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Invasion migratoire à Ceuta : la fabrique du consentement par les médias de grand chemin. Deuxième partie

4 août 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Invasion migratoire à Ceuta : la fabrique du consentement par les médias de grand chemin. Deuxième partie

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Invasion migratoire à Ceuta : la fabrique du consentement par les médias de grand chemin. Deuxième partie

4 août 2021

Red­if­fu­sion esti­vale. Pre­mière dif­fu­sion le 26 mai 2021

L’enclave espagnole de Ceuta en Afrique du nord vient de vivre une séquence d’invasion migratoire particulièrement aigue. Selon des sources concordantes, les incursions de nombreux clandestins ont été tacitement autorisées, voire téléguidées, par les autorités marocaines à partir du 18 mai. En deux jours, ce ne sont pas moins de 8 000 personnes qui se sont introduites clandestinement dans le territoire espagnol. Bien que cette invasion soit plus qu’inamicale et contraire aux engagements du Maroc de contenir les départs clandestins de son pays, celle-ci a été traitée essentiellement sous l’angle humanitaire par les médias de grand chemin.

Voir la pre­mière par­tie de l’article ici.

Le maintien des mineurs marocains en Espagne : une évidence pour les médias de grand chemin

Très rapi­de­ment, le main­tien des mineurs maro­cains qui ont réus­si à pass­er en Espagne est présen­té comme une évi­dence par les médias de grand chemin.

France info résume ain­si le 22 mai cette vision de la situation :

« Si beau­coup (de migrants NDLR) n’ont pas réus­si à rester en Espagne, ce n’est pas le cas des mineurs venus du Maroc. La loi espag­nole inter­dit leur expul­sion ».

Le jour­nal L’Express donne dans un arti­cle sur le sujet la parole à un respon­s­able d’une asso­ci­a­tion qui regroupe des ONG dans le domaine de la défense des droits des enfants :

« La loi inter­dit qu’un mineur soit ren­voyé dans le pays d’où il vient sans que sa sit­u­a­tion soit éval­uée avec soin. “Ren­voy­er des enfants n’est pas légal et ne peut pas être toléré”, aver­tit Ricar­do Ibar­ra, respon­s­able d’une asso­ci­a­tion qui regroupe des ONG dans le domaine de la défense des droits des enfants ».

Séquences lacrymales

Des reportages clef en main sem­blent avoir été don­nés aux médias de grand chemin pour présen­ter le con­flit entre l’Espagne et la Maroc comme un drame human­i­taire. Tant lors de l’émission L’info du vrai sur Canal+ le 19 mai que lors du jour­nal télévisé de 20 heures sur TF1 le 20 mai, les mêmes images passent en boucle :

  • Un bébé sauvé de la noy­ade par un garde civ­il espag­nol. « L’histoire d’une pho­to dev­enue sym­bole d’un drame human­i­taire », s’empresse de titr­er le Parisien le 20 mai. Le site Fdes­ouche a fait un plan large de la scène. On peut y voir que celle-ci se passe certes dans l’eau, mais à prox­im­ité immé­di­ate de la côte. Cela amène PXM à com­menter sur Twit­ter :

https://twitter.com/pxm2m/status/1395382525845983233

  • Un ado­les­cent avec des bouées de sauve­tage de for­tune qui a toutes les peines à gag­n­er la côte à la nage. France 2 résume le reportage cen­tré sur le drame human­i­taire de l’invasion migra­toire  : « les enfants au cœur du chaos ».

Peu importe que le Réseau maro­cain des jour­nal­istes des migra­tions ait pour l’occasion rap­pelé les principes déon­tologiques issus de la Charte éthique sur la cou­ver­ture médi­a­tique des migra­tions, comme notam­ment celui qui pré­conise que « les mineurs non accom­pa­g­nés ne doivent pas être pho­tographiés ou filmés sauf si leurs vis­ages sont entière­ment floutés ».

Tout sem­ble bon pour faire pleur­er dans les chau­mières, faire la course à l’audience et manip­uler l’opinion publique.

La journée du same­di 22 mai est mar­quée par une nou­velle illus­tra­tion de l’influence du lob­by immi­gra­tionniste. Une sec­ouriste de la Croix rouge espag­nole, dont les images de l’accolade avec un clan­des­tin ont tourné en boucle dans les médias, aurait été vic­time de har­cèle­ment en ligne sur les réseaux soci­aux. Twit­ter a rapi­de­ment placé le hash­tag avec son nom #LunaReyes en tête des occur­rences. De nom­breux médias, comme Le Guardian, Le Parisien, s’empressent de désign­er les coupables : « l’extrême droite ». Le tour est joué : par un beau détourne­ment accusatoire, ce n’est plus le gou­verne­ment maro­cain qui est pointé du doigt, mais « l’extrême droite ».

Hors-champ

À aucun moment la dimen­sion cul­turelle et civil­i­sa­tion­nelle de l’immigration issue du Maroc n’a été évo­quée pen­dant les jours qui ont suivi l’irruption mas­sive de clan­des­tins le 18 mai. Peu importe que selon une asso­ci­a­tion maro­caine mil­i­tant pour la lib­erté de culte citée par France info, les chré­tiens soient per­sé­cutés au Maroc. Peu importe qu’une vision patri­ar­cale du cou­ple, à l’extrême opposée de celle pro­mue par l’Union européenne, soit encore prég­nante au Maroc, comme le souligne Le reporter Maroc. Peu importe que les homo­sex­uels aient été récem­ment vic­times d’une « une cam­pagne de haine sans précé­dent » au Maroc, comme le souligne le site d’information maro­cain Tel Quel cité par Cour­ri­er inter­na­tion­al.

Dans la chronolo­gie des événe­ments, la nar­ra­tion du con­flit diplo­ma­tique entre le Maroc et l’Espagne a vite lais­sé la place à la présen­ta­tion d’un drame exclu­sive­ment human­i­taire, avec des migrants vic­times des fron­tières. Rien d’étonnant dans ces con­di­tions que le pro­jet de peu­ple­ment des pays européens par l’Union européenne con­tin­ue imperturbablement. 

Épilogue

Hasard du cal­en­dri­er, 6 jours avant l’invasion migra­toire organ­isée par les autorités maro­caines la com­mis­saire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johans­son, et Fil­ip­po Gran­di, Haut-Com­mis­saire des Nations Unies pour les réfugiés, ont martelé lors d’une con­férence de presse organ­isée le 11 mai, qu’aucun refoule­ment de clan­des­tins arrivant en bateau ne devait être organ­isé en mer méditerranée.

Cette posi­tion part du pos­tu­lat que tous les migrants venant clan­des­tine­ment en Europe par la mer méditer­ranée sont poten­tielle­ment des deman­deurs d’asile, peu importe qu’ils y vien­nent pour des raisons économiques. Autant ouvrir car­ré­ment les fron­tières avec un tel désarme­ment moral.

Nous appre­nions égale­ment par Ouest-France le 20 mai que « la Com­mis­sion européenne est en con­tact avec les États mem­bres pour met­tre sur pied un sys­tème de répar­ti­tion dans l’Union européenne (UE) des migrants qui arriveront en Ital­ie l’été prochain ». Les déc­la­ra­tions mar­tiales après l’invasion migra­toire téléguidée par les autorités maro­caines sont déjà bien loin, peu importe qu’il s’agisse égale­ment d’immigration clan­des­tine arrivant sur les côtes ital­i­ennes. Ce n’était donc qu’un épisode un peu plus aigu qu’à l’accoutumée du peu­ple­ment du con­ti­nent européen par des pop­u­la­tions allogènes. Les médias de grand chemin auront rival­isé pour le trans­former en un drame exclu­sive­ment human­i­taire. Mis­sion accomplie.

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