tions que l’on ne peut pas pos­er. Il y a des ques­tions qui ne sont pas des ques­tions mais qui sont des insultes». Jusqu’à présent, on croy­ait bête­ment que la lib­erté d’expression, comme son nom l’indique, ne souf­frait pas de lim­ites, sauf l’injure envers les per­son­nes. Selon le gratin ger­mano-pratin par­lant par la bouche de Mon­sieur Louis, il faut croire main­tenant en cet axiome sibyllin : « La démoc­ra­tie, c’est aussi(surtout) la capac­ité à clore des sujets », c’est-à-dire à se taire quand cela dérange cer­tains.

Aubaine pour la droite ?

Le Figaro a certes son­né la charge con­tre les intim­i­da­tions et men­aces issues des réseaux soci­aux, à tra­vers son bras armé de défoule­ment con­ser­va­teur, le Vox. Mais aucun directeur du jour­nal ne s’est fendu d’un édi­to­r­i­al de défense, tous gar­dant un pru­dent silence.

De même dans Le Monde. Sous la plume de Sarah Bel­louez­zane, Le Monde a vu dans cette affaire seule­ment une aubaine pour la droite LR : « Il est des totems qu’il est bon d’agiter régulière­ment », écrit la jour­nal­iste, sous-enten­dant que la droite clas­sique s’apprêterait à « surfer » sur l’affaire pour se refaire une san­té aux munic­i­pales.

Le refrain habituel de la bien-pen­sance jour­nal­is­tique s’est rapi­de­ment mis en place : défendre Mila que défend la « fachos­phère », c’est don­ner des armes à la haine. Aus­si la France du cen­tre s’est-elle trou­vée bien embar­rassée, ne sachant sur quel pied danser.

Mila, invitée sur Quo­ti­di­en chez Yann Barthès, a déclaré ne rien regret­ter du fond de ses pro­pos, même si elle notait que ses paroles avaient pu bless­er. De son côté, Mon­sieur Hanouna, en présence du mil­i­tant islamiste Yas­sine Bel­latar s’est exprimé ain­si : « Je ne sup­porte pas ce genre d’in­sultes. J’aime pas trop qu’on rigole ou qu’on insulte des reli­gions. Je sais que c’est le droit au blas­phème, mais elle ferait mieux de se calmer et rester dans son coin pour que tout ren­tre dans l’ordre ».

Vox hanouni, vox pop­uli ? C’est bien ce sen­ti­ment d’une sorte de « pétain­isme » qui sem­ble ressor­tir du traite­ment de l’affaire : ce que nous voulons, c’est que l’ordre règne en France, pour que tout puisse con­tin­uer comme avant. Hier on plébisc­i­tait le Maréchal par peur de la Wehrma­cht. Aujourd’hui, une bonne par­tie de la caste jour­nal­is­tique veut faire taire toutes les Mila par peur d’être taxé d’islamophobie.

Sur Quo­ti­di­en de Yann Barthès voir notre dossier ici.

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