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François-Régis Hutin, l’emblématique patron de Ouest-France, s’est éteint

20 décembre 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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François-Régis Hutin, l’emblématique patron de Ouest-France, s’est éteint

François-Régis Hutin, emblématique patron de Ouest-France, est mort le 10 décembre 2017 à Rennes après avoir constitué autour du journal rennais l’un des plus puissants groupes de presse régionale en France. Cependant, au fil des années, la croissance du groupe Ouest-France a participé à l’effacement de l’esprit démocrate-chrétien du journal, voire chrétien tout court, si ce n’est pour défendre… les migrants.

Né le 26 juin 1929 à Rennes, c’est le deux­ième des cinq enfants de Paul Hutin Des­grées et petit fils d’Em­manuel Des­grées du Lou, cofon­da­teur avec l’ab­bé Trochu de L’Ouest-Éclair en 1899 qui devient rapi­de­ment le héraut des chré­tiens démoc­rates proches du Sil­lon. Après avoir passé deux ans au Sémi­naire des Mis­sions Français­es de 1948 à 1950, puis divers­es péré­gri­na­tions et études, il revient au bercail en entrant comme jour­nal­iste sta­giaire en 1961 chez Ouest-France, directeur général adjoint en 1965, directeur général en 1970, PDG enfin en 1984.

Sous sa houlette Ouest-France grandit et dépasse la ville de Rennes. Les quo­ti­di­ens Presse-Océan (Nantes), Le Cour­ri­er de l’Ouest (Angers) et Le Maine libre (Le Mans) sont rachetés, ain­si que la Presse de la Manche (Cher­bourg). Ouest-France met aus­si la main sur 79 heb­do­madaires locaux à tra­vers sa fil­iale Pub­li­heb­dos, dans le nord-ouest de la France et l’Ile-de-France (77 heb­do­madaires payants, 9 heb­do­madaires gra­tu­its et 2 men­su­els gra­tu­its), s’é­tend dans les petites annonces et les sites inter­nets spé­cial­isés, dans la dis­tri­b­u­tion d’im­primés pub­lic­i­taires ou encore l’édition.

Com­man­deur de l’or­dre nation­al du Mérite le 11 novem­bre 2010, il pub­lie édi­tos et reportages où il affiche ses con­vic­tions chré­ti­ennes. Celles-ci l’ont con­duit à défendre suc­ces­sive­ment l’in­ter­dic­tion de la peine de mort, l’amélio­ra­tion du sort des pris­on­niers, la préser­va­tion de l’é­cole libre, l’adop­tion du traité de Maas­tricht puis de la Con­sti­tu­tion Européenne – si la France la rejette, les départe­ments où est dif­fusé Ouest-France l’ap­prou­vent – sans oubli­er l’ac­cueil des migrants. Un com­bat partagé par cer­tains jour­nal­istes du groupe qui n’hési­tent pas à utilis­er leur méti­er pour servir leur vie privée. En 2012–2013 cepen­dant, à rebours de la qua­si-total­ité de la presse française, François-Régis Hutin s’op­pose dans ses édi­to­ri­aux au « mariage pour tous ».

Salué par les témoignages de tristesse de l’ensem­ble des nota­bles des départe­ments de l’ouest de la France – toutes ten­dances poli­tiques con­fon­dues, François-Régis Hutin laisse der­rière lui un groupe région­al puis­sant mais aux per­for­mances hétérogènes. Alors que les petites annonces se sont effon­drées et que le groupe s’est désen­gagé de la plu­part de ses sites inter­net spé­cial­isés, les titres papi­er n’échap­pent pas à la crise de crédi­bil­ité des médias tra­di­tion­nels. Fil­trage des infor­ma­tions, par­ti-pris dans le traite­ment de cer­taines infor­ma­tions, pres­sions vis-à-vis de cer­tains témoins pour favoris­er cer­tains acteurs économiques ou politiques…

Les inquiétudes pour l’avenir de Presse-Océan sont-elles fondées ?

Pen­dant ce temps les tirages ne cessent de reculer et les fusions entre rédac­tions con­tin­u­ent, ain­si que les baiss­es de moyens, même si le site inter­net car­tonne. À Nantes, ces « syn­er­gies » sont par­ti­c­ulière­ment vis­i­bles dans le quo­ti­di­en local Presse-Océan, déjà bien moins dif­fusé que Ouest-France et dont le con­tenu ne cesse de s’ap­pau­vrir. Il est fréquent main­tenant que le reportage en Une du jour­nal soit le même, à quelques mots près, que celui de la page 5 du Ouest-France.

« Lorsque Hutin avait racheté le titre, ça avait fait beau­coup de remous. Hervé Louboutin, l’an­cien rédac-chef, était par­ti [et avait fondé le Nou­v­el Ouest, qui tient jusqu’au­jour­d’hui, réfugié dans la niche de la presse économique], beau­coup craig­naient que le titre ne dis­paraisse », con­fie un jour­nal­iste nan­tais. « Hutin avait pris l’en­gage­ment que tant qu’il vivrait Presse-Océan serait main­tenu. Ce qui n’a pas empêché nos col­lègues de vider le jour­nal de son con­tenu, de dimin­uer les moyens hors de l’ag­gloméra­tion de Nantes et de sabr­er la dif­fu­sion. Main­tenant qu’il n’est plus là, il est à crain­dre que Presse‑O ne dis­paraisse et ne devi­enne une sim­ple édi­tion locale d’Ouest-France. Ce sera la fin de la presse général­iste décidée à Nantes pour les nan­tais ». Sur le papi­er tout au moins.

Crédit pho­to : Frank Per­ry via Wikimé­dia (cc)

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