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Infox/fake news : les grands médias premiers responsables, l’exemple du Spiegel

7 janvier 2019

Temps de lecture : 3 minutes
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Infox/fake news : les grands médias premiers responsables, l’exemple du Spiegel

Un des mots de l’année 2018 restera fake news (infox en français). Depuis les « mauvais votes » du Brexit, de la victoire de Donald Trump ou celle de Salvini/De Maio en Italie les grands médias et le camp libéral libertaire ont trouvé une justification et une cible. Une justification pro domo : ils ne sont pour rien pour leurs défaites, le camp du Mal aurait trompé le peuple abusé dans son vote par les fausses nouvelles. Une cible : pour que le Mal ne se propage pas, le camp du Bien doit protéger le peuple des mauvaises informations par un cordon sanitaire législatif (Allemagne, France) et la collaboration active de l’appareil de censure des nouveaux acteurs des réseaux sociaux, les GAFAM. Hélas, les grands médias eux aussi propagent régulièrement de fausses nouvelles. Un exemple en Allemagne au Spiegel.

Der Spiegel : miroir moral libéral

Infox/fake news : les grands médias premiers responsables, l’exemple du Spiegel Le Miroir (Der Spiegel en alle­mand) est l’hebdomadaire alle­mand le plus con­nu et le plus ven­du. Libéral, pro­gres­siste, pro-Brux­elles, il revendique plus de 700.000 copies ven­dues et plus de six mil­lions de lecteurs en ligne, et a influ­encé les mag­a­zines français Le Point et L’Express. Il se présente comme une autorité morale, défenseur des lib­ertés (Stur­mgeschütz der Demokratie « artillerie de la démoc­ra­tie »), spé­cial­iste du jour­nal­isme d’investigation et de la véri­fi­ca­tion de l’information. Une sorte d’hybride entre l’anglais The Econ­o­mist et le français L’Obs.

Der Spiegel inventait certaines enquêtes

Le nom de Claas Relotius, déjà célèbre en Alle­magne avant cette date l’est encore plus fin 2018 mais à son corps défen­dant. Relotius, jour­nal­iste vedette du jour­nal, avait été en 2014 « jour­nal­iste de l’année » de CNN (chaîne améri­caine elle-même con­nue pour sa vision biaisée de l’actualité) et récom­pen­sé de l’équivalent du prix Pulitzer alle­mand. Il avait reçu l’année d’avant le prix médias décerné par l’Association Suisse des jour­nal­istes catholiques (ASJC). Relotius, jeune jour­nal­iste de 33 ans avait eu son heure de gloire en exploitant des sujets à sen­sa­tion : une femme qui suiv­ait une à une les exé­cu­tions aux États-Unis, un ado­les­cent syrien qui aurait déclenché la guerre dans son pays etc. Mais… au moins une douzaine de ces reportages étaient pure­ment et sim­ple­ment inven­tés de toutes pièces.

Retombées en cascade

L’affaire a été décou­verte par un con­frère de Relotius, Juan Moreno, qui enquê­tait en par­al­lèle fin 2018 sur la car­a­vane des migrants par­courant le Mex­ique pour ral­li­er les États-Unis. Moreno a inter­rogé des pro­tag­o­nistes améri­cains de l’affaire (sup­posés avoir été en rela­tion avec Relotius) pour décou­vrir que ceux ci n’avaient jamais ren­con­trés le reporter. Depuis, une enquête interne tente de démêler entre ce qui a été pure­ment inven­té et ce qui pour­rai rester du fond factuel. La presse suisse alé­manique (NZZ an Son­ntag, Son­ntags Zeitung, Die Welt­woche, Reporta­gen) qui avait repris cer­tains des arti­cles de Relotius a annon­cé véri­fi­er ceux ci un par un. D’autres jour­naux alle­mands piégés (Die Welt, Die Tageszeitung, Neue Zürcher Zeitung) font de même.

Le rédac­teur en chef du Spiegel, Stef­fen Klus­mann a mis à pied deux édi­teurs Ulrich Fitch­n­er et Matthias Gey­er. Le pre­mier avait « décou­vert » Relotius et le sec­ond était son supérieur direct. Mais c’est tout le ser­vice société du jour­nal qui est touché et sa crédi­bil­ité dure­ment entamée et pour longtemps. La Colum­bia Jour­nal­ism Review, sous la sig­na­ture de Craig Sil­ver­man, avait admiré en avril 2010 la « plus grande équipe de véri­fi­ca­tion des faits » employ­ant alors 80 per­son­nes à plein temps. Comme les Décodeurs du Monde, Der Spiegel avait soigneuse­ment oublié de bal­ay­er devant sa porte.

 

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