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Les journalistes du Monde pétitionnent pour leur indépendance

17 septembre 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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Les journalistes du Monde pétitionnent pour leur indépendance

Au joli temps des colonies, pardon au joli temps où le trio BNP (Bergé, Niel, Pigasse) se surveillait et se neutralisait mutuellement, la rédaction pouvait un peu souffler. Certes, le défunt Pierre Bergé donnait un coup de pied énervé de temps en temps, Matthieu Pigasse avait fort à faire avec les Inrocks et Niel avait investi dans les médias « pour qu’ils ne l’emmerdent pas ». Une sorte de paix relative. Une paix troublée par l’irruption de Daniel Kretinsky et la perspective que le duo Kretinsky/Pigasse devienne actionnaire majoritaire à 60% de la société éditrice en 2021, voir notre article ici.

La rédac­tion demande un « droit d’agrément » en cas de change­ment cap­i­tal­is­tique de con­trôle, autrement dit le droit de refuser un nou­v­el action­naire. Ce droit aurait été signé par Xavier Niel qui n’a rien à per­dre dans l’histoire, mais Pigasse et surtout Kretinsky se font tir­er l’oreille. La péti­tion signée par 460 jour­nal­istes du jour­nal par­le de « principes, valeurs, cul­ture d’indépendance », toutes choses belles et bonnes. On pour­rait souhaiter savoir com­ment Google a financé les Décodeurs du jour­nal, pour quel mon­tant et dans quelles con­di­tions ? Par principe, par respect des valeurs d’indépendance. Les lecteurs du quo­ti­di­en le sauront ils un jour ?

Voir aus­si : Quand Samuel Lau­rent des Décodeurs du Monde ment comme un arracheur de dents


 
Nous pub­lions telle quel le texte des jour­nal­istes du Monde du 10 sep­tem­bre 2019.

Plus de 460 jour­nal­istes du « Monde » sig­nent un texte deman­dant à leurs action­naires la recon­nais­sance d’un droit d’agrément garan­tis­sant leur indépen­dance édi­to­ri­ale.

« Le Monde vit un moment cru­cial. Pour la pre­mière fois de son his­toire, il pour­rait être con­traint d’accueillir dans son cap­i­tal un nou­v­el action­naire sans que sa rédac­tion ait été con­sultée. Il y va de notre lib­erté édi­to­ri­ale.

Depuis un an, nous con­sid­érons avec la plus grande inquié­tude le pre­mier mou­ve­ment d’ampleur inter­venu dans le cap­i­tal de notre groupe depuis son rachat en 2010 par un groupe d’investisseurs privés (Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse). En octo­bre 2018, nous avons appris la vente de 49 % des parts de Matthieu Pigasse à l’industriel Daniel Kretinsky. Cette opéra­tion a été réal­isée sans que le pôle d’indépendance du Groupe Le Monde, action­naire minori­taire du groupe, qui réu­nit les sociétés de jour­nal­istes, de per­son­nels, de lecteurs et de fon­da­teurs, en soit infor­mé.

Devant l’émoi sus­cité par cette annonce, Matthieu Pigasse et Xavier Niel, devenus les deux action­naires de référence depuis le décès de Pierre Bergé en 2017, se sont engagés par écrit le 25 octo­bre 2018 à accorder au pôle d’indépendance un droit d’agrément, clause per­me­t­tant d’approuver ou de refuser l’arrivée de tout nou­v­el action­naire con­trôlant. Ils s’étaient égale­ment engagés à ne pas opér­er de mou­ve­ment cap­i­tal­is­tique tant que ce droit d’agrément n’était pas for­mal­isé.

Après bien­tôt un an d’intenses pour­par­lers, ce droit n’est tou­jours pas for­mal­isé. Durant l’été, l’ouverture de négo­ci­a­tions exclu­sives par MM. Pigasse et Kretinsky pour racheter les parts du groupe espag­nol Prisa, autre action­naire non con­trôlant du Groupe Le Monde, a ren­for­cé nos inquié­tudes.

Un garde-fou

Mar­di 3 sep­tem­bre, le pôle d’indépendance a donc demandé à Xavier Niel et Matthieu Pigasse, les deux action­naires majori­taires, de tenir leur engage­ment à garan­tir notre indépen­dance et de sign­er ce droit d’agrément avant le 17 sep­tem­bre. Ce qu’a fait Xavier Niel lun­di 9 sep­tem­bre.

Nous, jour­nal­istes, atten­dons de Matthieu Pigasse qu’il agisse de même. Nous deman­dons égale­ment à son nou­v­el asso­cié, Daniel Kretinsky, de cosign­er cet accord. En fidél­ité aux engage­ments moraux que Pierre Bergé avait pris de son vivant envers Le Monde et avec lesquels il n’avait jamais tran­sigé, nous appelons Madi­son Cox, son ayant droit, à être aus­si cosig­nataire.

Ce droit d’agrément con­stitue une pièce indis­pens­able pour com­pléter et ren­forcer le mécan­isme qui pro­tège notre tra­vail. Sans ce garde-fou, l’entrée au cap­i­tal d’un nou­v­el action­naire qui ne respecterait pas les équili­bres en place depuis près de dix ans entre la rédac­tion et les pro­prié­taires de l’entreprise men­ac­erait la place sin­gulière du Monde dans la presse française.

Engage­ments respec­tés

L’enjeu de notre démarche est sim­ple : il s’agit de traduire en droit l’esprit des rela­tions qui se sont nouées en 2010, lors du rachat du jour­nal, entre MM. Bergé, Niel et Pigasse, et notre rédac­tion. A l’époque, nous les avions choi­sis par un vote.

Depuis cette date, la sépa­ra­tion entre cap­i­tal et jour­nal­istes n’a souf­fert aucune excep­tion. Ce trio d’actionnaires a respec­té ses engage­ments. Il nous a apporté les moyens de notre développe­ment tout en respec­tant l’indépendance édi­to­ri­ale des dif­férents titres du Groupe Le Monde (Le Monde, Téléra­ma, Cour­ri­er inter­na­tion­al, La Vie…).

A rebours de la ten­ta­tion de l’information au rabais et des saignées dans les effec­tifs, la rédac­tion du Monde n’a per­du ni son âme ni sa sub­stance. L’information n’y a jamais été con­sid­érée comme un pro­duit ou une sim­ple source de prof­it. En dix ans, les effec­tifs de jour­nal­istes ont crû, pour attein­dre aujourd’hui plus de 450 per­son­nes.

En per­dant le con­trôle économique de notre entre­prise, en 2010, nous, jour­nal­istes, n’avons renon­cé ni à notre cul­ture d’indépendance, forgée par soix­ante-quinze années d’une his­toire mou­ve­men­tée, ni à notre capac­ité à nous mobilis­er pour défendre nos principes et nos valeurs. Nous avons con­servé la pleine maîtrise de nos écrits et de nos images. Cette lib­erté, préservée de toute forme d’intervention ou de jeu d’influence, nous a per­mis de pub­li­er enquêtes et infor­ma­tions inédites bous­cu­lant pou­voirs poli­tiques et économiques, en France comme à l’étranger.

Ren­forcer notre indépen­dance

Ceci est notre bien le plus pré­cieux. Toute mod­i­fi­ca­tion sub­stantielle du cap­i­tal sans l’aval des salariés entacherait la rela­tion bâtie depuis bien­tôt dix ans avec nos action­naires, jet­terait une ombre sur la valeur du jour­nal­isme du Monde et dégraderait la con­fi­ance de nos lecteurs.

A l’inverse, l’octroi d’un droit d’agrément ren­forcerait notre indépen­dance. Main­tenant que Xavier Niel a con­crétisé son engage­ment, nous atten­dons que Matthieu Pigasse ain­si que Daniel Kretinsky fassent de même.

Appel à témoignages : Lecteurs du « Monde », aidez la rédac­tion à défendre son indépen­dance

C’est l’occasion pour ce dernier de join­dre le geste à la parole et de démon­tr­er son « ambi­tion de soutenir le jour­nal­isme tra­di­tion­nel » et celle de « soutenir la démoc­ra­tie » affichées à Paris le 5 sep­tem­bre.

La sig­na­ture du droit d’agrément est un préal­able à l’ouverture de dis­cus­sions pour con­naître les réelles inten­tions de M. Kretinsky. Ce serait égale­ment un pre­mier signe que l’industriel com­prend la sin­gu­lar­ité du Groupe Le Monde.

Nous, jour­nal­istes du Monde, sommes déter­minés à défendre notre indépen­dance et ain­si préserv­er la rela­tion de con­fi­ance avec nos lecteurs. »

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