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Trump Media <span class="amp">&</span> Technology Group : quel avenir ?

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11 avril 2024

Temps de lecture : 5 minutes
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Trump Media & Technology Group : quel avenir ?

Temps de lecture : 5 minutes

On ne présente plus le milliardaire haut en couleurs qui brigue le siège de la Maison Blanche. Donald Trump a créé l’entreprise Trump Media & Technology Group (TMTG) en 2021, qui a été introduite en bourse en mars 2024, valorisée à 9,5 milliards de dollars, Donald Trump détenant 58% du capital. Pour le moment TMTG peine encore à prendre une vitesse de croisière.

TMTG, dernière chance économique de Trump ?

Tout avait pour­tant bien com­mencé. Le 26 mars, les actions de TMTG dépas­saient les 65 dol­lars, soit une aug­men­ta­tion de plus de 34%. L’entrée au Nas­daq, la bourse de New York, sem­blait réussie. La nou­velle était plus que bonne pour Don­ald Trump, qui comp­tait sur les crédits apportés par cette val­ori­sa­tion pour pay­er les amendes qui lui ont été infligées. La semaine précé­dente, il avait ain­si admis qu’il lui serait dif­fi­cile de réu­nir les 454 mil­lions de dol­lars demandés comme une garantie pour sus­pendre un juge­ment au civ­il qui le con­damnait pour fraudes finan­cières dans le cadre de ses biens immo­biliers. Pour sauver son pat­ri­moine, Don­ald Trump avait donc déposé une cau­tion de 175 mil­lions de dol­lars pour pou­voir faire appel.

Les médias jouent ici un rôle financier bien plus qu’informatif. Il ne s’agit pas unique­ment pour Don­ald Trump de défendre la vérité, pour repren­dre en sub­stance ces ter­mes, mais aus­si de trou­ver des fonds qui lui font défaut. La cam­pagne prési­den­tielle approche, et avec elle les nom­breux meet­ings et autres opéra­tions de com­mu­ni­ca­tion dont le suc­cès se mesure sou­vent au bud­get. Don­ald Trump, pour­suiv­is par de nom­breux juges pour des raisons légitimes ou pure­ment poli­tiques, doit égale­ment sol­der ses amendes ou gag­n­er ses procès pour être crédi­ble. Son entre­prise TMTG et la réus­site de son intro­duc­tion en bourse sont donc absol­u­ment primordiales.

Une entrée en bourse en fanfare

Or, juste­ment, l’entrée spec­tac­u­laire en bourse de TMTG avait fait virtuelle­ment gag­n­er à Don­ald Trump plus de six mil­liards de dol­lars, grâce à ses presque qua­tre-vingts mil­lions d’actions. Mal­heureuse­ment, il existe ce que l’on appelle la péri­ode de ver­rouil­lage, ou lock-up : pen­dant six mois, il ne peut pas ven­dre ses actions, même si elles peu­vent être cédées à la jus­tice en matière de garantie. Encore faut-il que cette dernière les accepte. Une option peu prob­a­ble étant don­né le désir de cer­tains juges améri­cains démoc­rates de sabor­der la cam­pagne de Don­ald Trump et surtout la volatil­ité de l’action. Ain­si, les six mil­liards espérés après l’introduction en fan­fare de la fin du mois de mars n’en représen­taient plus, au début de la semaine suiv­ante, que moins de quatre.

Six mois à compter de l’introduction en bourse, on aura noté que cela repousse l’échéance à sep­tem­bre, soit après les pri­maires, mais juste avant l’élection elle-même. Si les Répub­li­cains peu­vent peut-être choisir Trump mal­gré ses procès, il n’en va pas for­cé­ment de même pour l’ensemble des Améri­cains. L’enjeu est donc pour Don­ald Trump de sécuris­er son entre­prise en bourse pour que ses actions suff­isent à sol­der tout compte. Dans ces con­di­tions, et vu la volatil­ité de l’action TMTG, les six mois de ver­rouil­lage sont par­ti­c­ulière­ment hand­i­ca­pants, mais étaient indis­pens­ables à l’accord passé entre TMTG et DWAC. Ce dernier acronyme désigne la société Dig­i­tal World Acqui­si­tion Corp. Cette société est ce qu’on appelle une SPAC, « spe­cial pur­pose acqui­si­tion com­pa­ny ». Il s’agit d’une coquille vide unique­ment des­tinée à entr­er en bourse pour ensuite fusion­ner avec une autre entre­prise, qui aura ain­si les clés de Wall Street plus aisément.

Un espoir ralenti

Après une semaine d’introduction qui lais­sait tout espér­er, les choses se sont gâtées après Pâques. Lun­di 1er avril, cer­tains se sont mis à douter que TMTG aient les moyens d’assurer ses oblig­a­tions finan­cières. L’action s’est alors effon­drée de plus de 21% et a per­du un cinquième de sa valeur. En réal­ité, les action­naires de TMTG peu­vent être classés en trois pro­fils. Ceux qui croient en l’avenir de Truth Social comme d’autres ont cru en Face­book, ceux qui veu­lent soutenir Don­ald Trump, et enfin ceux qui veu­lent gag­n­er rapi­de­ment de l’argent. Ces derniers achè­tent des actions à bas prix à l’introduction en bourse, mis­ant sur l’engouement pour « l’action de Trump » pour avoir une hausse rapi­de, et reven­dent aus­sitôt, ayant qua­si­ment dou­blé leur mise. Une spécu­la­tion dan­gereuse, qui engen­dre une volatil­ité que détes­tent les financiers.

Une valorisation de papier

TMTG, quoique val­orisée à plusieurs mil­liards de dol­lars, n’a pas un sou vail­lant. Elle n’est guère des­tinée qu’à gér­er Truth Social, le réseau créé par Don­ald Trump en févri­er 2022, juste après son ban­nisse­ment de Face­book et Twit­ter, ban­nisse­ment qui suiv­ait l’invasion du Capi­tole par ses par­ti­sans. Avec moins de neuf mil­lions d’inscrits, con­tre 73 mil­lions d’utilisateurs act­ifs pour Red­dit par exem­ple, un réseau social notam­ment con­nu pour ses memes ou pour la « pix­el war », Truth Social patine. Con­séquence, TMTG n’a même pas dégagé 1,5 mil­lion de dol­lars de chiffre d’affaires en 2022, et 4,1 mil­lions de dol­lars en 2023.

Cette même année, Red­dit dégageait 800 mil­lions de dol­lars de chiffre d’affaires. En 2023, TMTG avait égale­ment admis avoir per­du près de soix­ante mil­lions de dol­lars. Autrement dit, l’entreprise est défici­taire. Sa val­ori­sa­tion d’avril 2024 de plusieurs mil­liards n’en est que plus éton­nante. Cela peut expli­quer que les experts financiers n’y croient guère, ce qui n’est pas pour sta­bilis­er la cote. TMTG risque de rester l’action de Trump, qui n’attire que ses sou­tiens, pas néces­saire­ment au fait des rouages de la bourse, et les spécu­la­teurs à la recherche d’un prof­it rapi­de, qui les con­nais­sent trop bien. Mais les par­ti­sans de Trump ne sont pas à la recherche d’un prof­it économique mais bien politique.

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