Accueil | Actualités | Médias | Le tchèque Daniel Kretinsky s’invite au Monde de Pigasse
Pub­lié le 19 octobre 2018 | Éti­quettes : , , , , ,

Le tchèque Daniel Kretinsky s’invite au Monde de Pigasse

Nous vous avions déjà présenté Daniel Kretinsky, nouveau propriétaire de l’hebdomadaire Marianne, en cours de rachat de Elle en France et d’autres publications du groupe Lagardère Active. Par un coup d’éclat, Kretinsky prend une participation minoritaire au Monde, via les parts détenues par Matthieu Pigasse.

Le Monde Libre un ménage à trois plus un

En 2010, lors du rachat du journal du soir, un trio est constitué de Pierre Bergé (décédé), Xavier Niel (son infographie ici), Matthieu Pigasse (son infographie ici) auquel se joint le groupe espagnol Prisa. Leur société Le Monde Libre détient 75% des actions du journal. Mais la répartition précise des actions entre les trois personnes physiques est cachée (si un lecteur peut nous éclairer, merci). Prisa annonçant ne détenir que le cinquième des parts, si on prend une répartition égalitaire, Matthieu Pigasse détient a minima 20% des actions du groupe Le Monde, peut être plus.

Le Nouveau Monde tangue

De son côté Pigasse agit via sa holding NEI Nouvelles Editions Indépendantes (Inrocks, Radio Nova, etc) qui détient les parts du Monde Libre via une autre société Le Nouveau Monde. On parle d’un rachat entre 40 et 49% des parts sans savoir précisément si seule la société Le Nouveau Monde est concernée ou s’il s’agit des NEI. Dans les deux cas une participation de 49% laisse le pouvoir à Matthieu Pigasse qui est majoritaire. Mais on voit mal pourquoi Kretinsky (auquel des sources tchèques prêtent l’intention de racheter Le Monde) se contenterait de 40% une simple minorité de blocage ou même de 49% qui n’apporte rien de plus.

Et les affaires personnelles de Pigasse aussi

Les affaires médiatiques personnelles de Pigasse ne vont pas très bien. Les Inrocks sont en panne et licencient, Radio Nova ne va guère mieux, il n’est pas certain que Rock en Seine soit bénéficiaire. MediaWan (voir infra) a besoin de capitaux. Il recherche donc un partenaire financier. La tentation est grande (même s’il s’en défend) de laisser sa participation au Monde au Tchèque pour se consacrer aux sociétés en nom propre dépendant des NEI, sa holding personnelle. Ou encore investir dans MediaOne en association avec Xavier Niel et Pierre Antoine Capton, un fonds d’investissement médias où Pigasse annonçait en février 2016, vouloir injecter trois milliards d’euros avec ses associés.

Inquiétude du Pôle d’indépendance du groupe Le Monde

Le Pôle d’indépendance qui regroupe lecteurs, rédacteurs, salariés, fondateurs dispose d’un droit de regard mais sa position minoritaire ne lui donne pas de droit de veto devant l’arrivée d’un nouvel entrant. Son communiqué marque l’anxiété des minoritaires, placés de fait hors jeu.

« Face à la brutalité de cette annonce, le Pôle d’indépendance souhaite s’entretenir rapidement avec les actionnaires majoritaires du groupe. Il demande également à rencontrer M. Kretinsky ou son représentant en France pour éclaircir ses intentions et obtenir de sa part les garanties indispensables du respect des valeurs et règles d’indépendance qui régissent l’ensemble des titres du groupe Le Monde.
Le Pôle d’indépendance organisera dans les plus brefs délais une réunion d’information des personnels. »

Les grandes manœuvres ont commencé, Xavier Niel dont l’empire téléphonique Free a perdu de sa superbe pourrait être tenté de sortir avec bénéfices, Pigasse commence à vendre, la succession de Pierre Bergé est administrée par son ancien amant plus intéressé par l’art des jardins que celui des médias. Qui pourrait se cacher derrière Daniel Kretinsky et dans quels desseins ? Nous le saurons dans les prochains épisodes qui peut-être nous surprendront tout autant que les acteurs du Pôle d’indépendance.

Photo : Capture d’écran vidéo Kryštof Raška. DR
Voir aussi

Infographie : Matthieu Pigasse

Tant que vous êtes ici...

Ce contenu a été financé par les donateurs de l'OJIM

L’Ojim est là pour vous aider à vous guider dans le monde opaque et souvent univoque des médias.

Contrairement à beaucoup, nous avons choisi une formule gratuite qui permet de mettre nos informations à la disposition de tous, indépendamment de leurs moyens. L’Observatoire est totalement indépendant, libre de toute publicité, de toute subvention, de tous actionnaires. Ce qui nous permet de donner une voix à ceux qui sont rarement entendus. Ce qui nous différencie de nombreux médias à un moment où la loyauté de l’information devient cruciale. Votre contribution, modeste ou importante, sert directement à régler la partie technique du site et à rémunérer nos rédacteurs. Chaque don bénéficie d’un reçu fiscal de 66%. Un don de 100 € ne vous coûtera que 33 €. Merci de votre soutien.