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Les journalistes protestent contre le verrouillage médiatique de l’Élysée

18 avril 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Les journalistes protestent contre le verrouillage médiatique de l’Élysée

L’Association de la presse présidentielle (APP) qui regroupe depuis 1928 les journalistes chargés de suivre l’actualité de la Présidence de la République Française, s’indigne que le chef de l’État écarte la presse de ses déplacements.

Après la dif­fu­sion des images du déplace­ment d’Emmanuel Macron à Pan­tin le 7 avril, qui ont mon­tré la for­ma­tion d’un attroupe­ment juste devant le Prési­dent en pleine péri­ode de con­fine­ment, l’Élysée sem­ble avoir franchi un cap dans le ver­rouil­lage de sa communication.

Dans un com­mu­niqué en date du jeu­di 9 avril, l’APP dénonce le déplace­ment du prési­dent le matin même au Cen­tre Hos­pi­tal­ier Uni­ver­si­taire du Krem­lin-Bicêtre sans qu’aucun jour­nal­iste n’ait été présent pour cou­vrir l’évènement. Le col­lec­tif de jour­nal­iste pour­suit en indi­quant que cette vis­ite ne revê­tait pas un car­ac­tère privé, en rai­son de la dif­fu­sion des images par l’Élysée sur ses pro­pres médias soci­aux, notam­ment une séquence où l’on peut voir Emmanuel Macron applau­di par une par­tie du per­son­nel soignant de l’établissement.

Des images qui ont immé­di­ate­ment été accusées de manip­u­la­tion. Dans un arti­cle paru le soir même, Le Parisien rap­porte que « Ce que l’on ne voit pas sur la séquence dif­fusée, c’est l’in­vec­tive d’une soignante. Syn­diquée CGT, c’est elle qui enjoint ses col­lègues à applaudir tous les soignants engagés sur le front de la lutte con­tre le coro­n­avirus après avoir pris à par­tie le prési­dent de la République ».

Un aide-soignant ajoute même « C’est dom­mage que per­son­ne n’ait eu l’idée de filmer l’in­té­gral­ité de l’in­ter­ven­tion, on a été pris au dépourvu, nous ne savions pas qu’il serait là, et il faut dire que l’on a autre chose à penser et à faire en ce moment », des pro­pos qui lais­sent enten­dre que si la presse n’était pas au courant de ce déplace­ment, une par­tie du per­son­nel de l’hôpital ne l’était vis­i­ble­ment pas non plus.

Cette volon­té d’occulter une par­tie des infor­ma­tions est donc au cœur de ce que dénonce l’Association, pré­cisant dans son com­mu­niqué que « ces dernières semaines, à plusieurs repris­es, les équipes de l’Élysée ont égale­ment empêché ou inter­rompu des jour­nal­istes lors de pris­es de vues ou de son lors d’échanges du chef de l’État ».

Une sit­u­a­tion prob­lé­ma­tique dont s’est ému le jour­nal La Provence, qui est revenu ce ven­dre­di 10 avril sur le déplace­ment d’Emmanuel Macron, la veille, à l’Institut Hos­pi­ta­lo-Uni­ver­si­taire de Mar­seille pour y ren­con­tr­er Didi­er Raoult, juste après son pas­sage au CHU du Kremlin-Bicêtre.

Selon le quo­ti­di­en région­al, la vis­ite « hors presse » du Prési­dent sup­posée être « privée », l’a été en réal­ité « avec suff­isam­ment de fuites pour que toute la presse soit au courant, fasse le pied de grue pen­dant plus de trois heures sur le trot­toir d’en face, sécu­rité prési­den­tielle oblige, et que des images plus ou moins loin­taines tombent pile pour le 20-Heures. »

Face à ces pra­tiques, l’APP indique s’alerter de la dégra­da­tion de la cou­ver­ture des déplace­ment prési­den­tiels, qu’elle juge « inédite dans un quin­quen­nat ».

Il sem­ble donc que nous assis­tons là à une forme de com­mu­ni­ca­tion qui relève plus de la pro­pa­gande que de l’information, selon les ter­mes du jour­nal­iste poli­tique Yoann Usaï sur CNews, qui a égale­ment déclaré « Macron ne veut plus de jour­nal­istes. Il a peur de quoi ? Est-ce qu’il cherche à cacher quelque chose ? ». Une inter­ro­ga­tion légitime qui va dans le sens de ce que dénonce l’APP, qui pré­cise que « la com­mu­ni­ca­tion du pou­voir ne peut tenir lieu d’information des citoyens ».

L’Association con­clut son com­mu­niqué en deman­dant « la présence sys­té­ma­tique de jour­nal­istes lors des déplace­ment offi­ciels du Chef de l’État pour assur­er la plus grande trans­parence et l’information de tous ». Des élé­ments con­sti­tu­tifs de la lib­erté d’informer, pili­er essen­tiel d’une démoc­ra­tie, qui sem­ble pour­tant de plus en plus mise à mal avec la nou­velle loi Avia à venir.

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