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Quand la presse de gauche lave plus blanc que blanc

2 septembre 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Quand la presse de gauche lave plus blanc que blanc

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Quand la presse de gauche lave plus blanc que blanc

2 septembre 2021

En pointe dans la lutte contre le racisme et les discriminations, toujours prête à donner des leçons de morale aux Français, la presse de gauche libérale libertaire ne pratique pas vraiment son idéal de diversité. Pour preuve : la dernière photo de la rédaction de L’Obs en juillet 2021, qui a provoqué un petit séisme sur les réseaux sociaux, permettant d’exhumer un cliché analogue de Libération publié il y a six ans.

C’est ce qu’on appelle un coup dou­ble pour Le Nou­v­el Obs ! Que des blancs et pas de masques !

Une pho­to de famille qui flaire bon l’apartheid pour une rédac­tion pour­tant très à gauche et réputée pointilleuse sur les ques­tions de racisme… Mais aus­si une pho­to sans masques !

Le cliché, pris le 6 juil­let et pub­lié le 7 sera suivi le 8 juil­let d’une pub­li­ca­tion du jour­nal dénonçant le non port du masque au fes­ti­val de Cannes. « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », une for­mule éculée qui prend tout son sens alors que L’Obs s’était ému des réu­nions « non mixtes pour per­son­nes racisées ».

Que ce soit en matière d’antiracisme ou de morale covi­di­enne, les jour­nal­istes de L’Obs sem­blent ici cru­elle­ment man­quer de cohérence.

La réponse de l’auteur

Le jour­nal­iste à l’origine de la pho­to a naturelle­ment été alerté sur les réseaux soci­aux de l’incohérence de cette pho­to ; il s’agit de Pas­cal Riché, cofon­da­teur de Rue89.

Celui-ci a répon­du avec une défense peu con­va­in­cante, expli­quant ni plus ni moins que l’Obs n’était pas la seule rédac­tion dans ce cas là…

Des échanges fleuris qui met­tent en exer­gue la dif­fi­culté qu’ont les rédac­tions parisi­ennes de gauche à se met­tre au dia­pa­son de leur logi­ciel idéologique. Pas­cal Riché, à l’origine de la pub­li­ca­tion du cliché mono­chrome de L’Obs est par ailleurs « young leader » de la French Amer­i­can Foun­da­tion. Une jeune pousse plus toute jeune (59 ans) qui a appris son catéchisme jour­nal­is­tique chez Libéra­tion où il a sévi de 1989 à 2007.

Voir aus­si : L’Obs en grand dan­ger d’attrition ?

Le précédent Libération

De Libé à L’Obs, ces deux grandes rédac­tions français­es s’empressent l’une comme l’autre de don­ner des leçons de racisme tout en peinant à se col­or­er. Une pho­togra­phie d’une par­tie de la rédac­tion du jour­nal Libéra­tion prise sur le toit de ses locaux témoigne égale­ment de l’absence de « diver­sité » dans les équipes. L’affaire avait telle­ment agité les réseaux soci­aux qu’en juil­let 2018, un jour­nal­iste de Libéra­tion avait cru néces­saire s’en expli­quer dans un arti­cle fleuve. Un arti­cle signé Cédric Mahiot qui aujourd’hui est spé­cial­isé dans le « check news » —  à savoir, dire ce qui est vrai ou faux. Une pas­sion pour la vérification/interprétation qu’il développe depuis 2008 et la créa­tion de la rubrique « Dés­in­tox » dans Libé.

https://www.liberation.fr/checknews/2018/07/03/la-redaction-de-libe-est-elle-blanche_1662546/

Dans ce papi­er sobre­ment inti­t­ulé La rédac­tion de « Libé » est-elle « blanche » ? Le jour­nal­iste explique tout d’abord que le jour­nal n’a pas à ren­dre de compte car « on n’a pas envie de ranger ses col­lègues par couleur de peau ». Dans le cas de Libé, le tri serait assez vite fait.

Vient ensuite le clas­sique argu­ment « les autres non plus » ; le jour­nal­iste explique par ailleurs que dans les min­istères non plus ce n’est pas très col­oré. Et enfin, le jour­nal­iste fait acte de repen­tance en répon­dant à la ques­tion « Sommes-nous une rédac­tion « blanche » ? On l’a été. On l’est encore. Ça a changé un peu. On part de loin. ». Le tout saupoudré d’excuses peu con­va­in­cantes citant des noms à con­son­nances nord-africaines de jour­nal­istes passés par Libé et affir­mant qu’il y a bien des « non-blancs » mais pas comme jour­nal­istes mais plutôt dans des ser­vices autres du jour­nal comme la pho­to, la doc­u­men­ta­tion et les ser­vices admin­is­trat­ifs et infor­ma­tiques… Même pas l’honnêteté de citer le per­son­nel qui fait le ménage (qui doit d’ailleurs trimer pour le compte d’un prestataire).

Cepen­dant l’auteur nous ras­sure en expli­quant que depuis 2015, quelques jour­nal­istes label­lisés diver­sité ont été embauchés… Mais quand Pas­cal Riché écrivait ce papi­er, l’intégralité de son ser­vice était encore « blanc ».

Dans le cas Libé, ce sont les réseaux soci­aux et plus par­ti­c­ulière­ment des comptes de droite qui avaient dénon­cé l’hypocrisie du jour­nal. Dans le cas de L’Obs, les cri­tiques sont aus­si venues de la gauche et notam­ment de Taha Bouhafs.

C’est là une nou­veauté qui s’inscrit dans les luttes intestines de la gauche et de son améri­can­i­sa­tion à tra­vers le phénomène que l’on qual­i­fie sou­vent de « mou­ve­ment indigéniste ».

Une inquiétante chasse aux sorcières

Si voir les jour­nal­istes de Libéra­tion ou de L’Obs être vive­ment cri­tiqués par leurs con­frères peut paraître jouis­sif à quiconque ne goûte pas de la morale dis­pen­sée dans cette presse, le cli­mat délétère que révèle ces dénon­ci­a­tions peu­vent inquiéter. En effet, quand une jour­nal­iste du Monde, Sev Kod­jo-Grand­vaux, très intéressée par la ques­tion raciale, en vient à dénon­cer ses petits cama­rades de Libé car ceux-ci n’ont eux-mêmes pas dénon­cer un arti­san qui com­met le crime de ven­dre des têtes de nègres et dont Libé a van­té les mérites, on peut se deman­der quelle sera l’étape suivante.

L’étape suiv­ante pour­rait bien être une auto-cen­sure gran­dis­sante des médias de la gauche française. Une ten­dance qui a déjà com­mencé dans la presse de gauche améri­caine avec l’affaire Bari Weiss, du nom de cette jour­nal­iste (voir notre arti­cle) qui a démis­sion­né de son poste au New York Times en réac­tion aux pres­sions dont elle fai­sait l’objet sur des ques­tions raciales notam­ment (de genre égale­ment). Une dérive que n’ignore pas Libéra­tion ni Le Monde qui ont tous deux écrit à ce pro­pos. Au moins ces jour­nal­istes ne pour­ront pas dire qu’ils ne savaient pas.

Voir aus­si : Libéra­tion, infographie

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