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Der Spiegel pris dans le piège indien

6 mai 2023

Temps de lecture : 4 minutes
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Der Spiegel pris dans le piège indien

Temps de lecture : 4 minutes

Toujours prompt à traquer ce qu’il considère comme étant raciste chez les autres, et en particulier dans les autres médias, le magazine d’investigation allemand Der Spiegel, parfois qualifié de « Gestapo de notre temps » (Franz Joseph Strauß) ou de « feuille de merde » (Willy Brandt), est pris à son propre jeu. Un événement d’importance : Der Spiegel est l’hebdomadaire allemand le plus lu dans le pays après Stern, son grand rival, et a la particularité d’être généralement considéré comme plus sérieux. Il semble que ce soit raté. Et ce n’est pas la première fois.

Retour sur l’histoire du magazine

Der Spiegel est con­sid­éré comme un heb­do­madaire de cen­tre-gauche, à la fois pro­gres­siste et libéral. Il pub­lie des enquêtes qui se présen­tent comme fouil­lées, avec une recherche du sujet explosif. Surtout en cette époque de « buzz » dans laque­lle nous vivons. Un numéro du Spiegel com­porte 200 pages, une page sur deux étant une page de publicité.

Le mag­a­zine a dépassé le mil­lion de lecteurs en 1990, redescen­dant à un niveau de 700 000 lecteurs actuelle­ment. Son his­toire est émail­lée d’affaires sen­si­bles, qui le fait pass­er auprès de nom­breux alle­mands pour une sorte de parangon de la lib­erté de la presse. Il a pour­tant lui-même, et sou­vent récem­ment, peut-être pour lut­ter con­tre l’érosion de son lec­torat, été accusé de pra­tiques peu déon­tologiques. Déjà, en 1977, Der Spiegel pub­lie en cou­ver­ture une fil­lette âgée de 11 ans afin d’illustrer son enquête sur les « loli­tas ». La rédac­tion fera son mea cul­pa a ce pro­pos… en 2013, recon­nais­sant avoir, avec d’autres médias, con­tribué, sous cou­vert de révo­lu­tion sex­uelle, à la dif­fu­sion de la pédophilie en Alle­magne. Surtout, Der Spiegel, en 2006, a été débouté dans une affaire où il accu­sait la dynas­tie d’éditeurs Demon Schauberg de s’être enrichie à l’occasion de « l’aryanisation » de trois pro­priétés ayant appartenues à des familles juives. La mai­son d’édition a démon­tré que ces accu­sa­tions étaient fauss­es. 

Claas Relotius, petit reporter et falsificateur

Plus près de nous, en 2018, la rédac­tion a été oblig­ée d’admettre que l’un de ses prin­ci­paux col­lab­o­ra­teurs, Claas Relotius, fal­si­fi­ait ses arti­cles depuis de nom­breuses années, inven­tant par exem­ple des faits inex­is­tants. Or, ce jour­nal­iste avait reçu de nom­breuses récom­pens­es de la part du sys­tème médi­a­tique. Une affaire qui a fait désor­dre bien au-delà du Spiegel. Le mag­a­zine a été obligé de présen­ter ses excus­es à ses lecteurs.

Voir aus­si : Claas Relotius, saint, pêcheur, excom­mu­nié de la com­mu­nauté médiatique

Une nouvelle affaire touche Der Spiegel

Cette fois, c’est une car­i­ca­ture pub­liée en Une qui est con­tro­ver­sée. Der Spiegel est accusé de racisme. L’accusation ne provient pas de groupes mil­i­tants ou poli­tiques alle­mands mais d’un vaste pays : l’Inde. La cri­tique venue d’Inde vise une car­i­ca­ture pub­liée par le jour­nal pile au moment où l’Inde a démo­graphique­ment dépassé la Chine, un événe­ment qui a eu lieu la troisième semaine d’avril 2023.

Le dessin, réal­isé par le dessi­na­teur suisse Patrick Chap­pat­te, mon­tre des Indi­ens dans et sur un train obsolète, digne des trains de l’époque colo­niale, train par ailleurs totale­ment surpe­u­plé, une sorte d’image de pays d’une pau­vreté extrême, dépas­sant un autre train, chi­nois, cette fois-ci de très haute tech­nolo­gie : un train à grande vitesse rap­pelant les TGV français.

Le vice-min­istre de l’économie Indi­en, Rajeev Chan­drasekhar, a réa­gi sur Twit­ter en affir­mant que cette manière de s’en pren­dre au Pre­mier Min­istre Naren­da Modi était une preuve de manque d’intelligence. Il a aus­si indiqué que d’ici peu l’économie Indi­enne sera plus impor­tante que celle de l’Allemagne. Der Spiegel a préféré ne pas com­menter. Cepen­dant, de nom­breuses per­son­nal­ités Indi­ennes, dont le vice-prési­dent du par­ti au pou­voir (BJP) Bai­jayant Pan­da, qui accuse l’hebdomadaire de faire de « l’Indian Bash­ing, d’avoir oublié l’holocauste et de don­ner du crédit à des théories com­plo­tistes au sujet de l’Inde », ou encore Kan­cha Gup­ta, con­seiller auprès du min­istre de l’information, ont accusé l’hebdomadaire de racisme, pré­cisant que la représen­ta­tion don­née de l’Inde par l’hebdomadaire alle­mand était ridicule, sans aucun rap­port avec la réal­ité du pays.

Le Tweet de Kacha Gup­ta n’y va pas par qua­tre chemins : « C’est out­rageuse­ment raciste, Der Spiegel. Car­i­ca­tur­er l’Inde de cette manière n’a rien à voir avec la réal­ité. Le but est de descen­dre l’Inde est de faire de la lèche à la Chine ».

En perte de vitesse, à l’instar de toute la presse d’Europe de l’Ouest, Der Spiegel gagne main­tenant essen­tielle­ment de l’argent en organ­isant des voy­ages pour ses lecteurs. La des­ti­na­tion ? Le Qatar. Ce qui n’a pas empêché le mag­a­zine de cri­ti­quer ce pays au moment de la coupe du monde de foot­ball. L’hypocrisie fonc­tionne à plein régime.

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