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Pub­lié le 19 novembre 2019 | Éti­quettes : , , ,

Manifestation des gilets jaunes du 16 novembre : un jeu d’ombres assumé pour les médias de grand chemin

Le jeu d’ombres, qui consiste à projeter sur l’écran la silhouette des personnages, est une technique prisée en photographie. Les médias de grand de chemin l’ont utilisée avec brio à l’occasion de la manifestation des gilets jaunes le 16 novembre à Paris.

Alors que les grands titres des médias nous ont gratifié des habituels compte rendus (« une manifestation marquée par des violences »), c’est une fois de plus dans les réseaux sociaux que des questions essentielles sur ces événements ont été soulevées. Et c’est dans les médias de grand chemin que des questions gênantes sont restées dans l’ombre.

Un rituel immuable

Le déroulement des manifestations des gilets jaunes à Paris ou en province semble obéir à un rituel immuable. Il y a l’annonce par la Préfecture de Police des moyens mobilisés pour « éviter les débordements ». Une annonce relayée largement et sans distance critique comme l’ont fait par exemple Yahoo actualités, BFMTV avec l’AFP, etc.

Les black blocs passent ensuite « à l’action » (il ne s’agit en effet pas d’une manifestation contre l’islamophobie) sous les caméras d’information en continue. Le téléspectateur ne pourra que se scandaliser des nombreuses agressions physiques contre les forces de l’ordre et des nombreux dégâts matériels. Les black bloc s’en sont donnés à cœur joie le 16 novembre, notamment en vandalisant une stèle en hommage au Maréchal Juin, comme le relate CNews et en allant jusqu’à traquer des policiers réfugiés dans une laverie, comme nous l’apprend LCI. L’obstruction du travail des pompiers est un autre motif d’indignation.

De la couverture médiatique de la manifestation, on retiendra essentiellement les violences et le souhait général « que cela cesse », sans que l’on sache s’il l’on parle des violences ou des manifestations, tant les unes que les autres étant amalgamées dans un élan de confusion et d’indignation.

L’anniversaire des gilets jaunes a été « violent » selon France Info, il a été éclipsé par les casseurs selon Le Parisien, on a assisté à une « flambée de violence » pour le Courrier Picard, « Le Préfet de Police dénonce l’attitude scandaleuse des manifestants » titre RTL, « Les pompiers caillassés et insultés à Paris lors de la manifestation des gilets jaunes » pour Le Figaro, etc.

A côté de cette représentation assez uniforme des événements, les réseaux sociaux soulèvent des questions et dénoncent la stratégie du commandement de la Police prise en haut lieux.

Des interrogations dont beaucoup de monde parle, comme, comment un pays comme la France n’arrive- t-il pas à garantir le calme lors des manifestations ? N’’y a t’il aucun moyen de neutraliser les quelques centaines de casseurs qui systématiquement s’en prennent aux policiers et commettent de nombreuses dégradations, alors que ces actes de violence sont annoncés, voire programmés ?

Au final, le résultat est toujours le même, on retient de la manifestation les nombreux incidents, ce qui aboutit à décourager certains manifestants mais aussi à une demande d’ordre de l’opinion publique.

Les réseaux sociaux bruissent de questions et de doutes

C’est sur les réseaux sociaux que des questions largement partagées sont posées. Sur le compte « la mort vue de près », on s’interroge, « Impossible de pénétrer dans une manif à Paris avec un Gilet Jaune sans se le faire confisquer et prendre une prune à 135€ , mais 500 Black Blocs ont réussi à passer sans problème ».

Philippe Murer diffuse sur son compte un extrait d’une interview d’une syndicaliste de la Police. Elle y rappelle comment les consignes étaient données sous le mandat de Nicolas Sarkozy pour neutraliser les casseurs, en les arrêtant préventivement. Une technique qui semblait efficace.

« Les Black Blocs", on les identifie, on sait comment les stopper avant l'entrée dans les cortèges" . Philippe Murer commente : "Il y a un laisser faire" volontaire La République perverse tente de discréditer les Gilets Jaunes et met policiers & familles en danger ».

En conclusion, Patrick Mignon écrit dans un tweet ce que beaucoup pensent :

« Quelques centaines (pour être "large") de #BlackBloc et des quartiers sont à feu. Il n’y a manifestement pas de volonté de la part de l’exécutif de faire cesser ces crimes et délits en donnant les ordres nécessaires ».

Figure univoque

Ce que l’on retient de tout cela, c’est qu’à l’occasion de la manifestation organisée le jour du premier anniversaire du début du mouvement des gilets jaunes, les figures du manifestant, du policier et du black block ont été présentées dans les médias de grand chemin de façon univoque et simpliste. Ces figures ressemblent plus à des silhouettes projetées sur une toile qu’à des personnages avec toute leur épaisseur et surtout leur contexte et leurs déterminants.

Le mouvement des gilets jaunes a peut-être été phagocyté par l’extrême gauche. Il est aussi peut-être devenu l’expression d’une société hyper individualiste. Mais la stratégie des forces de l’ordre questionne de nombreux citoyens, moins ou pas du tout les médias de grand de chemin. Dans le cas présent, seul le confinement des casseurs Place d’Italie, où des échafaudages de travaux et autres outils de chantier étaient présents, a fait débat.

Les doutes que beaucoup partagent nécessiteraient d’être vérifiés factuellement. C’est un véritable travail d’investigation qui est nécessaire à ce sujet et qui serait au moins aussi intéressant que des images de violence en continue dont on peut ignorer les tenants et les aboutissants. …En attendant la prochaine manifestation et les prochaines violences.

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