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Invasion migratoire à Ceuta : la fabrique du consentement par les médias de grand chemin

4 août 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Invasion migratoire à Ceuta : la fabrique du consentement par les médias de grand chemin

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Invasion migratoire à Ceuta : la fabrique du consentement par les médias de grand chemin

4 août 2021

Red­if­fu­sion esti­vale. Pre­mière dif­fu­sion le 25 mai 2021

L’enclave espagnole de Ceuta en Afrique du nord vient de vivre une séquence d’invasion migratoire particulièrement aiguë. Selon des sources concordantes, les incursions de nombreux clandestins ont été tacitement autorisées, voire téléguidées, par les autorités marocaines à partir du 18 mai. En deux jours, ce ne sont pas moins de 8 000 personnes qui se sont introduites clandestinement dans le territoire espagnol.

Bien que cette inva­sion soit plus qu’inamicale et con­traire aux engage­ments du Maroc de con­tenir les départs clan­des­tins de son pays, celle-ci a été traitée essen­tielle­ment sous l’angle human­i­taire par les médias de grand chemin.

Récit narratif culpabilisant

Comme lors de la crise migra­toire de 2015, le réc­it nar­ratif de l’immigration clan­des­tine a une nou­velle fois visé à grand ren­fort d’images choc à cul­pa­bilis­er les Européens pour qu’ils acceptent de très nom­breux migrants de cul­ture arabo-musul­mane. Nous revenons en détail sur la fab­rique du con­sen­te­ment de l’opinion publique par les médias de grand chemin dans ce nou­v­el épisode de l’invasion migra­toire de l’Europe.

Le contexte

Le Front Polis­ario milite depuis de nom­breuses années pour l’indépendance du Sahara occi­den­tal situé au Maroc. Les autorités maro­caines sont très sen­si­bles à tout ce qui peut s’apparenter à un sou­tien de ce mou­ve­ment. Un évène­ment récent a con­tribué à dégrad­er les rela­tions entre le Maroc et l’Espagne.

Selon le jour­nal espag­nol El Inde­pen­di­ente, l’Espagne a accueil­li le 21 avril le leader du Front Polis­ario pour qu’il se fasse soign­er du coro­n­avirus. Le quo­ti­di­en pré­cise que cet accueil « pour motif human­i­taire » a été annon­cé offi­cielle­ment par le min­istre des affaires étrangères espagnol.

« Le Maroc exprime son “exas­péra­tion” après l’accueil du chef du Polis­ario en Espagne », nous informe le 25 avril L’Orient-le jour. On apprend à la lec­ture de l’article que « Le chef de la diplo­matie maro­caine Nass­er Bouri­ta a con­vo­qué l’am­bas­sadeur espag­nol pour exprimer “une incom­préhen­sion et une exas­péra­tion” et “deman­der des expli­ca­tions” ». Mais les autorités maro­caines n’allaient pas en rester là.

L’Union européenne délègue la surveillance des frontières de l’Espagne au Maroc

Les Maro­cains sont très nom­breux à migr­er clan­des­tine­ment en Europe, et en France en par­ti­c­uli­er. Dans un arti­cle paru en sep­tem­bre 2020, Chal­lenge Maroc nous appre­nait que les Maro­cains « tien­nent (…)  le haut du pavé des arrivées « irrégulières » de migrants vers l’Europe au titre de l’année 2019 ».

Selon les chiffres disponibles sur le site du Haut-Com­mis­sari­at aux réfugiés de Nations Unies, cette ten­dance s’est pour­suiv­ie en 2020.

Dans ce con­texte, l’Union européenne aide finan­cière­ment les autorités maro­caines à juguler l’immigration clandestine.

Sur son site, le con­seil européen nous informe que « l’UE (a noué) un parte­nar­i­at étroit avec le Maroc, en vue de con­tribuer au ren­force­ment du con­trôle des fron­tières et à la lutte con­tre la traite des migrants ». Le jour­nal La Croix nous infor­mait en décem­bre 2020 que « depuis 2018, 343 mil­lions d’aide ont été ver­sés par l’Union européenne au roy­aume chéri­fien, notam­ment pour la for­ma­tion de sa police » et que « Rabat est cen­tral dans la poli­tique européenne visant à con­tenir les immi­grants illé­gaux ». Mais, comme la suite des événe­ments allait le mon­tr­er, recourir à un pays tiers pour sur­veiller ses fron­tières n’est pas sans risque.

L’invasion migratoire à partir du 17 mai

Faute de volon­té poli­tique de la refouler, l’immigration clan­des­tine est con­tin­ue en mer méditer­ranée entre l’Afrique et l’Europe. La journée du lun­di 17 mai a été mar­quée par un pic impres­sion­nant à la pointe nord du con­ti­nent africain : « Au moins 5 000 migrants sont par­venus, lun­di 17 mai, à attein­dre l’en­clave de Ceu­ta depuis le Maroc voisin, ont rap­porté les autorités espag­noles qui évo­quent un “record” », nous informe France Info le mar­di 18 mai.

Ce même jour, L’Obs nous infor­mait que le nom­bre des arrivées clan­des­tines atteignait 8 000 selon le min­istère espag­nol de l’Intérieur. « 4 000 ont été ren­voyés au Maroc ».

Une violence minimisée

Si la fron­tière entre le Maroc et le ter­ri­toire espag­nol de Ceu­ta est  insuff­isam­ment gardée, les clan­des­tins doivent néan­moins forcer le pas­sage pour la franchir. Très peu de médias français ont mon­tré les véri­ta­bles scènes de guéril­la qui y ont lieu.

Le 20 mai, France 24 par­le pudique­ment de « heurts entre police maro­caine et migrants voulant rejoin­dre Ceu­ta ». Mais avant que les autorités maro­caines essaient de con­tenir le flux migra­toire qu’elles ont provo­qué, ce sont les douaniers espag­nols qui ont subi les assauts des migrants.

Le jour­nal espag­nol local, El Faro de Ceu­ta, évoque une « offen­sive his­torique que l’on avait jamais con­nue aupar­a­vant ». Ce sont en effet des images de guéril­la à Tara­jal que le jour­nal a mis en ligne sur son site : d’un côté des migrants qui jet­tent des pier­res con­tre les gardes civils espag­nols, de l’autre, des tirs de grenades lacry­mogènes pour con­tenir les assauts des migrants. On apprend que la mobil­i­sa­tion de l’armée, de la police nationale, de la police locale et de la garde civile est néces­saire pour faire face à ce que le jour­nal­iste qual­i­fie de « chaos ».

Réactions de défense à l’invasion migratoire

Très rapi­de­ment, de nom­breux médias, à l’instar de 7sur7.be le 19 mai, nous infor­ment de la réac­tion du vice-prési­dent de la Com­mis­sion européenne, Mar­gari­tis Schinas :

« L’Eu­rope “ne se lais­sera intimider par per­son­ne” sur le thème migra­toire (…). “Ceu­ta, c’est l’Eu­rope, cette fron­tière est une fron­tière européenne et ce qui se passe là-bas n’est pas le prob­lème de Madrid, c’est le prob­lème de tous” les Européens ». On apprend égale­ment par le média belge que « Brux­elles avait déjà exprimé mar­di sa sol­i­dar­ité vis-à-vis de l’Es­pagne et appelé le Maroc, par la voix de la com­mis­saire européenne Ylva Johans­son, à empêch­er les “départs irréguliers” depuis son ter­ri­toire ».

Le gou­verne­ment espag­nol ne tarde égale­ment pas à réa­gir : « Le gou­verne­ment espag­nol a (…), accusé le Maroc d’ ”agres­sion” et de “chan­tage” (…) après l’ar­rivée de plus de 8 000 migrants depuis lun­di dans l’en­clave espag­nole de Ceu­ta », nous apprend La Provence le 20 mai.

Quelques jours après le pic d’arrivées clan­des­tines le 18 mai, la présen­ta­tion de l’invasion migra­toire à Ceu­ta va chang­er. Après les rares images et arti­cles mon­trant et décrivant la déter­mi­na­tion des clan­des­tins à gag­n­er l’Europe coûte que coûte, c’est le réc­it d’un drame human­i­taire qui prend le dessus. Bien qu’ils ne soient jamais men­tion­nés, ce sont, au tra­vers des images mon­trant des sit­u­a­tions de détresse, les efforts qui sont faits pour faire respecter la fron­tière qui appa­rais­sent comme cru­els et déplacés. D’un con­flit diplo­ma­tique, on passe à un drame human­i­taire décontextualisé.

À suiv­re.

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